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Aires Libres nr 8 - décembre 2010

Par jschuman Dernière modification 20/01/2011 15:49

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Sommaire

Au quotidien

Edito

Reportage en images : L'hôtel de ville de Tournai gagne une étoile en accessibilité !

Dossier : Tourisme : Pour des vacances tous compris !

Entretien : Alain Coste, directeur du Comité Département du Tourisme de l'Aude, Pays Cathare

Vos loisirs : Bientôt la neige, en piste !

Tout s'explique : Le transfert

 

Éditeur responsable :
Gamah asbl – Vincent Snoeck
Rue de la Pépinière, 23 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 – Fax : 081 24 19 50
www.gamah.be – contact@gamah.be
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinatrice : Anne-Sophie Marchal
Mise en page : Knok Design – www.knok.be
llustrations :
Michaël Walravens – http://macravens.skynetblogs.be – 0476 30 32 69
Ont collaboré à la conception et la rédaction de ce numéro :
Thomas Deremince, Antoine Dubbelman, Sarah Logan, Jérôme Schuman,
Vincent Snoeck et Marie-Ange Vandecandelaere.

 

Page 2 : Au quotidien

DE SOAP A SAGA : QUAND TU NOUS TEC…
Des Tec pour tous… et aujourd’hui ? Le point.
Il y a 3,5 ans, le dossier de notre premier numéro d’Aires Libres portait sur une problématique encore
sujette à de nombreux débats : l’accessibilité des TEC pour tous. Les discriminations subies par les
personnes à mobilité réduite dans les transports en commun sont en effet encore très marquées en
Wallonie, ce qui a dernièrement donné lieu à deux grandes mobilisations (à Liège en juin et à Namur
en octobre dernier).
A l’heure de la négociation du nouveau contrat de gestion qui unira le groupe TEC et la Wallonie, quelles avancées ont eu lieu et où le bât blesse-t-il toujours ?
On dénombre, certes, une augmentation des bus adaptés, soit actuellement 55% du parc (916 bus) et, au rythme d’arrivée des commandes déjà passées, on nous en annonce 78% pour juin 2012. Mais… bus adapté ne signifie pas forcément transport accessible et c’est là que les choses se compliquent. La ligne de bus doit elle aussi être accessible en autonomie, ce qui nécessite que chaque arrêt soit normalisé (trottoir de bonnes dimensions et à bonne hauteur notamment, mais aussi la présence de dalles podotactiles).

On recense 5 lignes adaptées à Liège, 2 à Namur, 1 à Mons, rien à Charleroi et en Brabant Wallon, ce qui nous révèle l’insuffisance des contingents. Sans abords et arrêts aménagés, la mobilité réduite devient nulle pour le chaisard !
Si le bus dispose d’une lame d’accès électronique, elle pourra être commandée à distance par le conducteur (si le dispositif daigne fonctionner), ce qui permet donc une accessibilité en autonomie pour la personne à mobilité réduite.
Au cas où le bus possède une lame manuelle, la personne en chaise devra requérir l’assistance d’un tiers. On parle alors de transport accessible avec aide.
Si les PMR ont besoin d’assistance pour pénétrer dans le bus (c’est actuellement le cas sur la majorité des parcours), cela nécessite l’aide du chauffeur qui n’a malheureusement pas le droit de quitter son poste. S’il a décidé d’être courtois coûte que coûte, sa hiérarchie n’est pas encore prête à le couvrir !
Il est primordial que les chauffeurs de bus soient formés afin d’épauler les PMR en cas de nécessité mais également afin de se familiariser avec le matériel du véhicule qu’ils conduisent. Certains conducteurs ne savent toujours pas comment faire fonctionner la lame électronique d’accès.
Il s’agit d’un gros écueil qui nécessite plus que jamais la formation d’une table ronde tripartite entre la direction du groupe TEC, les associations représentatives des chauffeurs et les associations de PMR.
On notera également l’impératif de mieux équiper les bus électroniquement afin notamment de systématiser l’annonce sonore ainsi que l’information visuelle des arrêts qui font extrêmement défaut à l’heure qu’il est.
En conclusion, sentiment négatif et fracture sociale perdurent chez les usagers moins valides. Un cahier de recommandations a récemment été remis à la SRWT et à Philippe Henry, Ministre wallon de la Mobilité.
« Tous les bus du groupe TEC devraient être accessibles aux PMR à l’horizon 2015-2016 », nous a précisé le Cabinet du Ministre Henry. On verra !

Jérôme Schuman

 

Page 3 : Edito

Suivez le guide !
Depuis quelques mois, le Commissariat Général au Tourisme a consigné son plan
d’action dans un document nommé «Destination 2015». Cette brique ambitieuse
contient quelques lignes sur les personnes à mobilité réduite et l’accueil qu’il convient de leur réserver.
Afin de ne pas arriver au terminus avant d’avoir même atteint la page où l’accessibilité touristique est évoquée, l’équipe Gamah a voulu parcourir le chemin vers le concept de destination pour tous.
Que ce soit pour se rendre au ski, au soleil ou dans notre belle région wallonne, cette revue a pour ambition de poser les bases solides d’une réflexion où l’équilibre
du droit aux vacances pour tous est rétabli.
La méthodologie est maintenant écrite mais il ne faut pas qu’elle reste lettre morte. Nos gouvernements, affaires courantes ou non, doivent la traduire en actes concrets, durables et surtout... rapides !
Espérons que, nous pourrons bientôt chanter : Heureux qui, comme les PMR, ont fait un beau voyage.

Vincent Snoeck
Directeur

 

Pages 4 à 6 : Reportage en images : L'hôtel de ville de Tournai gagne une étoile en accessibilité !

Profitant de la rénovation de son hôtel de ville, bâtiment ancien et jusqu’ici impraticable pour les personnes à mobilité réduite (PMR), la commune de Tournai a réussi à le rendre accessible.

