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Aires Libres nr 14 - Décembre 2013

Par Anne-Sophie Marchal Dernière modification 15/01/2014 13:10

Version texte en continu

Sommaire
M'enfin ! p.2
Edito p.3
Reportage en images : Le Bois des Rêves : un domaine où tout le monde est roi ! p.4
Dossier : Former à l’accessibilité : semer pour récolter 7
Entretiens
Philip Barham - Access Association p.15
Olivier Gagey - Université Paris Sud 11 p.16
Gabriel Desgrouas - Handibat p.17
Vos loisirs : Le hockey sur luge p.18
Tout s’explique : la synthèse vocale p.22

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Éditeur responsable :
Gamah asbl – Vincent Snoeck
Rue de la Pépinière, 23 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 – Fax : 081 24 19 50
www.gamah.be – contact@gamah.be
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinateur : Anne-Sophie Marchal
Mise en page : Knok Design – www.knok.be
Ont collaboré à la conception et la rédaction de ce numéro :
Patrick Bartholomé, Alexandra Dusausoy, Sarah Logan, Chantal
Moëns, Vincent Snoeck et Marie-Ange Vandecandelaere.

Page 2 - M'enfin !

Un petit panneau vaut mieux qu'un long discours : oui... mais pas toujours !

Euh... j'ai pas tout retenu là !
La Ville de Lyon considèrerait-elle les personnes handicapées et âgées comme des encombrants ?
Les PMR empêchées de marché / marcher ?!
On aura tout vu ! Photo : Bernadette Babilone
Cherchez le musée... !
Attention, danger : aveugles en vadrouille ! Photo : Christian de Strycker
Excepté pizza à emporter par des chaisards ?
A proximité de Maredret, le long d'un ruisseau : pêche au chaisard ! Photo : Christophe Ponsard
La vie des PMR a-t-elle un sens pour tout le monde ? Photo : André Balsacq

Page 3 - Edito

Problèmes de mobilité, vieillissement de la population… des termes dont on entend parler de plus en plus souvent. Pas parce que notre société serait tout d’un coup devenue consciente mais tout simplement parce que nos responsables publics craignent le blocage, la paralysie, le trou budgétaire.
Depuis toujours, les politiques ont été menées comme si nous allions rester toujours jeunes, toujours mobiles, toujours productifs et surtout, comme si nous pourrions toujours financer les impacts de l’immobilité et de la vieillesse.
Et bien non… Nous en sommes à un point où le nombre d’immobiles et de vieux devient critique. Surtout que les uns ne sont pas forcément les autres.
Il faut réagir. Adaptabilité et accessibilité sont une part de la solution.
Mai, si vous cherchez des professionnels formés dans ces domaines, vous n’en trouverez que dans quelques rares associations spécialisées. Très compétents, certes, mais bien peu nombreux au regard de la tâche à accomplir.
Le temps est largement venu de partager et étendre le savoir des experts.
L’enseignement de l’accessibilité est une matière à part entière qui, comme vous le lirez dans ce nouveau numéro de notre revue, doit émerger mais doit également être soutenue fortement.
A quelques mois des élections, peut-on espérer un sursaut, un soutien, une ligne de conduite réellement visionnaire ? J’en appelle à la responsabilité de ces hommes et femmes qui s’en vont battre la campagne (électorale) pour que dans chacun de leur programme se retrouvent ces indispensables notions d’adaptabilité, d’accessibilité et de propagation des savoirs.
Vincent Snoeck
Directeur

Pages 4-6 : Reportage en images

Le Bois des Rêves :un domaine où tout le monde est roi !

Créé au début des années 80, le Domaine provincial du Bois des Rêves veillait déjà à l’accessibilité de ses infrastructures.
Petit à petit, les gestionnaires continuent dans cette lignée et perfectionnent leurs aménagements au profit de tous. Le visiteur à mobilité réduite y trouvera une accessibilité satisfaisante dans un décor naturel très varié.
Texte et photos : Marie-Ange Vandecandelaere & Anne-Sophie Marchal
Renseignements : Domaine provincial du Bois des Rêves
Allée du Bois des Rêves, 1 | 1340 Ottignies
www.boisdesreves.be | Téléphone 010 41 60 72 | Fax 010 41 14 00 | boisdesreves@skynet.be

Photo 2. Des emplacements pour personnes handicapées sont réservés à proximité de la voie d’accès principale. Pour la rejoindre, il faudra toutefois traverser une zone pavée.
Photo 3. Les déplacements entre l’entrée, le parking, la plaine de jeux, la piscine, la cafétéria et l’étang se réalisent sur un revêtement facilement praticable (pavés béton). De nombreux bancs sont répartis dans le domaine.
Photo 4. Le parcours « VAS-Y au Bois des Rêves ! » propose une découverte tactile, ludique et sonore de la vie de la forêt et de l’étang. Un plan du parcours, en relief, numéroté et traduit en braille est disposé au départ de la ballade.
Photo 5. En complément des panneaux en relief disséminés dans le parc, un fichier son est téléchargeable sur leur site Internet.
Photo 6. Un ponton adapté a récemment été construit pour satisfaire les visiteurs à mobilité réduite adeptes de la pêche.
Photo 7. Dans la plaine de jeux, les modules sont répartis en 3 zones. Chacune correspond à une tranche d’âge et est identifiable grâce à un revêtement de sol de couleurs différentes (copeaux jaunes pour les 0-5 ans, rouges pour les 6-9 ans et orange pour les 10-13 ans). Aucun module spécialement adapté pour les enfants handicapés n’est malheureusement présent.
Photo 8. Très vite, le Domaine provincial a conçu une nouvelle piste de santé, adaptée pour les personnes en fauteuil roulant. Contiguë à la piste déjà existante, elle permet aux PMR de se dégourdir et de partager leurs expériences sportives avec les personnes valides sur une partie du trajet.
Photo 9. Dans les 4 blocs sanitaires, des WC adaptés sont présents.
Photo 10. Le Domaine du Bois des Rêves dispose d’une piscine en plein air. Un accès de plain-pied est prévu jusqu’au grand bassin. Aucun système de mise à l’eau n’est cependant proposé. Le petit bassin est également accessible mais la rampe
d’accès est très pentue.

