Vous êtes ici : Accueil La revue Aires Libres n°9 - mai 2011

Aires Libres n°9 - mai 2011

Par jschuman Dernière modification 16/06/2011 11:33

Version texte en continu, sans mise en page

Sommaire

Au quotidien

Edito

Reportage en images : Cinéma Sauvenière, clap sur une réussite architecturale accessible !

Dossier : Signalétique : N'y allons pas par quatre chemins !

Vos loisirs : Randonnée accessible ? Plus vraie que nature !

Entretien : Les Chemins de Traverse

Tout s'explique : Le balisage sonore

 

Éditeur responsable :
Gamah asbl – Vincent Snoeck
Rue de la Pépinière, 23 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 – Fax : 081 24 19 50
www.gamah.be – contact@gamah.be
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinateur : Jérôme Schuman
Mise en page : Knok Design – www.knok.be
llustrations :
Michaël Walravens – http://macravens.skynetblogs.be – 0476 30 32 69
Ont collaboré à la conception et la rédaction de ce numéro :
Thomas Deremince, Antoine Dubbelman, Sarah Logan, Chantal Moëns,
Vincent Snoeck et Marie-Ange Vandecandelaere.

 

Page 2 : Au quotidien

Bientôt un rail accessible ? Encore des progrès à faire !
Voilà 2 ans, notre dossier Aires Libres portait sur l’accessibilité des chemins de fer. Notre bilan du réseau ferroviaire mettait alors en avant les nombreux obstacles rencontrés par les personnes à mobilité réduite (PMR).
Où en est-on ?

Peu de temps après la parution de l’article, était réactualisé le REVALOR (1). Ce cahier des charges s’adresse aux concepteurs et décrit, notamment, les mesures à prendre pour les PMR au niveau de l’équipement et de l’aménagement (ou du réaménagement) d’une gare.

L’initiative semble porter ses fruits, comme en témoignent les résultats en gare d’Enghien (dalles podotactiles, places de stationnement, boucles à induction, rampes aux pentes conformes…). Par contre, certains projets de rénovation n’optimisent toujours pas l’accessibilité des usagers les plus faibles et on se demande ainsi si l’outil est systématiquement suivi. On songe par exemple à la gare de Vielsalm, pourtant référencée parmi les 114 gares belges accessibles, qui présente de nombreux écueils (pentes abruptes, absence de doubles-mains courantes, revêtement non stabilisé…).

Concernant l’accompagnement et l’accès au train des PMR, la SNCB forme ses agents (récemment baptisés) « B for you ». Malheureusement, il ne suffit pas de se présenter à la gare et d’appeler l’agent via la borne d’appel prévue à cet effet. Non seulement, la PMR doit arriver en gare 15 minutes avant le départ du train mais, de surcroît, elle doit encore, à l’heure actuelle, réserver son trajet minimum 24 heures à l’avance. Dès lors, impossible de planifier une réunion ou une escapade à la dernière minute. La SNCB se doit d’assouplir une fois pour toutes cette procédure ! Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme s’est manifesté à

ce sujet, fin 2010, à l’occasion de la journée internationale des personnes handicapées. Le Centre a lancé une action à la Gare Centrale de Bruxelles. Leur message : “ Les trains handicapés ont un retard probable de 24 heures. Veuillez nous en excuser. ”…

Selon le Centre, le délai de 24 heures « semble difficile à justifier » (2). Aux Pays-Bas, il n’est que de 3 heures. La France et la Suisse ont des délais encore plus courts. Il n’est donc pas insensé d’affirmer que la Belgique peut mieux faire…

Par contre, au sujet de l’aménagement pour les personnes déficientes visuelles, on saluera l’expérience pilote de balisage sonore menée en gare de Namur (voir p.22-23).

Il faut absolument trouver des mesures d’aménagements raisonnables à court terme. Il ne s’agit plus d’un objectif uniquement social mais bien économique et commercial !