Thomas Deremince

Adresse : Enclos Saint-Martin, 52 | 7500 Tournai

Renseignements : Monsieur Kevin Deschamps | 069 33 22 70 | kevin.deschamps@tournai.be

 

1. La mise en accessibilité de l’entrée principale étant impossible, une entrée alternative conforme a été réalisée à l’arrière du bâtiment. Cependant, elle n’est pas encore assez connue et une signalétique claire et homogène doit encore compléter cette réalisation.
2. Un emplacement de stationnement réservé aux personnes handicapées est présent à proximité de la porte d’entrée alternative. La qualité du revêtement n’est
cependant pas optimale, la planéité étant imparfaite.
3. Un guidage podotactile venant du grand parking latéral mène la personne déficiente visuelle jusqu’à la porte d’entrée.
4. Afin de se signaler et de recevoir, le cas échéant, de l’information, un parlophone
est présent à l’entrée et son bouton d’appel est placé plus bas.
5. Un guichet d’accueil situé dans le hall de l’entrée alternative permet à un membre
du personnel, si besoin est, de rejoindre la PMR afin d’y traiter sa demande. La tablette du guichet est à bonne hauteur et un dégagement est disponible sous celle-ci, ce qui permet au chaisard de s’y attabler.
6. Un escalier et un ascenseur permettent de desservir les différents niveaux et services de l’hôtel de ville, y compris dans sa partie ancienne. Notons que l’escalier
est signalé à la personne déficiente visuelle par la mise en place d’un dispositif podotactile à son pied et à son sommet.
7. L’ascenseur est confortable en termes d’espace et de facilité d’accès aux commandes. Une signalétique adéquate y est aussi apposée.
8. La signalétique présente dans l’ascenseur permet d’informer clairement sur les services présents à chaque niveau.
9. La lettre « P » est inscrite en relief sur un bouton plus épais. Elle renseigne sur le niveau du parking qui est le même que celui de la sortie. De plus, les boutons sont doublés en braille.
10. Une terrasse est située au niveau 0 et celle-ci est accessible de plain-pied aux chaisards.
11. Sous le niveau -1, une crypte aménagée en salle de réception est accessible via une succession de rampes aux pentes conformes. Celles-ci sont interrompues par des paliers à un rythme régulier.
12. Des doubles mains courantes sont placées de part et d’autre des rampes. Elles sont fixées de manière à ce qu’aucun obstacle n’empêche la main de glisser dessus.

 

Pages 7 à 14 : Dossier : Tourisme : Pour des vacances tous compris !

Depuis l’apparition des congés payés en 1936, le tourisme a connu un incroyable essor et est devenu une des manifestations essentielles de la culture de masse et de la modernité (1). Alors que voyager n’était auparavant que l’apanage des riches, le tourisme est désormais institué comme un droit, «[...] prolongement naturel du droit au travail et au repos, aux congés payés et aux vacances » (2).

A l’heure actuelle, rares sont les Occidentaux qui n’aspirent pas à voyager. Découvrir d’autres horizons fait partie des ambitions de beaucoup d’hommes et de femmes. Bien que cela aille à l’encontre des principes d’égalité des chances et de non-discrimination (3), cet appétit de vacances n’était, jusqu’il y a peu, pas  véritablement reconnu pour les personnes handicapées. Il s’agit réellement d’une barrière à leur liberté de mouvement…

C’est en se basant sur ce principe de « tourisme en tant que droit fondamental » que le concept de tourisme accessible a émergé aux États-Unis et au Canada dans les années 70 pour ensuite migrer vers l’Europe dans les années 80. Trente ans plus tard, alors que la demande dans le secteur du tourisme accessible est en forte croissance, les personnes handicapées se heurtent toujours à de nombreux  obstacles lorsqu’elles souhaitent accéder aux infrastructures touristiques. C’est d’autant plus étonnant lorsqu’on sait qu’un environnement de vacances accessible n’est pas uniquement profitable pour les personnes à mobilité réduite. Les jeunes parents avec des poussettes, les voyageurs avec des bagages ou encore le personnel d’entretien avec des chariots l’apprécieront également pour son confort et sa sécurité.

Candidats au voyage
Comme l’indique Lilian Müller, présidente de l’European Network for Accessible Tourism4, « les personnes âgées qui veulent toujours voyager et qui sont capables de le faire vont bientôt atteindre 25 % de la population européenne. Il faut ajouter à ce chiffre les 50 millions de personnes handicapées en Europe qui souhaitent partir en vacances avec leurs familles et leurs amis, et nous constatons que jusque 130 millions de personnes pour la seule Europe bénéficieront d’un meilleur accès aux voyages et services touristiques » (5).
Avoir une clientèle de personnes à mobilité réduite présente plusieurs intérêts pour le secteur touristique. Outre leur nombre important et croissant, les personnes handicapées et les seniors voyagent rarement seuls. Ils sont souvent accompagnés d’amis, de parents, d’un travailleur social... Le nombre potentiel de clients s’en
trouve donc encore plus élevé !
Côté pratique, une étude française effectuée en 20096 met en avant que les personnes à mobilité réduite sont plutôt fidèles à une destination lorsqu’elles y ont trouvé des prestations adaptées. Elles organisent plus fréquemment des séjours, qui sont souvent plus longs que la moyenne. Enfin, même si les PMR souhaitent pouvoir partir durant les périodes traditionnelles de vacances, il est intéressant de noter que bon nombre d’entre-elles voyagent également en basse saison.
Cette clientèle potentielle a jusqu’à présent été largement ignorée par les professionnels du tourisme. Rendre le tourisme accessible ne doit pas seulement être considéré comme une obligation sociale mais bien comme une opportunité économique et commerciale.