Page 7 : Former à l’accessibilité : semer pour récolter

En 2013, la question « Faut-il rendre l’environnement accessible ? » ne se pose plus. Le vieillissement de la population aidant, chercheurs, politiciens, citoyens… s’accordent sur l’idée que construire sans anticiper les soucis de mobilité des aînés relève de l’aberration. L’idée que la réduction de mobilité touche une part très importante de la population, tôt ou tard, temporairement ou définitivement, et sous des formes bien plus diverses que la seule problématique des personnes en chaise, a fait elle aussi du chemin.

Enfin l’idée commence à percoler dans les esprits que rendre l’environnement accessible au PMR (personne à mobilité réduite) apporte un surcroît de confort pour tous.
Et pourtant…

Après plus de trente ans consacrés à promouvoir l’accessibilité, Gamah constate que bien des aménagements actuels présentent encore des lacunes de conception. Et qu’il est toujours nécessaire d’intervenir pour que l'accessibilité soit intégrée dès les avant-projets ou prise en compte lors de rénovations. Outre les freins techniques et budgétaires, ces lacunes ne peuvent provenir que d’un manque d’information et surtout, à la base, de formation.
Par conséquent, Gamah recommande que l’accessibilité soit intégrée dans le cursus des concepteurs du cadre bâti : architectes et ingénieurs. Mais pas seulement : maçons, menuisiers, électriciens, plombiers sont concernés. De même que les fonctionnaires chargés d’encadrer réglementairement la construction. Et pour épauler tous ces intervenants, une nouvelle profession spécialisée a sa place : le conseiller en accessibilité.
Ce dossier analyse les causes du déficit actuel d’intégration de l’accessibilité dans les pratiques. Il jette aussi les grandes lignes de ce que pourraient être les formations à l’accessibilité.
Dossier coordonné par Anne-Sophie Marchal

Page 8 - Lacunes de conception : les causes

Si les esprits intègrent peu à peu l’accessibilité, les habitudes et traditions de conception et d’exécution ont la dent dure. Trop nombreux sont encore les constructions traditionnelles (présence de ressauts, de couloirs trop étroits…), les cheminements inadaptés (dévers trop importants, dalles podotactiles non réglementaires…) et les moyens de transport peu ou pas praticables. Quelques pistes pour comprendre pourquoi.

Quatre explications, variées mais interdépendantes, peuvent être avancées.
* Une évolution lente des représentations sociales
Sans doute est-ce lié à notre culture et à la place historiquement octroyée aux personnes handicapées dans la société. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, ce sont des monstres qu'il faut cacher et bannir. Avec la première guerre mondiale, la patrie ne veut pas renier ceux qui se sont battus pour elle. Pour les mutilés, prothèses, rééducation, allocations voient le jour. Les personnes handicapées sont mieux prises en compte, le vocabulaire change pour les désigner, des aménagements apparaissent. Le regard de
la société évolue pour faire passer les personnes handicapées d'une situation d'exclusion vers l’intégration. Les concepteurs et gestionnaires d’espaces publics suivant la tendance, l’environnement se transforme lentement pour faciliter les déplacements de tous. Aujourd’hui, il est considéré comme la cause première du handicap. Louis-Pierre Grosbois, architecte et auteur de « Handicap et Construction », en a fait un théorème : « Une personne valide dans un espace inaccessible est une
personne handicapée et une personne handicapée dans un espace accessible
est une personne valide. »
* Un domaine vaste et complexe
Le monde du handicap est vaste et hétérogène. Psychologie, sociologie, emploi, médecine, architecture, urbanisme… sont concernés par les problématiques qui y sont liées. L’accessibilité touche tant les bâtiments (musées, écoles, maisons, hôpitaux, commerces, hébergements…), que les cheminements (trottoirs, espaces verts, traversées piétonnes…), les transports (trains, bus…), la culture (accès aux infrastructures et aux contenus), etc. Les PMR doivent pouvoir circuler partout et profiter de tout ce que propose la société. Les embûches surgissant sur leur chemin en sont donc révélées. Mais généraliser les solutions à mettre en place est difficile car chaque situation est particulière. Les bonnes pratiques ont progressé ces dernières
années et le principe de conception universelle tend à s’imposer. Mais le « réflexe accessibilité » n’est pas encore généralisé.
* Des informations difficiles à dénicher
Un professionnel soucieux des besoins des PMR dans un projet de construction ne trouve donc pas toujours aisément les réponses à ses questions. Sa première référence sera la réglementation (CWATUPE, RRU) qui fournit quelques éléments de réponse  (mesures minimales, équipements à prévoir, etc.), mais surtout axés sur les besoins des
chaisards et parfois délicats à interpréter. Autre source : les associations expertes en accessibilité. Mais elles se comptent sur les doigts d’une main en Fédération Wallonie-Bruxelles.
* Un sujet encore trop peu enseigné
Concevoir un environnement « PMR friendly » est complexe : le bon sens et la pratique ne suffisent pas, une formation est nécessaire. Or les questions d’accessibilité sont peu, voire pas enseignées dans l’enseignement supérieur. Le sujet n’est pas imposé dans les programmes des futurs architectes, urbanistes, designers, paysagistes, ni
dans celui des aspirants ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychomotriciens.
Et encore faudrait-il que ces programmes déjà chargés y consacrent suffisamment de temps pour laisser des traces dans les pratiques de ces professionnels.

Pages 9- 12 - Enseigner l’accessibilité : tout un programme !

Face au constat de carence dans la chaîne de la mise en accessibilité, comment réussir à transmettre les règles et bons usages aux professionnels ?