N’oublions pas, enfin, la nécessité d’un travail de concertation entre navetteurs, opérateurs et pouvoirs publics. La communication entre ces différents acteurs fait toujours actuellement défaut. L’échange de points de vue constructifs ainsi que l’investissement nécessaire des autorités publiques sont des éléments fondamentaux afin d’exploiter au mieux les potentialités énormes du réseau ferroviaire.

Jérôme Schuman

(1) Document rédigé par Infrabel et SNCB-Holding, en collaboration avec Gamah, l’ANLH, le bureau Plain-Pied et le bureau Enter pour le chapitre PMR. Pour rappel, la gestion des chemins de fer belges est répartie entre trois entreprises publiques autonomes : SNCB, SNCB Holding et Infrabel.

(2) « Les trains handicapés ont un retard probable de 24 heures », Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, http://www.diversite.be/index.php?action=onderdeel&onderdeel=267&titel=Les+trains+handicap%C3%A9s+ont+un+retard+probable+de+24+heures

 

Page 3 : Edito

Deux grands thèmes se dégagent pour ce numéro. Le premier vous emmènera à la découverte d’un loisir qui, à première vue, semble inadapté aux personnes handicapées et pourtant… La randonnée pour tous existe et ces pages vous donneront, je l’espère, l’envie de la pratiquer, mobilité réduite ou non !

Notre deuxième grande thématique est souvent évoquée mais jamais complètement cernée. Elle sait se montrer incompréhensible et indispensable. La bonne se fait oublier et la mauvaise nous fait pester. Ses contours sont vastes et peu précis. Il s’agit de … la signalétique !

Celle-ci n’est pas normée et laisse donc libre cours à la créativité. Nous avons ainsi tenté de placer quelques balises, fussent-elles sonores, afin d’éviter que les personnes handicapées ne reçoivent un mauvais signal et tiquent !

Quiproquo

Dans notre précédent numéro, une photo montrait un emplacement de stationnement mal agencé dans une rue de Chimay et ce, devant un immeuble occupé par la Mutualité Chrétienne. Il est important de noter que, par ce biais, nous ne visions que les gestionnaires de voirie. Même si cette rue, à cause de sa valeur patrimoniale, ne peut subir que des rénovations strictement encadrées, il est déplorable que commune et Wallonie ne puissent (s’)accorder accessibilité et esthétique !

Vincent Snoeck
Directeur

 

Pages 4 à 6 : Reportage en images : Cinéma Sauvenière, clap sur une réussite architecturale accessible !

Le cinéma Sauvenière, situé au centre de Liège et géré par l’asbl Les Grignoux, est un bel exemple d’intégration des PMR, fruit d’une combinaison entre modernité, accessibilité et sécurité incendie.

Chantal Moëns
Sarah Logan

Adresse : Place Xavier Neujean | 4000 Liège

Contact : Madame Lo Maghuin | Centre Culturel Les Grignoux asbl | Rue Soeurs de Hasque, 9 | 4000 Liège | 04 222 27 78 | lo@grignoux.be | www.grignoux.be

 

1. L’entrée se fait de plain-pied par des doubles portes battantes permettant un libre passage confortable.

2. Une partie du guichet d’accueil est abaissée. Néanmoins, l’absence de dégagement sous celui-ci ne permet pas à la personne en chaise roulante de se glisser par-dessous afin de s’en rapprocher.

3. Un ascenseur est prévu pour desservir les différents étages. Avant comme après la séance, il peut être utilisé par tous ceux qui éprouvent des difficultés de mobilité. Toutefois, pour être parfait, il aurait dû comprendre des dispositifs pour les personnes déficientes visuelles (braille et synthèse vocale). De plus, les parois intérieures de la cabine ne sont pas contrastées par rapport au sol.

4. L’escalier est large et ses marches présentent un profil en Z. La main courante, présente de part et d’autre de l’escalier, est continue mais aurait pu, dans l’idéal, être doublée en hauteur pour les enfants et les personnes de petite taille.

5 - 6. Des obstacles dangereux, non détectables à la canne pour les personnes déficientes visuelles, sont présents. Il s’agit notamment d’éléments de structure inclinés ou encore d’un espace non protégé sous un escalier.