Zones de turbulences
Malgré leur désir de voyage, les personnes à mobilité réduite partent actuellement peu. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce constat.
Une offre adaptée très limitée
La principale difficulté pour les personnes en situation de handicap consiste à trouver un lieu de vacances accessible.
Alors que l’accessibilité des bâtiments ouverts au public est généralement imposée, à différents degrés selon les pays, aux gestionnaires touristiques lorsqu’ils réalisent des aménagements, ces mesures légales sont trop souvent ignorées et mal appliquées, que ce soit dans les hébergements ou les activités culturelles et de loisirs. Si les contraintes de surfaces et d’espaces de circulation sont respectées, le choix du mobilier et des équipements (poignées de porte, tables, guichets, barres d’appui, audio-guides, signalétique...) est régulièrement mal pensé ; ce qui les rend difficiles d’usage pour les PMR.
Cette faible offre adaptée est principalement due au manque de sensibilisation des gestionnaires. Ils sont peu informés tant du marché potentiel que représente le tourisme accessible que des solutions à mettre en oeuvre pour attirer un public à mobilité réduite. Ils méconnaissent les besoins des PMR et pensent erronément que
cette clientèle requiert des équipements très sophistiqués. Bon nombre de gérants sont convaincus que la mise en accessibilité d’un site coûte cher, ce qui ne les incite pas à ouvrir leurs infrastructures à ce public aux besoins spécifiques. Or, si quelques travaux nécessitent effectivement un investissement majeur, des solutions pragmatiques peu onéreuses, par exemple une information correcte ou un personnel formé, permettent de soulever de multiples barrières.
Une offre adaptée trop éparse
Une fois l’hébergement trouvé, le touriste à mobilité réduite aspire, comme chacun, à profiter des diverses infrastructures et sites touristiques aux alentours (musées, loisirs, promenades...). A l’heure actuelle, rares sont les destinations qui proposent
un panel complet d’offres adaptées. Une coordination au niveau local, provincial, régional voire national manque souvent. Les PMR ne trouvent alors que peu d’intérêt à voyager si c’est pour rester cloîtrées dans leur chambre…
Une carence d’informations à destination des touristes à mobilité réduite (7)
La conception minimaliste de l’accessibilité adoptée par les gestionnaires se traduit également par un manque de communication. Si une masse de documentation généraliste existe (brochures, dépliants, sites Internet, labels de toutes sortes...), peu d’opérateurs y mentionnent le niveau d’accessibilité de leurs installations et produits. Côté PMR, la fiabilité des informations (difficilement) obtenues est souvent pointée du doigt. Le pictogramme représentant une personne en chaise roulante ayant été utilisé à tort et à travers, il ne signifie aujourd’hui plus grand-chose. De plus, les indications fournies par les gestionnaires sont fréquemment obsolètes, par manque de mises à jour. Pourtant, avant de partir en voyage, les personnes handicapées ont besoin, au préalable, de s’assurer de l’accessibilité des équipements d’hébergement et de loisirs. Il en va de la réussite de leurs vacances…
Deux raisons peuvent justifier cette absence d’information. Premièrement, l’accessibilité d’un site est complexe à évaluer et son niveau peut varier suivant de nombreux critères : le type de handicap, le degré d’invalidité, la dimension architecturale du lieu mais également l’accueil et la qualité des services rendus par le personnel... Deuxièmement, une fois l’information récoltée, il faut pouvoir la communiquer tout en restant commercialement efficace. Résumer une telle masse de données et la traduire de manière concise et objective se révèle souvent être une réelle gageure !
Les guides du tourisme pour tous
Que doit mettre en place l’industrie touristique pour favoriser les voyages des PMR ? Trois axes essentiels peuvent être dégagés.
Des informations simples, fiables et objectives
Afin de connaître l’offre touristique adaptée, les personnes à mobilité réduite doivent disposer avant leur départ de tous les renseignements utiles à leur séjour. Ces derniers ne doivent pas concerner uniquement l’hébergement mais l’ensemble de la chaîne de services (domaine public, transport local, attractions touristiques et de loisirs, commerces…). Nous l’avons déjà dit, communiquer sur l’accessibilité d’un site n’est pas aisé. Il s’avère donc nécessaire de développer des outils performants permettant de présenter, de manière attrayante, des informations facilement compréhensibles, vérifiées et fiables. En France, la création du label « Tourisme et Handicap » a été initiée en 2001 par le Ministère chargé du Tourisme. Aujourd’hui, ce label informe les PMR de l’accessibilité des lieux de vacances et de loisirs et est connu et reconnu par de nombreuses PMR. En Wallonie, un tel outil est en cours d’élaboration. Dénommé Access-i, il est conçu par des associations représentatives des personnes handicapées maîtrisant la problématique de l’accessibilité. Bien que
ce label ne soit pas dédié exclusivement au secteur touristique, des partenariats
privilégiés sont développés avec ce dernier avant sa mise en place.
Les informations touristiques relatives à l’accessibilité doivent pouvoir également
être facilement trouvées. Pour ce faire, elles doivent être intégrées dans les sites et brochures généralistes des différents offices du tourisme, touropérateurs, etc. Tant que tout ne sera pas accessible, il convient aussi de prévoir des supports à l’attention exclusive des touristes à mobilité réduite. Ces ressources spécifiques (brochures, rubrique sur les sites Internet…) doivent compiler l’ensemble des données concernant l’accessibilité des lieux touristiques.
En outre, la création d’un site Internet spécialisé dans le tourisme accessible faciliterait les recherches des PMR. Cette plateforme doit être promue auprès des personnes à mobilité réduite mais également auprès des professionnels du tourisme.
Un accueil performant
Un accueil de qualité est primordial pour les touristes à mobilité réduite. Il peut en partie compenser la faible accessibilité de certains aménagements et permettre de se sentir intégrés comme tout visiteur.
Les prestataires touristiques connaissent toutefois peu les particularités des personnes à mobilité réduite. Des barrières psychologiques existent encore vis-à-vis du handicap. Or, leurs craintes peuvent être facilement levées grâce à une sensibilisation et une formation appropriée. Aujourd’hui, le secteur du tourisme
semble d’ailleurs être de plus en plus intéressé par le sujet et souhaite recevoir des conseils, des méthodes et des récits d’expérience en la matière.
Une chaîne de services accessibles