Plusieurs niveaux d’apprentissage peuvent être déployés :
>> une sensibilisation des étudiants via leurs études ;
>> une formation continue pour soutenir les professionnels et les informer des dernières nouveautés ;
>> une formation approfondie pour permettre d’aborder les multiples facettes du sujet. Un nouveau métier – conseiller en accessibilité – en découlerait.
L’Union européenne incite les États membres à travailler dans ce sens. Un groupe de  travail a d’ailleurs rédigé une résolution sur l’introduction des principes de conception universelle dans les programmes de formation de l’ensemble des professions travaillant dans le domaine de l’environnement bâti. Cette résolution, surnommée « Résolution
de Tomar », a été adoptée par le Comité des Ministres le 15 février 2001 (http://goo.gl/1MbCZO).
* Le B.A. - BA pour tous les professionnels de la construction
Pour que l’accessibilité soit intégrée partout dans notre environnement, il faut bien entendu que les professionnels du cadre bâti en tiennent compte. Pour cela, dans leur cursus initial, les futurs concepteurs devraient tous participer à un cours consacré aux personnes à mobilité réduite et à leurs besoins. D’autres professionnels sont également concernés : en effet, il arrive fréquemment que des projets soient menés sans  l’intervention d’un architecte ou d’un ingénieur. Un tel cours devrait donc aussi être intégré à la formation des futurs maçons, menuisiers, électriciens, plombiers…
* Qu’aborderait ce cours ?
Tout d’abord, il s’agit d’élargir la notion de personnes handicapées à celle de personnes à mobilité réduite. Une contextualisation mettra en valeur l’importance du sujet : personnes en fauteuil roulant ou marchant difficilement, individus présentant une  déficience auditive et/ou visuelle, personnes avec difficultés de compréhension,  parents avec des enfants en bas âge, grands-parents, personnes porteuses d’un plâtre… Être conscient que ce panel représente tout de même un bon tiers de la population et que finalement, tout le monde est concerné de près ou de loin, permet de lui accorder une certaine importance !
Ensuite, il est utile d’inciter les jeunes à considérer le handicap comme une résultante de défauts inscrits dans l’environnement (et non pas comme un problème uniquement lié à la personne). Pour cela, l’idéal serait d’aborder toutes les matières avec le principe de conception universelle en toile de fond. Les étudiants doivent comprendre que l’objectif à privilégier lors de la conception d’un projet est bien de construire une oeuvre
ou un espace qui réponde aux besoins de tous les êtres humains. Ce point de vue ne peut toutefois être pleinement apprécié que si la conception universelle est détaillée dans un cours mais également inscrite dans l’ensemble des cours (faute de quoi, il risquerait d’être perçu comme un élément marginal). Enfin, une explication des difficultés rencontrées par les PMR éclaire encore mieux le sujet : quels sont les problèmes pour franchir un ressaut, pourquoi un chaisard a-t-il besoin d’espace pour effectuer un demi-tour en chaise roulante, comment une personne déficiente visuelle reconnaît-elle son chemin, quels soucis de communication rencontrent les personnes malentendantes, etc.
Pour garder tout cela à l’esprit, notamment au moment de la conception d’un projet, une mise en pratique (déplacement en chaise roulante, sous bandeau, sous casque…) s’avère souvent efficace. Être temporairement en fauteuil roulant, aveugle ou malentendant permet de mieux percevoir la relation entre les individus et ce qu’ils ont
construit. Suite à cette expérience, les étudiants penseront certainement à la nécessité de construire des ouvrages répondant aux besoins de tous lorsqu’ils seront eux-mêmes les concepteurs, réalisateurs ou rénovateurs de lieux de vie. À ce niveau-ci, il importe essentiellement de comprendre que l’environnement joue un rôle prépondérant dans la vie de tout citoyen et qu’il est dès lors fondamental de le construire ou de le rénover en pensant aux besoins de tout le monde (et pas  uniquement à ceux de l’homme modèle). Respecter les principes de la conception  universelle permet non seulement aux personnes à mobilité réduite de s’approprier  l’espace mais augmente également le confort de tout citoyen. Chaque concepteur doit retenir que l’usage prime sur tout. Ses choix peuvent créer du handicap… ou le supprimer !
* Une formation spécifique de conseiller en accessibilité
Les cursus de base doivent éveiller les étudiants et ouvrir leurs regards à certaines problématiques. Mais c’est au travers des sessions spécialisées que les aspects  techniques et détaillés de sujets plus récents ou complexes peuvent être traités et discutés. Si des formations spécifiques existent pour devenir auditeur énergétique ou conseiller en prévention, une formation précise traitant de l’accessibilité permettrait aux associations de partager le savoir qu’elles ont acquis au fil des ans et des combats menés.
Pourquoi une spécialisation ?
L’accessibilité est un monde complexe à cerner et il est nécessaire de lui consacrer un temps suffisant. De plus, des professionnels d’horizons très divers (architectes, urbanistes, paysagistes, ergothérapeutes, assistants sociaux, employés communaux, responsables de chantiers, psychomotriciens, etc.) sont concernés. Ils pourraient ainsi être regroupés et un dialogue enrichissant s’instaurerait entre eux.
Sur le terrain, ces experts seront capables de s’adresser à différents acteurs  (architectes, PMR, employés communaux…). Cela permettrait de coordonner les actions et de centraliser les informations à chaque échelle (communale, régionale, institutionnelle…).
Au niveau local, ces personnes ressources pourraient relayer les demandes de PMR/d’associations… et inciter la concertation entre les acteurs concernés. Avec sa population vieillissante, la société ne pourra que tirer des avantages des compétences de ces spécialistes en accessibilité ! L’objectif principal est donc de former des experts pour qu’ils puissent conseiller les professionnels travaillant de près ou de plus loin dans le domaine de l’environnement bâti et assurer un suivi spécifique. Ainsi, ils pourront les inciter et leur donner les clés pour « concevoir et composer différents produits et environnements qui soient, autant que faire se peut et de la manière la plus  indépendante et naturelle possible, accessibles, compréhensibles et utilisables par tous, sans devoir recourir à des solutions nécessitant une adaptation ou une conception spéciale ».
Quel profil ?
>> Des concepteurs : architectes, ingénieurs, agents communaux (services travaux, voirie, logement, etc.), urbanistes, paysagistes, designers, architectes d’intérieur, chefs et coordinateurs de chantiers, maîtres d’oeuvre ;
>> des promoteurs et agents immobiliers ;
>> des assistants sociaux, « handicontacts » ;
>> des spécialistes du mouvement etde la motricité : kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, etc.
>> des personnes désireuses de travailler au quotidien pour améliorer l’accessibilité de l’environnement. 