7. Concernant la signalétique, grâce à l’utilisation de caractères de grandes tailles et de couleurs contrastées, l’indication du numéro de la salle est bien visible. Par contre, les portes des salles étant de même couleur que le mur sur lequel elles se trouvent, elles peuvent être difficilement repérables.

8. Dans chaque salle de cinéma, le dernier rang se compose d’emplacements libres,
permettant aux personnes en chaise roulante de s’installer parmi les sièges fixes. Elles peuvent ainsi profiter de la séance avec les autres spectateurs.

9. Un sanitaire réservé aux personnes handicapées est prévu. La cuvette est un modèle surhaussé. Des barres d’appui sont présentes de part et d’autre de cette
dernière. Une aire de transfert conforme permet d’y accéder.

10. En façade avant, des terrasses d’attente sont prévues pour l’évacuation des PMR en cas d’urgence. Ces espaces protégés sont en relation directe avec l’ascenseur qui est utilisable en cas d’incendie.

11. Un bloc de secours spécifique, renseigné par le logo chaisard, permet d’orienter les PMR vers les terrasses d’attente.

12. Sur les plans d’évacuation disponibles à chaque étage, l’évacuation des PMR est correctement indiquée.

 

Pages 7 à 14 : Dossier : Signalétique : N'y allons pas par quatre chemins !

Rares sont les lieux où on ne la voit ni ne l’entend… La signalétique fait partie intégrante de notre quotidien. Nous n’y prêtons pas toujours attention dans des espaces que nous connaissons bien et nous l’apercevons à peine lorsqu’elle est bien conçue. Une bonne signalétique facilite nos déplacements et nous fait gagner un temps précieux. Toutefois, elle peut parfois nous embrouiller plus que de raison et c’est là qu’elle nous saute aux yeux : qui ne s’est jamais retrouvé confus devant un fléchage, un pictogramme, une carte d’orientation ? Nous sommes régulièrement face à des systèmes de signalisation incohérents, peu clairs et mal positionnés. Nous nous perdons alors facilement et nous sommes obligés de demander notre chemin.

Contrairement à la signalisation routière, la signalétique en tant que telle n’est pas définie du point de vue légal. Les concepteurs y vont ainsi de leurs propres considérations, rendant parfois la compréhension de l’environnement floue et complexe. Or, elle joue un rôle primordial dans la conception d’espaces accessibles et confortables pour tous. Pour les personnes à mobilité réduite (PMR), elle s’avère donc cruciale.

Mais qu’est-ce exactement que la signalétique ? Comment la mettre en place pour qu’elle soit efficace et permette à chacun de comprendre l’espace qu’il parcourt et utilise ? Comment la rendre accessible aux personnes à mobilité réduite ?

Un domaine multidirectionnel
La signalétique est définie comme « tout dispositif fournissant à l’usager des indications de sécurité ou des informations lui permettant de cheminer aisément »(1). Au-delà du panneau de signalisation qui donne une information à distance, elle concerne donc le fléchage, l’éclairage, les contrastes, les plans…
La signalétique permet tout d’abord de s’orienter. Elle donne l’occasion aux usagers de se déplacer d’un point A à un point B et de se situer dans un espace déterminé. Elle a également pour mission d’informer en répondant aux différentes questions que peuvent se poser les utilisateurs (heures d’ouverture, renseignements divers sur le site, sécurité…). Elle structure ainsi leurs comportements et permet de les
sécuriser. Enfin, elle a une fonction symbolique. Elle donne une identité visuelle propre aux espaces. Elle devient alors un outil de communication mais aussi de création, tant les possibilités en la matière sont nombreuses.
« Aux frontières de la communication et de l’aménagement d’un espace » (2), la mise en place d’une bonne signalétique prend en compte différents aspects. Elle se construit selon l’environnement et les besoins des usagers, y compris les personnes à mobilité réduite.
« L’implantation de la signalétique repose sur un équilibre. L’équipement doit se trouver au bon endroit et disposer du bon contenu afin de délivrer un message utile et rapidement compréhensible » (3).