Une offre globale et innovante doit être proposée aux touristes à mobilité réduite afin qu’ils puissent vivre pleinement leurs vacances. Pour eux, l’enjeu est de pouvoir accéder à l’ensemble des prestations touristiques. Il faut donc considérer l’accessibilité dans un cadre élargi8. Une chaîne de services accessibles doit pouvoir
être proposée pour une même destination. Dès lors, il convient de densifier le maillage de l’offre adaptée. Ce dernier présente plusieurs avantages. L’offre individuelle est désenclavée et le référencement de l’offre adaptée, à un niveau régional ou national, est facilité. La lisibilité de l’offre s’en voit considérablement améliorée. De plus, la mise en place d’un maillage incite les différents partenaires touristiques à travailler en réseau et à proposer à la clientèle PMR des offres conjointes.
Itinéraire pour une destination accessible
Rendre une destination accessible ne se concrétise pas du jour au lendemain.
Selon divers rapports et études, la démarche se déroule généralement en trois phases. Ces différentes étapes peuvent se chevaucher et leur durée varie singulièrement en fonction des aménagements déjà présents dans la destination.
La première phase, qualifiée de lancement, commence lorsque les différents acteurs du secteur touristique prennent conscience de l’importance de rendre leurs infrastructures accessibles et confortables pour tous. L’accessibilité de ces dernières est minutieusement évaluée et les besoins de remédiation sont identifiés.
Un plan d’actions et des objectifs sont alors définis. Des aménagements, éventuellement temporaires, sont mis en oeuvre pour pallier les difficultés constatées. Des informations à propos de l’accessibilité de la destination commencent à être diffusées.
La deuxième étape, la phase de développement et d’amélioration, débute lorsque les principaux sites touristiques sont accessibles à tous. L’accessibilité des infrastructures et des services est approfondie : les aménagements temporaires sont remplacés par des équipements définitifs, l’offre adaptée s’étend à d’autres sites, des actions favorisant l’accueil des PMR se multiplient... La stratégie marketing de la destination inclut systématiquement la diffusion d’informations ciblées.
La dernière partie du processus, dénommée phase de différenciation et de consolidation, est atteinte lorsque des aménagements de haute qualité sont disponibles tout au long de la chaîne de services. L’offre adaptée est organisée en réseau afin de proposer des équipements et services diversifiés. La destination devient dès lors pleinement accessible à tous.
Une fois cette étape terminée, le processus doit être réenclenché : il convient de poursuivre la réflexion, de réévaluer régulièrement l’accessibilité de l’ensemble des infrastructures, de chercher à maintenir son niveau voire de l’améliorer et donc de se fixer à nouveau un plan d’actions.
Les professionnels du tourisme et les responsables politiques doivent dorénavant réfléchir non pas en termes d’infrastructures individuelles accessibles mais bien en
termes de destination accessible. Cela implique de « travailler sur l’accessibilité d’une offre globale incluant les capacités d’hébergements, les services touristiques et de loisirs et plus largement, les services inhérents au territoire (transport, déplacement), et ce pour tous les types de handicaps » (9).
Rendre une destination accessible à tous permettrait enfin aux PMR de vivre pleinement leurs séjours. De plus, cela augmenterait considérablement le confort
de l’ensemble des vacanciers car, rappelons-le, « un environnement accessible est crucial pour 10% de la population, une nécessité pour 30 à 40% de celle-ci et confortable pour 100% » (10).
Dans le sud du pays, la Fédération Touristique du Luxembourg Belge s’est engagée dans le processus en 2009. Un autre angle d’attaque a été choisi. Si l’information est toujours relayée auprès des PMR, la volonté est ici de sensibiliser les gestionnaires et de leur préciser les éléments à modifier pour améliorer l’accessibilité de leur propriété. Un rapport de recommandations, réalisé par Gamah et payé à 90% par la fédération, leur est transmis. Des audits sont aussi réalisés pour des manifestations ponctuelles.
Dernier appel pourActuellement, les réactions des prestataires sont encore timides. Le manque de moyens financiers constitue le principal argument de leur immobilisme. Les plus convaincus n’hésitent toutefois pas à investir ou à être créatifs et à faire appel à divers organismes pour trouver des fonds. Enfin, d’autres prestataires concentrent leurs efforts dans la formation de leur personnel (formation générale à l’accueil des PMR, à la langue des signes...). A titre d’exemple, le Forem propose des formations en la matière qui rencontrent un énorme succès et affichent souvent complet. l’embarquement !
Cela dit, il est temps que la Wallonie suive ses voisins... Ainsi, la Flandre a développé le concept « All In » et le label « Toegankelijk Vlaanderen ». Les Pays-Bas, eux, ont lancé la base de données « Toerisme voor iedereen ». L’Allemagne, via son programme « Barrierefreier Tourismus » offre aussi un nombre croissant de destinations prêtes à accueillir des PMR.
Sachant que les PMR sont des adeptes du tourisme local, la Wallonie ne doit pas tarder à se lancer dans l’aventure !
Pour que le tourisme wallon devienne un exemple en matière d’accessibilité, il est essentiel que la démarche ne soit pas portée uniquement par les prestataires de l’industrie touristique. Les responsables politiques, à des niveaux distincts (local, provincial, régional et fédéral), doivent apporter leur soutien aux différentes mesures qui favorisent le développement du tourisme accessible. La Wallonie
pourrait s’inspirer du travail réalisé en France. Ainsi, après avoir initié et fait
aboutir la réflexion sur la mise en place du label « Tourisme et Handicap », le
Ministère chargé du Tourisme vient de lancer la phase test d’un nouveau label intitulé « Destination pour tous ». Ce dernier complète le label « Tourisme et Handicap » et vient valoriser les collectivités proposant une offre cohérente et globale, intégrant à la fois l’accessibilité des sites et des activités touristiques, mais aussi l’accessibilité des autres services de la vie quotidienne et facilitant les déplacements sur le territoire concerné.
Chez nous, le premier pas serait de mettre les acteurs du secteur touristique et les représentants des personnes à mobilité réduite autour de la même table. La question du tourisme accessible pourrait ainsi être insérée dans l’agenda politique et de nouvelles mesures pourront voir le jour.
Le pouvoir politique devrait également initier et soutenir des projets pionniers en la matière. La reconnaissance de formations pour l’accueil de personnes en situation de handicap, l’adoption d’un label d’informations à destination des PMR ou bien encore le conditionnement de subsides éventuels au respect de mesures d’accessibilité seraient autant de pistes à développer par les acteurs politiques.