Demandez le programme !
La trame de fond de tous les modules de formation serait la conception universelle. Les matières à étudier doivent fournir aux futurs conseillers toutes les clés pour améliorer l’accessibilité de l’environnement :
>> Une contextualisation pour définir la notion de PMR et d’accessibilité (pour qui et pour quoi oeuvre-t-on ?)
>> Une (re)découverte des difficultés et besoins des PMR : connaître les problèmes des personnes à mobilité réduite et en comprendre les causes permet de mieux réfléchir un aménagement mais fournit aussi des arguments dans une négociation.
Découvrir les embûches via une mise en situation et/ou des témoignages marquera profondément les participants.
>> Une revue des lois fédérales, régionales, européennes et une explication des normes dans le détail.
>> L’étude de la conception et de l’exécution d’un projet : méthode pour réussir  l’accessibilité, prescriptions techniques à mettre en oeuvre, rôles de chaque partie (maître d’ouvrage, auteur de projet, commune, bureau d’études…), cheminement d’un
projet et de ses démarches administratives. Ces différents éléments doivent être considérés dans des contextes variés (bâtiments, cheminements, transports…).
>> Une méthodologie pour évaluer l’accessibilité d’un cadre bâti déjà existant : que prendre en compte et comment l’évaluer ?
>> Des techniques de communication : concertation et de gestion de conflits, conduite et suivi de réunions, art de la négociation, manière de présenter et argumenter les enjeux et bénéfices de l’accessibilité ; méthode pour transmettre l’information  concernant le niveau d’accessibilité (site Internet, communiqué de presse, entretiens  avec la presse…) ; les partenariats à privilégier et le réseau à développer : associations
représentatives des PMR et celles oeuvrant pour une meilleure accessibilité, ressources utiles.
>> Des champs particuliers d’étude, qui s’amplifieront dans les années à venir :  l’accessibilité d’une attraction touristique, d’un festival, d’un site classé…
Afin de rendre les participants acteurs de leur formation, l’idéal est de limiter le groupe à une quinzaine de personnes. Les formateurs pourront plus facilement alterner les méthodes utilisées : cours théoriques et techniques, mises en pratique, analyses  critiques de plan, rencontres avec des PMR et des professionnels tenant déjà compte de l’accessibilité, travail en sous-groupes, etc. Dans le paysage belge, seuls les experts en matière d’accessibilité sont actuellement compétents pour proposer une telle  formation. Il s’agit donc essentiellement des employés de quelques associations  membres du CAWaB. Lorsqu’une telle formation aura été répétée plusieurs fois, des conseillers en accessibilité pourront également former de nouveaux confrères. Un
réseau se créera, alimentant les discussions, tenant les conseillers au faîte de leur expertise, leur permettant de se serrer les coudes pour continuer à faire progresser l’accessibilité.
Une offre de formations continues
Tous les professionnels ne se spécialiseront pas en accessibilité. Mais comme ils seront confrontés à cette question régulièrement, il importe de continuer à leur proposer des journées de formation à thème (l’accessibilité d’un bâtiment par exemple). Même si tous les détails n’y seraient pas traités, de tels séminaires permettraient d’améliorer l’accessibilité générale de l’environnement. 

Vu ailleurs
En France, la « Loi handicap » a multiplié les formations, colloques, journées d’étude sur le thème du handicap. Un simple coup d’oeil à « l’agenda de l’accessibilité »  (http://goo.gl/t9oDZK) répertorié sur le site du Ministère de l’Écologie, du  Développement durable et de l’Énergie suffit à démontrer l’essor du sujet !
Quant aux écoles préparant à des professions dont l’objet est la conception ou la réalisation de bâtiments, de lieux spécialement aménagés pour être ouverts au public,  ainsi que d’installations ou d’équipements susceptibles d’y être incorporés , elles sont  tenues d’intégrer l’accessibilité dans leurs programmes.
Des formations universitaires ont aussi été créées pour pouvoir creuser la matière et former des experts (lire à ce propos l’entretien d’Olivier Gagey en page 16).
Le Royaume-Uni possède un réseau d’« access officers ». Reconnus comme exerçant un métier à part entière, ces spécialistes s’assurent que les besoins des PMR sont bien pris en compte lors de travaux de l’environnement bâti. Ils assurent un lien avec les organisations de personnes handicapées. Ils promeuvent l’accessibilité des lieux et incitent à améliorer l’espace public. Ils se tiennent au courant des nouveautés en matière d’accessibilité et proposent des solutions aux professionnels de la construction. Bref, ce sont de réels experts en accessibilité. (L’entretien en page 15 est d’ailleurs consacré aux « access officers ».)

Pages 13-14 - Conseiller en accessibilité, un nouveau métier

Tout comme il existe des conseillers en environnement, des conseillers en mobilité ou
des conseillers en prévention, les concepteurs devraient pouvoir faire appel à un spécialiste en accessibilité pour veiller à intégrer cette dimension dans leur projet.
Quelles sont les tâches typiques d’un conseiller en accessibilité ? En tant que personne ressource, il a pour objectif de sensibiliser les professionnels à l’importance de la prise en compte de l’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Il accompagne les
différents acteurs concernés dans leurs projets en les informant et en les conseillant sur les réglementations en vigueur et les bonnes pratiques. Il recherche avec eux des solutions permettant de répondre aux besoins des PMR. Il favorise les échanges entre
les interlocuteurs, qu’ils soient des acteurs techniques, politiques ou des PMR. Il informe chacun, essayant de convaincre et de concilier les opinions divergentes afin d’aboutir à une solution satisfaisante pour le plus grand nombre. Il interpelle ou alerte les responsables lorsqu’une situation est critique.
Ses caractéristiques
Le conseiller en accessibilité est capable d’appréhender les contraintes de chacun. Il peut reconnaître les diverses situations de réduction de mobilité dans différents environnements mais perçoit aussi les difficultés techniques des concepteurs. Il participe à la recherche de solutions pragmatiques et efficaces. Il inscrit ses missions dans un cadre de collaboration et n’est en aucun cas un inspecteur. Le conseiller en accessibilité alterne travail de bureau (analyse de plans, rédaction de  recommandations…), participation à des réunions, visites de chantier et audits de terrain. Il présente donc des compétences inter et pluridisciplinaires.
Le conseiller en accessibilité intervient à la demande d’une structure privée (entreprise, bureau d’étude…) ou publique (administration régionale, communale…). Il peut aussi agir suite à l’interpellation d’un citoyen ou de son propre chef.