Trois éléments à signaler
Une signalétique efficace est une signalétique visible, lisible et compréhensible par tous (4). Le critère de non-discrimination à l’égard des personnes à mobilité réduite est donc capital. D’autant plus que « chaque type de handicap peut être appréhendé comme révélateur exacerbé des besoins universels du piéton mobile » (5).
Pour assurer la visibilité, il est important de définir des principes d’implantation, garants d’une cohérence et d’une continuité.
La signalétique doit donc se situer dans un endroit approprié et être distincte des autres repères visuels du paysage urbain (comme par exemple les enseignes commerciales et publicités). Elle doit être visible depuis le domaine public, à chaque point de décision sur le site, et cela jusqu’au lieu de destination. Pour ce faire, ses
supports doivent être contrastés par rapport à l’environnement immédiat.
Le premier élément visible devrait être l’enseigne. Elle permet de repérer le site depuis le tissu urbain, tout en lui donnant une identité. On constate pourtant que, souvent, ce n’est pas le cas.
Le positionnement idéal est celui en hauteur, permettant un repérage de loin. Il faut aussi tenir compte des différentes perspectives selon les voies d’accès. Ainsi, il faut prévoir deux enseignes pour les bâtiments en angle.
L’usager parcourant un site ou un bâtiment étant en mouvement, il consacre peu de temps à la lecture des informations (3 secondes pour la lecture d’un panneau directionnel par exemple) (6). La lisibilité de la signalétique est donc essentielle.
Elle est principalement déterminée par la charte graphique. Celle-ci doit tenir compte de plusieurs éléments :
> Le choix d’une police contrastée par rapport au support ;
> La sélection d’une police unique : simple, sans fioriture, unie (sans contour) et sans empattement. Les polices exemplaires de ce point de vue sont celles de la famille dite « linéaire » : Arial, Verdana, Helvetica... ;
> L’adaptation de la taille de la police en fonction de la distance de lecture et de l’angle de vision d’une personne debout comme d’une personne assise en chaise roulante ;
> L’utilisation parcimonieuse des nuances en italique, en gras ou en majuscule, afin de mettre un texte en exergue.
Les supports doivent être adaptés aux informations à dispenser et dimensionnés en conséquence. On songe à l’accès pour les personnes en chaise roulante : si le message nécessite une lecture approchée de moins d’1 m (plan d’orientation, cartel, panneau d’information détaillée), il faut prévoir un accès jusqu’à l’affichage, ainsi qu’éventuellement un dégagement par-dessous.
Il faut également veiller à ne pas rassembler trop d’indications sur un même panneau. Pour être compréhensible, le contenu doit être ciblé et hiérarchisé en tenant compte de la géographie du lieu mais aussi de sa logique institutionnelle (départements, services proposés…). La hiérarchisation des données proposera en outre plusieurs niveaux de lecture. Ainsi, l’identification des éléments fondamentaux sera instantanée et les détails secondaires seront lus par la suite.