Anne-Sophie Marchal et Marie-Ange Vandecandelaere

(1) AMIROU R, Les nouvelles mythologies du tourisme, In Sciences Humaines n°90, Janvier 1999.
(2) Origine du tourisme social, www.bits-int.org
(3) Récemment, une agence de voyage belge a d’ailleurs été condamnée pour discrimination envers un client malentendant. Plus d’info sur www.diversite.be
(4) Réseau européen du tourisme accessible - www.accessibletourism.org
(5) MULLER L., cité In www.accessibletourism.org
(6) Adapter l’offre touristique aux handicaps. Etude de marché : la population en situation de handicap et l’offre touristique française, ATOUT FRANCE, octobre 2009.
(7) Ibid., p.9.
(8) Adapter l’offre touristique aux handicaps. Etude de marché : la population des personnes en situation de handicap et l’offre touristique française, ATOUT FRANCE, 2009, p.18.
(9) Ibid., p.18.
(10) Extrait traduit du rapport Economic Impulses of Accessible Tourism for All, Study commissioned by the Federal Ministry of Economics and Technology, Berlin, 2004, p.13.
(11) Plus d’info sur www.cgt.tourismewallonie.be

Tourisme accessible ou tourisme sectoriel
Le tourisme accessible implique une collaboration entre différents partenaires afin de permettre aux personnes qui ont des besoins spécifiques (personnes déficientes motrices, visuelles, auditives et cognitives) d’accéder indépendamment et équitablement à un environnement, des services et fournitures touristiques conçus pour tous.
L’importance du tourisme accessible ne doit cependant pas effacer la nécessité d’un tourisme sectoriel. Ce dernier permet à des personnes dépendantes de bénéficier d’infrastructures, de services et d’encadrements spécialisés.

Le label Access-i, une réponse efficace aux besoins d’information sur l’accessibilité !
Le label Access-i permettra de qualifier le niveau d’accessibilité d’un espace ouvert au public en se basant sur les besoins de 7 catégories de personnes à mobilité réduite (PMR) :
> les personnes en chaise roulante ;
> les personnes marchant difficilement ;
> les personnes malvoyantes ;
> les personnes aveugles ;
> les personnes malentendantes ;
> les personnes sourdes ;
> les personnes avec difficulté de compréhension.
Chacune de ces catégories sera identifiée par un pictogramme dont la couleur variera selon le niveau d’accessibilité de l’espace évalué. Lorsque le pictogramme sera vert, le site sera accessible en autonomie. Lorsqu’il sera orange, le site sera accessible avec un coup de main ponctuel. Lorsqu’il n’apparaîtra pas, le site ne sera pas accessible de manière satisfaisante.
Toute personne désirant une information plus détaillée pourra consulter le site www.access-i.be (en cours de construction). Le dossier complet d’évaluation s’y trouvera. Ce dossier indiquera précisément le niveau d’accessibilité des différentes fonctions (parking, entrée, circulation, signalétique…) par catégorie de personnes à mobilité réduite. Sur base de ces informations, chaque PMR pourra ainsi estimer si le lieu lui est accessible, en fonction de ses propres limitations.
Access-i asbl
Rue de la Pépinière, 23
5000 Namur
081 24 19 37
info@access-i.be
www.access-i.be

Wallonie, terre d'accueil ?
Quel soutien officiel pour le tourisme accessible (11) ?
Actuellement
En Wallonie, les établissements hôteliers, les hébergements touristiques
de terroir, les campings et villages de vacances peuvent bénéficier d’un remboursement partiel pour des travaux d’aménagements spécifiques à l’accueil des PMR et visant à se conformer aux articles 414 et 415 du CWATUPE.
Pour les attractions touristiques, il existe depuis peu une classification. Elles peuvent obtenir de 1 à 5 soleils en fonction de la qualité des services proposés au public. Certains critères d’accessibilité sont pris en compte dans l’attribution de ces soleils. Ainsi, pour obtenir 3 soleils, l’attraction touristique doit obligatoirement fournir, dans son dépliant d’informations et sur son site Internet, une information
de base quant à son accessibilité aux PMR. Un parking réservé pour les personnes
handicapées, ainsi qu’un WC PMR doivent également être prévus. Pour obtenir 5 soleils, le site Internet de l’attraction doit être accessible aux personnes malvoyantes. Il subsiste toutefois un bémol à cette disposition car la vérification des aménagements en accessibilité n’est, à l’heure actuelle, pas correctement assurée.
A l’avenir
Suite à la déclaration de politique régionale de juin 2009, le Commissariat Général au Tourisme (CGT) s’est fixé 7 objectifs à mettre en oeuvre. Ils sont repris dans un outil de planification dénommé « Destination 2015 ». Un des objectifs de ce document est de promouvoir un développement touristique équilibré, notamment en rendant le tourisme accessible aux PMR. Pour ce faire, le CGT souhaite, à moyen terme, doter la Wallonie d’un label « PMR » qui rendrait l’information relative à l’accessibilité pertinente et à la portée de tous. A long terme, le CGT souhaite augmenter le nombre de lieux accessibles aux PMR. Il est prévu que la mise en oeuvre de ces objectifs se fasse en concertation avec les associations membres du Collectif Accessibilité Wallonie-Bruxelles (CAWaB).
Quelles initiatives ?
En Wallonie, quelques prestataires individuels, deux fédérations touristiques
provinciales et un office du tourisme, conscients de l’importance (tant financière qu’humaine) du travail à réaliser, s’inscrivent dans une démarche de mise en accessibilité en partenariat avec Gamah.
Il y a trois ans, la Fédération Touristique de la Province de Liège (FTPL) et l’office du tourisme souhaitaient pouvoir mieux communiquer vers les touristes à mobilité réduite. Depuis, des évaluations sur l’accessibilité des sites sont régulièrement réalisées par Gamah. Pour soutenir et inciter les gestionnaires, tant la FTPL que
l’office du tourisme assument chacun les coûts liés au travail d’expertise. Les résultats sont publiés dans leurs brochures publicitaires, sous forme de pictogrammes oranges et verts, représentant les différentes catégories de PMR. L’office du tourisme a également réalisé une carte situant les lignes de bus et les toilettes adaptées présentes dans la ville de Liège.