Comment faire émerger ce métier ?
Le meilleur moyen serait une impulsion politique : réglementation en faveur de la  conception universelle (dans l’enseignement mais aussi dans les lois relatives à  l’aménagement du territoire), incitants financiers pour les communes engageant ces spécialistes, octroi de subsides pour la réalisation de travaux améliorant l’accessibilité, privilège pour les projets menés en collaboration avec un conseiller en accessibilité…  Les pistes sont nombreuses !
En attendant, d’autres instances telles que l’ordre des architectes, les fédérations d’ingénieurs et d’urbanistes, les associations d’ergothérapeutes, etc. peuvent  également agir à leur niveau par exemple en promouvant la formation, en plébiscitant les conseillers en accessibilité, en commandant des cycles de ces formations.

Soutien via un réseau dynamique et entreprenant
Un réseau professionnel permettrait à ces experts de se tenir informés des nouveautés  techniques, des avancées en matière de recherche, des changements dans les  réglementations... et serait aussi un lieu d’échanges de bonnes pratiques. Les conseillers pourraient témoigner et expliquer les projets suivis, leurs difficultés et  dénouements. Des formations ou colloques pourraient être proposés à tous ces  conseillers, éventuellement en réponse à une demande spécifique de leur part. Ce  serait l’occasion de faire le point sur leur métier, de prendre du recul par rapport à leurs actions, d’approfondir un thème… et de repartir avec des motivations supplémentaires. Outre l’organisation de ces moments d’échanges et de formation, le réseau des  conseillers en accessibilité aurait pour mission de promouvoir et représenter cette  profession.

L’accessibilité ne sera bientôt plus une option
En mars 2007, la Belgique a signé la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Le handicap y est considéré comme le résultat d’une  interaction entre une personne présentant une incapacité et les obstacles que lui oppose une société non inclusive. En adhérant à cette convention, la Belgique s’engage à prendre des mesures pour améliorer l’environnement dans lequel les personnes  handicapées vivent afin qu’il ne constitue plus une barrière à leur pleine participation. De son côté, l’Europe travaille à un « Acte européen sur l’accessibilité ». Si le contenu  n’est pas encore clairement présenté, il est certain que le contexte réglementaire  européen va évoluer. D’ici quelques années, l’accessibilité ne sera plus une option. C’est donc maintenant qu’il faut anticiper les inévitables changements et contraintes apportées par ces nouvelles législations règlementations.
Confrontées à ces présages mais aussi au vieillissement de sa population, La Région de Bruxelles-Capitale a bien compris l’intérêt du défi : le Ministre de l’Aménagement du
territoire a commandé une formation afin d’enseigner l’accessibilité. Une première session expérimentale, destinée à former des conseillers en accessibilité, a débuté mi-octobre. À la fin de celle-ci, l’ébauche du réseau évoqué dans ce dossier devrait donc voir le jour.
Que ce soit pour une journée de formation ou pour un parcours plus complet, manifestez votre intérêt ! C’est grâce à une mobilisation générale (des professionnels de la construction et de la motricité, du monde politique, des employés communaux, des citoyens) que les choses bougeront.

Pour les prochaines élections de mai 2014, chaque parti ne manquera pas de se remettre en question. Voilà une belle opportunité pour inscrire l’accessibilité au  programme des prochains gouvernements (régional et communautaire entre autres pour
l’enseignement et la formation) et de placer l’accessibilité en bonne position !

Page 15 - Entretien "Les conseillers en accessibilité existent déjà au Royaume-Uni !"

Entretien avec Philip Barham, directeur d’une société spécialisée dans la recherche sur les politiques relatives à l'accessibilité des transports publics pour les personnes âgées et handicapées et secrétaire d’Access Association.

- Quelle est la finalité d’Access Association ?
Au coeur de notre mission se trouve le soutien des « Access Officers » et des personnes travaillant dans le secteur de l'accessibilité. Nous encourageons la pleine participation des personnes handicapées dans leurs communautés et facilitons  l'échange de connaissances et d'expériences entre nos membres.
A l'origine, l'association a été fondée comme un organisme pour les « Access Officers » dont le rôle est centré sur le suivi des permis d’urbanisme. Elle a récemment élargi sa  sphère d'intérêt afin d’attirer un plus large éventail de professionnels. Aujourd’hui, elle compte 142 membres.

- Depuis quand existe Access Association ?
Les « Access Officers » sont apparus dans les années 70, lorsque les personnes handicapées ont commencé à exiger des améliorations dans la conception de  l'environnement bâti et créé des «groupes d'accès » pour faire avancer cette cause.

- Où travaillent les « Access Officers » ?
Ils sont employés par les autorités locales (les conseils régionaux ou municipaux, etc.) mais le ralentissement économique et les mesures d'austérité prises par le gouvernement ont obligé le secteur public à diminuer considérablement ses effectifs.
Dans de nombreux cas, les « Access Officers » ont été remplacés par un responsable «égalité et diversité» (ou une fonction similaire) dont le rôle est élargi pour inclure les  questions d'égalité des sexes et de race. Ceci a abouti à une réduction considérable de l'expertise des bâtiments dans le secteur des collectivités locales.

- Quels services proposez-vous aux « Access Officers » ?
L'association fournit un environnement pour le soutien mutuel entre professionnels engagés dans l’accessibilité et l'inclusion. Elle est divisée en 12 régions et donne ainsi aux membres l'occasion de travailler en réseau lors de réunions régionales. Les régions organisent elles-mêmes des présentations et visites de sites. Cela permet aux membres de poursuivre leur formation professionnelle. Lors de son assemblée générale annuelle, Access Association organise une formation d’une demi-journée. Les membres sont également tenus informés des nouveautés et des questions importantes à travers le site Internet (www.accessassociation.co.uk) et via le groupe de discussion sur  LinkedIn.

- Que pensez-vous que les conseillers en accessibilité apportent dans votre société ?
Ces derniers temps, les « Access Officers » ont joué un rôle important de vérification  et d'approbation des demandes de permis. Ils ont veillé à ce que les lois et les lignes  directrices relatives à l'accessibilité et l'égalité soient pleinement respectés, avant l’octroi. Cependant, suite à la réduction du nombre d’« Access Officers », il semble que  quelques « fissures » apparaissent dans ce processus.  

Pour découvrir Access Association :
www.accessassociation.co.uk (site en anglais)
L’intégralité de l’entretien est disponible sur notre site Internet www.gamah.be.