Pour que personne ne tombe dans le panneau
La signalétique doit être universelle et tenir compte des différents besoins du public. Ce dernier est notamment composé de personnes à mobilité réduite (personnes handicapées motrices, malvoyantes ou non-voyantes, sourdes ou malentendantes, handicapées mentales) mais aussi de personnes pouvant, à divers degrés, se retrouver dans une situation de handicap (souffrant d’une grande fatigabilité, d’acouphène, de crises de panique, de daltonisme, d’illettrisme ou encore, par exemple, des touristes ne connaissant pas la langue locale).
On distinguera ainsi quatre grands groupes. A différents besoins, différents moyens.
Pour les personnes rencontrant des difficultés de compréhension, une bonne signalétique les rassure et les guide de façon intuitive vers leur destination. La lisibilité et la simplicité des informations sont dans ce cas prédominantes.
L’utilisation de pictogrammes (idéalement standardisés (7)) est plus que conseillée. Ces derniers doivent être immédiatement compréhensibles, très épurés et utilisés de manière homogène. Ils sont placés soit seuls, soit à côté d’un texte et permettent, d’un simple coup d’oeil, de faire passer un message aux multiples usagers.
Pour simplifier l’orientation, on peut également recourir à l’emploi de couleurs différentes pour distinguer les équipements et services. Les portes des sanitaires peuvent, par exemple, toujours être en bleu, les portes de sorties de secours en vert, les bureaux administratifs en gris, etc. Des marquages colorés au sol sont aussi une option de fléchage intéressante et sont par ailleurs très ludiques pour les enfants.
Les personnes malentendantes ou sourdes ont également besoin d’une signalétique facilement compréhensible en raison de leurs difficultés de communication. Par ailleurs, beaucoup de personnes sourdes n’ont pas accès à l’information écrite. Il est alors utile d’utiliser la langue des signes pour leur transmettre des messages. La SNCF développe à cette attention une initiative très intéressante : le dispositif « Jade » est un personnage virtuel, visible sur les écrans plats d’information installés en gare, qui traduit en langue des signes certaines informations diffusées oralement (8). Cet équipement, actuellement présent à la gare de l’Est à Paris, sera développé dans d’autres stations et devrait, à terme, également traduire des informations en temps réel.
La personne aveugle ou malvoyante a quant à elle besoin d’une signalétique sonore ou tactile pour être efficacement renseignée. Les informations principales doivent être doublées oralement (annonce de l’arrêt dans un transport public, synthèse vocale dans un ascenseur…). A cet effet, on développe de plus en plus le balisage sonore (voir « Tout s’explique » pages 22-23) qui permet aux personnes équipées d’une télécommande d’entendre un message transmis par une balise. Des plans en relief ou des maquettes peuvent également les aider à se repérer. Bien que peu utilisé, le braille reste une option à ne pas négliger.
Pour les personnes déficientes motrices, une signalétique rationnelle est très
utile afin d’éviter des déplacements fastidieux. Néanmoins, elle doit être complétée par un fléchage et un signalement des équipements spécifiques à leur attention : entrée PMR, WC adapté, ascenseur, zone de repos…
Ainsi, une signalétique accessible à tous se doit d’être tant visuelle que sonore ou tactile. En trouvant des solutions adaptées aux besoins spécifiques des personnes à mobilité réduite, on s’assure en outre d’offrir un confort supplémentaire à chacun des usagers.

Ne pas aller droit dans le mur !
L’implantation de la signalétique se concrétise par la mise en place de supports (panneaux, plans, totems…) avec contenus ciblés (textes, dessins, pictogrammes…). Toutefois, différentes étapes doivent précéder cet aboutissement afin de mettre en cohérence le lieu et les objectifs à atteindre.
Le premier stade consiste en l’élaboration d’un diagnostic. Il s’agit de collecter un maximum d’informations à propos de la structure du site et de son utilisation. Pour ce faire, il convient de consulter différents intervenants, d’étudier les plans de situation et de réaliser des relevés de terrain afin d’identifier les axes de déplacement, les types d’usagers, etc.
La deuxième phase est la rédaction du plan de signalétique qui définit les principes d’organisation en tenant compte des différentes informations et demandes récoltées lors de la phase de diagnostic. Les domaines d’interventions sont identifiés : il s’agit des points de départ de la signalétique (dans l’espace urbain ou uniquement aux entrées), de son jalonnement (les informations doivent être continues sur tout le site) et de sa destination.
Une fois ce plan validé, il convient d’établir un document de production reprenant la charte graphique, le type de support qui sera utilisé et leur localisation. Lors de cette phase, on veillera à ne pas multiplier inutilement la pose de panneaux : trop d’informations « tue » l’information dira-t-on. On se servira le plus possible de l’architecture du lieu pour que le visiteur puisse s’orienter aisément. Ce qui importe particulièrement ici est la continuité, la cohérence et l’homogénéité des supports et de leurs contenus. C’est ici que les besoins spécifiques des PMR doivent être pris en compte.
Par ailleurs, concernant l’information à communiquer en tant que telle, certains supports sont privilégiés selon qu’elle soit statique, dynamique ou temporaire :
> Les informations statiques sont les informations de base, valables sur une longue période et qui peuvent donc s’incarner sous la forme de supports pérennes ;
> Les informations dynamiques sont celles que l’on signale en temps réel, à l’aide de supports électroniques actualisés en permanence. Il s’agit donc d’une signalisation variable ;
> On distingue encore les informations temporaires, valables durant une durée plus ou moins longue. Elles sont donc prévisibles et auront une place prévue sur les modules de signalétique, alors polyvalents.
On veillera à réaliser régulièrement une évaluation de la signalétique afin de vérifier qu’elle reste en concordance avec l’espace et les demandes des usagers. Il faut aussi entretenir le mobilier en place car sa dégradation nuit à la lisibilité de l’information.