(11) Plus d’info sur www.cgt.tourismewallonie.be

Bibliographie
Durant la préparation de ce dossier, de multiples articles, rapports et études ont éclairé notre réflexion.
En voici trois qui ont particulièrement retenu notre attention.
> Economic Impulses of Accessible Tourism for All, Study commissioned by the Federal Ministry of Economics and Technology, Berlin, 2004
> Tourisme et handicap, l’offre touristique, rapport de synthèse du groupe de travail sur l’accueil des touristes handicapés, Conseil National du Tourisme section des affaires sociales, France, 1999
> Adapter l’offre touristique aux handicaps, Étude de marché : la population des personnes en situation de handicap et l’offre française, Atout France, 2009

 

Pages 15 à 17 : Entretien avec M. Alain Coste, Directeur du Comité Départemental du Tourisme de l'Aude, Pays Cathare

Entretien réalisé par Marie-Ange Vandecandelaere

Pourquoi le département de l’Aude s’est-il engagé dans le développement du tourisme accessible ?
Le Conseil Général de l’Aude mène depuis longtemps de multiples actions en matière de solidarité et plus particulièrement en direction des personnes handicapées.
La possibilité, pour les personnes en situation de handicap, d’accéder au sport, à la culture et aux loisirs constitue à nos yeux un droit fondamental.
Dans ce contexte, l’Aude se devait de relever le défi d’adaptation de son offre touristique à tous les types de handicap. Les prestataires audois ont répondu présent. Cette démarche n’aurait pas été possible sans eux.

Quelles sont les motivations de cet
engagement ?
Il y a eu une première dynamique lancée par d’autres départements de la région Languedoc-Roussillon. Leur expérience a ouvert la voie. En 2002, nous avons recruté Dorian Mateos, notre chargé de mission Tourisme & Handicap. Nous n’avons pas encore rattrapé le département du Gard en termes de volume mais nous avons
déjà su créer une vraie dynamique.

Une offre adaptée existait-elle déjà avant que le Comité Départemental du Tourisme (CDT) n’agisse ?
Les prestataires n’étaient pas forcément identifiés. Certains s’auto-désignaient en capacité d’accueillir des personnes handicapées alors que d’autres disposaient d’équipements ou prestations « labélisables » et n’en faisaient pas état.
Le label Tourisme & Handicap a permis d’expertiser globalement l’offre adaptée, de sécuriser la consommation touristique attachée à cette offre et de mettre en exergue des prestations surprenantes et insolites tant pour le handicap moteur que pour le handicap visuel.
Comment le CDT a-t-il procédé pour améliorer l’accessibilité touristique de l’Aude ?
Dans le but d’une visibilité optimale de promotion du label, nous avons tout d’abord procédé à l’édition d’un fascicule à l’attention des professionnels audois.
Ensuite, des comptes rendus de visite personnalisés portant sur les aménagements
à réaliser pour l’obtention du label ont été adressés à chacun.
Aujourd’hui, après la phase première, nous souhaitons avant tout diversifier l’offre spécialisée, en proposant des « paniers dynamiques ». C’est pour cela que nous travaillons également sur les prestations intermédiaires notamment en matière de transport (SNCF, transports publics locaux, taxis).

Avez-vous pu profiter d’éléments facilitant votre projet de mise en accessibilité du tourisme ?
Aujourd’hui, l’Aude Pays Cathare est reconnu comme une destination proposant des prestations accessibles et diversifiées. Là, comme dans tous les autres secteurs, nous avons privilégié la qualité des prestations proposées et la fiabilité de l’information diffusée.
Dans ce dispositif, les offices de tourisme sont des partenaires incontournables. Ils jouent un rôle auprès des prestataires sur leurs territoires et portent également l’information de façon professionnelle. Aujourd’hui, dans l’Aude, nous avons un interlocuteur formé à l’accueil des personnes handicapés dans chaque office.

Pouvez-vous présenter quelques actions phares menées par le CDT pour faciliter les séjours des touristes à mobilité réduite ? Et quelques projets à venir ?
Divers projets sont en cours de réalisation à l’initiative des collectivités, des associations ou des prestataires privés. On peut relever sur le littoral la création de boucles de promenade adaptées aux personnes à mobilité réduite alors qu’un sentier thématique sur le thème de la faune et de la flore va bientôt voir le jour.
Il existe encore un projet sur la mise en accessibilité du train touristique du Pays Cathare et du Fenouillèdes qui circule entre l’Aude et les Pyrénées-Orientales. Un projet de mise en accessibilité est à l’étude et permettrait de monter les fauteuils roulants grâce à un bras élévateur. Cet outil est déjà en place mais le train ne dispose pas encore de toilettes adaptées.
Globalement, nous n’avons pas d’ambitions folles et restons très réalistes. Notre marque de fabrique, c’est de faire les choses avec conviction, avec ce souci de qualité que j’évoquais précédemment.

Quel soutien le CDT peut-il apporter aux opérateurs touristiques ?
Nous apportons notre disponibilité et notre technicité aux opérateurs du tourisme qui le souhaitent. Ils viennent régulièrement présenter leurs projets et faire valider les plans d’aménagement.
Nous nous déplaçons chez eux pour porter un diagnostic sur les structures et nous suivons l’évolution du projet jusqu’à sa réalisation.
En ce qui concerne les hébergements (hôtels, campings, meublés et chambres d’hôtes…), il est important de savoir que les aménagements liés à l’accueil des personnes handicapées correspondant aux critères du label Tourisme & Handicap peuvent être subventionnées par le Conseil Général de l’Aude.
De façon très régulière, nous organisons, pour les professionnels, des sensibilisations à l’accueil des visiteurs handicapés. Elles abordent le cadre légal et offrent un accompagnement technique pour mettre leurs sites en conformité.
Dans un autre registre, le CDT a créé un Mémento de l’accueil touristique en Langue des Signes Française. Ce manuel pratique permet de répondre à des situations concrètes des personnes sourdes et malentendantes.