Page 16 - Entretien "L’accessibilité, une orientation à part entière"

Olivier Gagey est professeur à l’Université Paris-Sud 11. Un master « Vieillissement et Handicap : Mouvement et Adaptation » (VHMA) est proposé entre autres aux étudiants en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS). Ce master  trouve son origine dans une conviction : la prévention de la dépendance passe d'abord par la préservation de la mobilité des personnes. En 2ème année de master, les  étudiants peuvent ainsi choisir l’option « accessibilité ».

- Que propose le master « VHMA » ?
L’objectif en 1ère année est d’approfondir les connaissances sur les déterminants (anatomiques, mécaniques et biologiques) du mouvement humain, de présenter les effets sur le mouvement du vieillissement physique et cognitif ainsi que des grandes
catégories de handicap. La 2de année est consacrée à l’étude de tous les mécanismes d’adaptation qui peuvent être mis en oeuvre pour entretenir la mobilité, l’ensemble des aides technologiques qui peuvent contribuer à cet objectif ainsi que l’étude des institutions et des moyens d’évaluation de la dépendance.

- En quoi ce master se démarque-t- il des masters généralement proposés ?
Il présente une très grande transversalité des champs de connaissance abordés. Il vise à donner, à des étudiants non médecins, une réelle autonomie d’analyse vis-à-vis de l’avancée en âge et de la perte d’autonomie. A ma connaissance, il n’y a pas d’autre programme comparable car la clef est une réelle connaissance du mouvement et des interactions avec les innombrables catégories de handicap.

- Comment êtes-vous venus à proposer une spécialisation « accessibilité » dans ce master ?
Initialement, ce n’était pas prévu au programme. En 2005, la « loi handicap » est apparue. C’est une loi « fauteuil roulant » qui ne tient pratiquement pas compte de  tous les « micro handicaps » qui caractérisent le vieillissement. Nos étudiants se sont trouvés extrêmement à l’aise dans les travaux d’évaluation d’accessibilité. Du fait de leur autonomie, ils ont une vision du problème plus large que la simple application des textes réglementaires.

- Quel est le profil des étudiants qui s’inscrivent à ce master ? Vers quels métiers se tournent-ils ?
Tous ont une base « mouvement » très forte : licence STAPS, kinésithérapeutes en fin de parcours, ergothérapeutes et psychomotriciens. Ils obtiennent des métiers  d’évaluation de l’accessibilité dans les lieux publics et des logements.

- Quel avenir se dessine pour cette formation ?
Il faut être prudent en ce qui concerne la spécialisation « accessibilité » : on doit atteindre le pic de recrutement car l'infrastructure d'évaluation de l'accessibilité est désormais en place. En revanche, le champ de la prise en charge des personnes âgées  en vue du maintien à domicile, de la prévention de la dépendance, de la coordination de la prise en charge et bien sûr de la recherche n’est pas prêt de se rétrécir !

Pour en savoir plus sur le programme : http://goo.gl/biqRlf
L’intégralité de l’entretien est disponible sur notre site Internet www.gamah.be.

Page 17 - Entretien "Un réseau de professionnels formés à l’accessibilité"

Entretien avec Gabriel Desgrouas, Président de Handibat Développement

- Quel concept défend la marque Handibat® ?
En créant Handibat®, nous avons voulu replacer l’humain au coeur de la problématique de l’accessibilité. Un artisan Handibat® ne s’attaque pas au handicap mais au confort  de vie des personnes handicapées, âgées ou à mobilité réduite (PMR), sur la base d’un échange avec les personnes concernées pour apporter une réponse sur-mesure. L’enjeu de l’accessibilité n’est pas de répondre à des besoins catégoriels mais au contraire d’être au bénéfice de tous, dans une logique de conception universelle.
La marque Handibat® est ouverte à tout professionnel du bâtiment qui souhaite  s’engager dans ce vaste chantier du BEAU : le Bâti Eco Accessible Universel.

- Quelle est la particularité du dispositif Handibat ?
Chaque professionnel doit participer à une formation. Il est sensibilisé et formé aux  multiples enjeux de l’accessibilité, notamment grâce à l’intervention d’une personne  handicapée, d’un ergothérapeute, de la maison départementale des personnes  handicapées (MDPH) et d’un opérateur habitat. En outre, la démarche est nationale mais la plus-value réside dans l’ancrage local. Des commissions départementales regroupent de multiples partenaires. Entre eux, ils échangent, collaborent, se tiennent  informés et développent des bonnes pratiques… au bénéfice des personnes  confrontées à un problème de mobilité.

- Qu’apporte Handibat® aux professionnels de la construction ?
La marque Handibat® permet aux professionnels de rendre visible leurs compétences sur le marché. Les décideurs et services institutionnels, eux, peuvent s’appuyer sur des professionnels parfaitement identifiés. Et les clients peuvent faire appel à des professionnels compétents. De plus, notre offre de formation couvre tous les secteurs  d’activité et toutes les problématiques : chaque professionnel trouve une offre adaptée  à ses besoins. Ils peuvent donc se former aux exigences réglementaires mais  aussi au savoir-être.

- Quel aspect de votre dispositif est le plus apprécié par les professionnels ?
Ils aiment les formations car ils sont mis en situation et échangent avec d’autres « univers » de l’accessibilité : personnes handicapées, ergothérapeutes, financeurs (MDPH)… En ressortant des formations, ils ne voient plus le cadre bâti et la voirie de la même manière. Ils sont également très attachés à la déontologie attachée à la  marque. Celle-ci met en avant le savoir-être auprès des PMR : l’humain est mis au centre de la démarche. Plusieurs principes guident la marque Handibat® :
>> dépasser le seul respect de la réglementation pour aller vers le confort d’usage ;
>> avoir une approche systématique d’amélioration de l’accessibilité sur tous les chantiers ;
>> banaliser l’accès à tout pour tous et faire du beau ;
>> raisonner en continuité de la chaîne de déplacement ;
>> apporter de la qualité de service ;
>> articuler les compétences pour mieux travailler ensemble.

Plus d'info : http://www.handibat.info
L’intégralité de l’entretien est disponible sur notre site Internet www.gamah.be.

Pages 18-21 : Loisirs Le hockey sur luge ou comment jouer au hockey sur glace en restant assis

Dans les années 60, dans un centre de réadaptation de Stockholm, un groupe de jeunes souhaite remonter en piste pour jouer au hockey sur glace malgré leurs  handicaps physiques. Ils modifient alors un traîneau et commencent à s’exercer sur un  lac gelé de la capitale suédoise. Le sledge hockey est en train de naître.

Sarah Logan & Anne-Sophie Marchal

Le hockey sur luge, sledge hockey ou encore handi-hockey, est donc une adaptation  du hockey sur glace qui permet aux personnes ayant un handicap dans la partie  inférieure du corps de pratiquer ce sport. Plutôt que de chausser des patins, les joueurs s’installent sur une sorte de luge et se déplacent grâce à deux bâtons qu’ils tiennent dans chaque main.

Les règles du jeu
Le hockey sur luge se pratique selon les mêmes règles que le hockey classique. Quelques adaptations sont tout de même prévues pour tenir compte du handicap des joueurs. Une partie comprend trois périodes de vingt minutes durant lesquelles les joueurs tentent de s’emparer de la rondelle pour l'envoyer dans le filet adverse.
Une équipe est constituée de six personnes : trois attaquants, deux défenseurs
et un gardien de but. A la différence du hockey sur glace valide, les équipes peuvent être composées d’hommes et de femmes. En handi-hockey récréatif, des athlètes
valides peuvent intégrer les groupes. Dans ce cas, ils ne jouent pas debout mais assis  dans une luge. Par contre, en compétition internationale, seuls les athlètes atteints d’une incapacité des membres inférieurs sont autorisés à concourir.

Avènement
C’est en 1994, soit 34 ans après son invention, que le hockey sur luge fait son entrée aux Jeux Paralympiques d’hiver de Lillehammer, en Norvège. C’est aujourd’hui une des disciplines les plus populaires auprès des spectateurs des Jeux Paralympiques d’hiver.
Lorsque les compétitions ont démarré en 1969, il n’y avait pourtant que 5 équipes en Europe. Le hockey sur luge est pratiqué à l’heure actuelle dans une quinzaine de pays dont la Hollande, l’Allemagne, l’Angleterre, la Pologne, l’Italie, la Suède, la Norvège...

Chez nous
En Belgique, il n’existe jusqu’à présent qu’un seul club de hockey sur luge. Il a été créé en 2004 par Fabian Vanesse. Alors membre de l’asbl « The Free Wheels » (qui n’existe plus aujourd’hui), il gère la patinoire installée au centre ville de Hannut pendant les périodes de fin d’année. En tant qu’ancien hockeyeur valide, le plaisir de la glisse le
titille. Il invite alors les « Amsterdam Huskies », un club de hockey sur luge des
Pays-Bas, à venir faire une démonstration sur la patinoire de Hannut. Il teste pour la première fois la luge de handihockey. Il est d'emblée séduit et arrive à obtenir des subsides de la Loterie Nationale pour acheter du matériel en provenance du Canada. Convaincu par les bienfaits de ce sport, il crée alors un club de sledge-hockey. Subsidié par la nouvelle asbl « Hannut Handi Actif », le groupe d’handi-hockeyeurs s’entraîne maintenant toute l’année, une fois par semaine, à la patinoire de Liège.
Une séance commence généralement par un bref échauffement. Ensuite, en fonction de leur niveau, les joueurs s’entraînent à diverses techniques (familiarisation avec le
matériel, maîtrise des déplacements et des contacts, exercices de passe de la rondelle, apprentissage du rôle d’attaquant, défenseur ou gardien de but…). Enfin, un petit match clôture l’heure.

Le matériel
La luge - Un siège en plastique est fixé sur un châssis métallique (en aluminium
ou acier), lui-même monté sur deux lames de patins de hockey. Pour une meilleure agilité, et en fonction de l’équilibre du hockeyeur, les lames peuvent être plus ou moins  rapprochées l’une de l’autre. Les personnes amputées, ayant souvent un meilleur  équilibre, peuvent même évoluer sur une seule lame.
Le châssis étant surélevé par une lame, le palet ou rondelle (disque de caoutchouc très dur) peut passer par-dessous. Les pieds, chevilles, genoux et hanches des joueurs sont maintenus en place par des sangles.
Les bâtons - Les joueurs sont munis de deux bâtons, un peu plus courts que les bâtons
classiques. D’un côté, ils sont pourvus de pics en métal pour permettre à l’athlète de se propulser. A l’autre extrémité, ils sont recourbés et plats afin de réaliser des passes ou des tirs.
Les protections - Comme les joueurs valides, le handi-hockeyeur doit revêtir toutes les
protections nécessaires aux matchs :
>> des jambières, qui montent jusqu’aux genoux ;
>> un plastron, pour protéger le torse et les épaules ;
>> des coudières ;
>> des gants ;
>> un casque muni d’une protection faciale ;
>> un protège cou.

La patinoire de Liège, un exemple européen !
Il existe une quinzaine de patinoires en Belgique, dont un tiers en Région wallonne.
Fabian Vanesse nous confie que la patinoire de Liège, de dimensions olympiques (60 m sur 30) est la patinoire la plus accessible en Europe. En effet, l’accessibilité a été réfléchie dès la conception du bâtiment et n’a pas seulement été pensée pour le
public (gradins et sanitaires accessibles) mais aussi pour les joueurs. Soulignons d’abord un aménagement particulièrement complexe à mettre en oeuvre : l’accès à la piste qui s’effectue de plain-pied. Les joueurs invalides peuvent ainsi s’engager sur la
glace de manière autonome. A côté des portes d'accès à la piste, les parois sont en plexiglas transparent afin de permettre aux joueurs qui sont sur la touche ou « en  prison » de suivre le match sans quitter leur luge. Un couloir de glace synthétique relie les vestiaires à la piste. Grâce à cela, les athlètes peuvent se préparer dans les vestiaires et s’installer dans leur luge. Ils rejoignent ensuite directement la glace sans devoir effectuer de transferts supplémentaires. Dans les vestiaires, accessibles, des
toilettes adaptées et des douches de plain-pied sont présentes. Il n’y manque encore que les sièges de douche. 

A vos postes
Les Jeux Paralympiques d’hiver auront lieu en février 2014 à Sotchi en Russie. Bien que notre équipe belge n’y participera pas (encore ;-) !), nous vous encourageons à suivre les compétitions de hockey sur luge.