Comment convaincre les professionnels de réaliser des actions en faveur des touristes à mobilité réduite ?
Au-delà de la conviction première, cela passe forcément par la vérification par les professionnels de l’intérêt économique d’adhérer au dispositif et d’investir. Ainsi, nous avons pu constater, ici ou là, un effet « boule de neige »… je m’explique ; après avoir labélisé un musée pour le handicap moteur, le restaurateur à proximité a aménagé son établissement pour pouvoir accueillir cette nouvelle clientèle, celle-là même qui visite le musée, de même le propriétaire de la chambre d’hôtes non loin du restaurant a entrepris la même démarche….

Quelles sont vos méthodes pour informer les PMR de l’accessibilité des infrastructures touristiques du département de l’Aude ?
Elles sont multiples et variées. La brochure Tourisme & Handicap de l’Aude Pays Cathare (version papier ou téléchargeable sur le site) reste l’outil promotionnel indispensable. Elle recense tous les sites labélisés avec photographies et descriptifs des équipements.
Cette année, nous avons réalisé un calendrier des manifestations accessibles.
La nouvelle version du site internet du CDT (www.audetourisme.com) a été mise en ligne en juin 2010. Celui-ci intègre un mini-site Tourisme & Handicap qui sera mis en ligne à la fin de l’année. Ce dernier est dédié exclusivement au handicap et il répondra à la norme « Accessiweb V1.1 ». Il comprendra entre autres une rubrique
pour préparer son séjour, l’annuaire des services spécialisés et d’aide à la personne, ainsi qu’une rubrique « Actus » recensant toutes les infos spécifiques et les actions des prestataires labélisés.
Nous avons également fait le choix de participer activement aux salons spécialisés
afin d’avoir un contact direct avec la clientèle handicapée et de mieux appréhender les attentes.
Concernant les nouvelles technologies de l’information, les professionnels audois labélisés sont référencés sur le Guide Petit Futé Handitourisme (également disponible en application Iphone et Ipad) alors que l’actualité départementale du label est diffusée sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Après quelques années de sensibilisation, les opérateurs sont-ils convaincus de l’utilité de la démarche ? Qu’en pensent-ils actuellement ?
Dans tous les cas, une chose est certaine, les professionnels labélisés sont attachés à la marque. En arrivant au terme de la période d’attribution de 5 ans, ils renouvellent dans leur très grande majorité la demande de reconduction du label Tourisme & Handicap.

Quels conseils et quel message donneriez-vous à une destination qui souhaite s’engager dans la démarche du tourisme accessible ?
Le « retour sur investissement » est long… ! L’offre adaptée doit progressivement atteindre une taille critique pour être visible et conférer une attractivité nouvelle à la destination.
C’est le rôle de l’institution de porter les choses avec suffisamment de conviction et d’engagement pour atteindre ce seuil.

 

Pages 18 à 21 : Loisirs : Bientôt la neige, en piste !

En ski assis, on a une impression combinée de glisser et de voler. Le fait d’être suspendu ajoute le plaisir d’être « en l’air » au plaisir de la glisse pure, avec aussi des sensations que l’on retrouve en kayak (assis sur l’eau mouvante), en luge (la glisse à ras du sol), voire du vélo avec le jeu de l’équilibre sur un ski qui se stabilise avec la vitesse... Vitesse, liberté et maîtrise des gestes techniques donnent en fin de compte une sensation incroyable.
[...]
Extrait d’un entretien avec Jean-Yves Le Meur

Découverte, liberté, vitesse... Face à ces sensations, une question terre à terre s’impose à nous : comment la pratique du ski s’adapte-t-elle à la multiplicité des déficiences ? Dans ces quelques pages, nous évoquerons les principales formules
permettant de satisfaire un public varié, des enfants aux adultes, des moins téméraires aux plus accros !

Debout ou assis ?
Outre les personnes valides, le « ski debout » peut être pratiqué par les sportifs privés d’une jambe ainsi que par les personnes déficientes visuelles.
S’il est amputé d’une jambe, le skieur chausse un ski traditionnel et a recours à des stabilisateurs pour rétablir un équilibre latéral. Les stabilos sont des sortes de béquilles terminées par des patins.
Il arrive que des unijambistes skient avec leur prothèse. Suivant la hauteur d’amputation, le membre fonctionnel offre des conditions de ski quasi identiques à celles des skieurs valides, à la condition toutefois de trouver une chaussure adaptée à la prothèse.
Les skieurs déficients visuels n’ont besoin d’aucun matériel de glisse spécifique,
la difficulté résidant pour eux dans l’orientation. Guidés par des moniteurs spécialement formés à la technique de guidage, ils constituent alors un duo. Le pilotage, résultant d’une fine pédagogie pour concilier plaisir et sécurité, se fait par la voix. Il est caractérisé par une série d’ordres brefs, clairs et de préférence standardisés. L’alternative de la liaison radio semble aujourd’hui se propager.
Le guide d’un skieur aveugle se place en amont, à une distance rapprochée, de manière à se rendre bien audible, à bien sentir le rythme et à faciliter l’anticipation. A contrario, pour une personne malvoyante, le guide se positionne en aval, afin d’être dans le champ visuel du skieur handicapé.
Le port du dossard d’identification, de couleur vive, permet au tandem de garder le contact visuel et signale sa présence aux autres skieurs.
Quand la situation s’y prête, le skieur déficient visuel peut se voir proposer de skier « librement », avec un détachement partiel ou total des ordres.
Le skieur qui ne peut pratiquer le ski de manière traditionnelle peut s’y adonner en position assise, dans une coque fixée à un ou deux skis. Le « ski assis » est destiné aux personnes ayant perdu l’usage de leurs jambes ainsi qu’aux personnes plus dépendantes. L’appareillage est conçu pour s’adapter aux possibilités fonctionnelles de chacun.