Rencontre avec Fabian Vanesse - Extraits choisis
C’est un sport facile à mettre en place. Complet, physique, dynamique, de contacts. Ceux-ci ne sont autorisés que si l’adversaire peut voir « l’attaquant » arriver.
Le hockey sur luge est le seul sport d’hiver que l’on peut pratiquer toute l’année. C’est également le seul sport d’hiver d’équipe. Le hockey sur luge est très intéressant pour les personnes ayant un handicap des membres inférieurs car il permet de travailler l’équilibre du tronc et de renforcer la partie supérieure du corps, indispensable pour un bon positionnement et une manipulation du fauteuil ou des béquilles. Le développement musculaire permet ensuite de se tenir correctement, de se déplacer, se transférer. C’est donc un très bon sport de revalidation.

Témoignages -extraits
Malheureusement, il n’y a pas assez de gens qui s’intéressent à ce sport nordique. Manu (ancien basketteur en chaise reconverti)
Tout me plaît dans ce sport. C’est tout avec les bras. Sur la glace, ça glisse, on va  lentement puis très vite. Ce que je préfère, c’est le sentiment de vitesse, de liberté. Logan (jeune handi-hockeyeur)
"J'ai envie de dire aux gens d'au moins venir essayer. Logan (jeune handi-hockeyeur)

Envie de tester ce sport, et éventuellement d’intégrer l’équipe ?
Désireux d’en savoir plus pour créer un club dans votre région ?
Contactez sans tarder Fabian Vanesse !
0498 97 30 02 | fabian.vanesse@skynet.be

Pages 22-23 : Tout s’explique : La synthèse vocale

Peut-être avez-vous déjà croisé un utilisateur de synthèse vocale ? Si c’est le cas, vous vous êtes probablement demandé : « Mais qu’est-ce donc cette voix robotisée, à haut débit de parole et incompréhensible pour moi, que j’entends sortir du casque de mon voisin ? »…

- Une synthèse vocale, qu’est-ce donc ?
La synthèse vocale, aussi appelée « text to speech » (TTS), est une voix artificielle obtenue grâce à un logiciel qui transforme un texte écrit en sons audibles.

- A quoi sert une synthèse vocale ?
La synthèse vocale permet de rendre accessible, en toute autonomie, l’accès à  l’information et à la communication à un grand nombre de personnes à capacités réduites.

- A qui sert-elle ?
La synthèse vocale est principalement utilisée par ceux qui ne veulent ou ne peuvent utiliser leurs yeux (personnes déficientes visuelles). Elle s’avère également indispensable à d’autres usagers :
>> les personnes dont la lecture à l’écran est trop difficile ou trop lente ;
>> les personnes âgées qui peuvent éprouver des difficultés de concentration ou de fatigue oculaire ;
>> les personnes avec des capacités de communication réduites ;
>> les personnes dyslexiques ;
>> les personnes peu ou pas scolarisées.

- Concrètement, comment ça marche ?
Dans la mesure où la synthèse vocale lit à haute voix un message affiché sur un écran, il faut un lecteur d’écran. C’est un logiciel qui repère tous les éléments affichés et les hiérarchise en intégrant des informations sur le contenu (lien, niveau de titre, photo,
champ à remplir, etc.). Ce logiciel ne produit aucun son. Le synthétiseur vocal reçoit les données traitées par le lecteur d’écran et les oralise.

- Comment rendre cette voix artificielle la plus humaine possible ?
La difficulté pour les logiciels de synthèse vocale est de reproduire une rythmique naturelle. Pour y parvenir, trois facteurs doivent être pris en compte :
>> L’intonation apporte la touche mélodieuse selon le type de phrase (impérative, interrogative, affirmative).
>> Le rythme apporte la touche dynamique et nuancée (durée naturelle des syllabes).
>> L’intensité apporte la touche vivante (accents toniques, volume sonore).

- Quel est le champ d’application de cette technologie ?
De nos jours, l’informatique et les nouvelles technologies sont couramment utilisées dans notre quotidien. Par conséquent, le champ d’application est très vaste. Voici quelques exemples:
>> la lecture d’e-mails et de SMS pour les personnes déficientes visuelles (et de manière plus générale, tout ce qui s’affiche sur un ordinateur) ;
>> les annonces dans les gares et les trains ;
>> les GPS ;
>> certains distributeurs de banque ;
>> …

Ne pas confondre « synthèse vocale » et « reconnaissance vocale » !
La synthèse vocale est l’expression orale, par la machine, d’un écrit numérique alors que la reconnaissance vocale est la transformation, par la machine, d’un son émis par l’homme en un écrit numérique.

Page 24 - Gamah, une présence sur tous les fronts !

- Une mine d’informations
Vous cherchez des renseignements pour rendre un endroit accessible à tous ? Vous souhaitez suivre les dossiers sur lesquels nous travaillons pour le moment ? Vous  aimeriez participer à une formation pour mieux connaître les bonnes pratiques ?
Rendez-vous sur notre site Internet : il regorge d’informations !

- Notre actu, une fois par mois
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- D’ici et d’ailleurs
Sur notre page Facebook, tout est lié à l’accessibilité belge mais également étrangère. Humour, bonnes pratiques, nouvelle réglementation… tout y passe ! Bref, c’est le bon coin pour garder un oeil sur le secteur et faire circuler l’info.
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- Des dossiers fouillés
Deux fois par an, nous vous offrons Aires Libres. Au programme : un reportage en images sur un environnement bien aménagé, un article approfondi sur un thème précis (toujours lié à l’accessibilité bien sûr !), la présentation d’un loisir accessible à tous et  une double page pour vous expliquer un dispositif ou une bonne pratique. L’abonnement est gratuit. Tous les anciens numéros restent disponibles en téléchargement sur
www.gamah.be/aires-libres.

- Une équipe à votre service
Vous n’avez pas trouvé la réponse à votre question ?
Vous souhaitez les conseils d’un expert ?
Ecrivez-nous (contact@gamah.be) ou téléphonez-nous (081 24 19 37).
Notre équipe est à votre disposition !

Avec le soutien de l’AWIPH et du Ministre du Gouvernement wallon en charge de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de la Mobilité

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