Du matériel varié
L’uni-dualski nécessite une bonne mobilité des membres supérieurs et du tronc. Il se pratique en autonomie, sur tous terrains et à tous niveaux. L’assise se compose d’une coque posée sur un châssis et d’un amortisseur au rôle prépondérant. Pour
déclencher les virages et assurer l’équilibre à basse vitesse, le skieur utilise une paire de stabilisateurs. Suivant que l’on opte pour l’uniski ou le dualski, l’ensemble se fixe sur un ou deux skis. A la différence de l’uniski, le dualski présente des sabots articulés et non pas fixes. L’équilibre est dès lors un peu moins facile à gérer, particulièrement à basse vitesse, car la coque bascule facilement sur le côté.
Un skieur peut aussi s’adonner au dualski en semi-autonomie. Dans ce cas, il déclenchera les virages par inclinaison du haut du corps alors qu’un accompagnateur, placé derrière lui, sur ses propres skis, l’aidera à gérer l’équilibre et la vitesse en maniant une barre de pilotage qui est fixée entre le siège et le châssis.
Enfin, pour les skieurs ayant atteint un haut niveau, il est désormais possible de se faire davantage plaisir en disposant d’un uni-dualski de haute qualité. Cet équipement est notamment doté de châssis allégés, de systèmes de déverrouillage de châssis et de suspension verticale unique !
Le kartski (ou ski kart) constitue une possibilité à la portée des personnes ayant peu de coordination des membres supérieurs. Le skieur handicapé est assuré par un moniteur au moyen d’une ligne de vie attachée au kartski. L’équipement se compose d’un siège monté sur une paire de skis très écartés, conduits grâce à 2 manches agissant directement sur les skis.
Le kartski se pratique sur des pistes à faible déclivité car le risque de chute en cas de virage serré est réel. Notons que sa présence au sein des stations est encore limitée.
Le tandem ski met en scène un duo dans lequel la PMR est pilotée par un moniteur, formé spécifiquement à cette technique. Cette formule s’adresse aux personnes ayant peu, voire pas de mobilité générale et qui n’ont pas la capacité de se mouvoir seules comme le réclame les modèles uni/dualski.
Le tandem ski se compose d’un siège (baquet) monté sur un châssis fixé à une paire de skis. L’ensemble est dirigé par un moniteur, positionné derrière le siège. A la différence du dualski, l’accompagnateur fixe ses bottines sur les planches du tandem ski.
Pas encore convaincu ?
La variété et les possibilités ne manquent donc pas pour dévaler les pentes enneigées. Et comme le dit Jean-Yves Le Meur : « Skier, c’est aussi mettre au placard le handicap, découvrir d’immenses espaces sauvages en toute liberté, et devenir le roi des pistes alors qu’on se traîne d’ordinaire entre deux trottoirs ! »
Alors, vive l’hiver... et rendez-vous sur les pistes !

Cap sur la France !
Conscientisées par les politiques gouvernementales, les Alpes et les Pyrénées françaises ne sont pas en reste pour proposer aux personnes à mobilité réduite de sillonner leurs domaines skiables. Depuis une bonne décennie, en Savoie, diverses stations s’engagent dans une démarche d’intégration des PMR appelée « Skiez avec votre handicap ». Ces stations, actuellement au nombre de trente-deux, doivent répondre à quatre critères :
> disposer d’une personne ressource sur place ;
> proposer une pluralité d’hébergements, commerces et restaurants ;
> posséder une école de ski dotée de matériel adapté et de moniteurs formés;
> mettre à disposition des remontées mécaniques accessibles.
Depuis 2001, l’association « Tourisme et Handicap » attribue un label à des sites touristiques/de loisirs, des offices du tourisme, des hébergements...
Parallèlement, un marché se développe. Ainsi, des associations et sociétés organisent des séjours pour les PMR. Quelques concepteurs axent leurs recherches sur la production de matériel adapté. Nos recherches révèlent d’ailleurs une large gamme de matériel dont la technicité ne cesse d’être améliorée. Les moniteurs de ski, eux, participent de plus en plus aux formations handiski.

Anne-Sophie Marchal et Antoine Dubbelman

 

Pages 22 à 23 : Tout s'explique : Le transfert

Une des manoeuvres les plus compliquées à réaliser pour une personne en fauteuil roulant est le passage de sa chaise vers un autre siège : on appelle cela un transfert. Parmi les différents transferts, le passage vers la cuvette des WC est un des plus difficiles à réaliser étant donné l’exiguïté du lieu.
En fonction du degré de handicap, mais aussi de la personne, plusieurs types de
transfert sont possibles. Les deux les plus fréquemment réalisés sont le transfert
perpendiculaire et le transfert latéral.
Pour comprendre le déroulement d’un transfert, et les contraintes architecturales
en découlant, trois étapes doivent être distinguées.

Sarah Logan

1) L’approche
La personne en chaise entre dans la pièce et va se placer près de la cuvette.
Pour pouvoir fermer la porte mais aussi se placer de manière adéquate, une aire
de rotation de minimum 150 cm de diamètre libre de tout obstacle doit être présente dans la cabine.
De plus, une aire de transfert, c’est-à-dire une zone libre de tout obstacle, doit
également être prévue.
> Pour effectuer un transfert latéral, il est nécessaire d’avoir une aire de transfert de minimum 110 cm de large à partir de l’axe de la cuvette. Cet espace est idéalement situé dans l’axe de la porte.
> Pour réaliser un transfert perpendiculaire, une aire de transfert d’au moins 80 cm de large doit être prévue devant la cuvette.
Ces deux aires de transfert doivent être intégrées dans tout aménagement de sanitaires adaptés.
Les deux aires de transfert ainsi que l’aire de rotation peuvent se superposer.

2) Le transfert
La personne se glisse ensuite de sa chaise vers la cuvette. Une barre d’appui principale est ici indispensable afin d’effectuer
la manoeuvre. Si la cuvette est située dans un coin, cette barre d’appui doit être fixe.
Pour faciliter le transfert, le siège de la cuvette doit être situé à une hauteur de 50 cm, ce qui correspond à la hauteur standard d’une chaise roulante.

3) L’équilibre
Afin que la personne garde aisément l’équilibre quand elle se déshabille et se revêt, une barre d’appui secondaire,
rabattable afin de ne pas être un obstacle au transfert, est utile.
Il est également important que la paroi arrière ne soit pas trop loin de la cuvette afin de pouvoir s’y adosser.

 

Page 24 : Aires Libres, Une publication de Gamah, spécialiste de l'accessibilité au quotidien

Conseiller - Former - Evaluer - Interpeller

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Avec le soutien de l’AWIPH et du Ministre du Gouvernement wallon en charge de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de la Mobilité

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