Réfléchir avant d’agir !
On le constate, la signalétique accessible à tous reste actuellement un domaine exploratoire. La rendre efficace et compréhensible par tous n’est pas chose simple. Il est difficile de dégager un modèle du genre car son champ d’application est très vaste et varie fortement en fonction du contexte et de la perception des usagers. Son implantation requiert donc une approche prudente et ne doit certainement pas être prise à la légère. Il convient de travailler au cas par cas.
Aujourd’hui, différentes solutions sont présentes en matière de signalétique accessible à tous. Cependant, même si on arrive petit à petit à codifier ces pratiques, de nombreux mauvais exemples subsistent et il convient d’en tenir compte afin de ne pas retomber dans les mêmes écueils.
Une bonne signalétique peut considérablement améliorer l’accessibilité et la convivialité d’un espace. Toutefois, dans des espaces mal agencés ou très complexes, elle ne peut l’impossible à elle seule. Dès lors, nous ne pouvons qu’encourager les auteurs de projet à se servir de l’architecture afin d’optimiser l’orientation des visiteurs. Dès la conception d’un bâtiment, il est en effet possible d’agencer les espaces de manière simple, de penser à l’éclairage et à des points de repère éventuels qui permettront d’éviter le recours systématique à des fléchages longs et parfois complexes. L’architecture doit idéalement parler d’elle-même !

La signalétique dans la chaîne de déplacement
Même si l’implantation des éléments de la signalétique peut varier en fonction du site et de ses utilisateurs, on peut dégager certains préceptes en tenant compte de la logique de déplacement.
Accéder au site (à pied, en transport en commun ou en voiture) :
> Depuis le domaine public, installation d’un fléchage jusqu’aux entrées principales. En fonction de l’attractivité du lieu, étudier la pertinence d’un jalonnement routier depuis les grands axes, dans le quartier et aux arrêts de transports en commun les plus proches ;
> Aux abords immédiats, mise en évidence du site et de ses accès par la pose d’une enseigne, de totem, du numéro postal...
Entrer dans le site :
> A l’entrée du site et près des emplacements de stationnement, mise en place d’une signalétique facilitant le repérage des entrées du bâtiment et dirigeant vers le point d’accueil.
Circuler dans le site :
> Dans le site et au sein du (des) bâtiment(s), mise en place d’une signalétique continue vers les différents équipements et fonctions du site (accueil, services, départements, sanitaires…). A aucun moment, le visiteur ne doit se retrouver sans indication lorsqu’il se trouve face à un choix ;
> Aux points de décision (entrée, accueil, croisement, sortie d’ascenseur…), renforcement de la signalétique, par exemple par l’apposition de plans de localisation et d’orientation.
Utiliser les fonctions et équipements du site :
> A l’approche de la destination, confirmation de l’arrivée par la signalisation du lieu (pictogramme de l’équipement, nom du département, numéro du local…) ;
> Au point de destination, mise en place éventuelle d’une signalétique d’information expliquant les procédures de fonctionnement, les éléments à transmettre…

La signalétique affiche ses couleurs
Pour obtenir une signalétique visible, lisible et compréhensible, les couleurs jouent un rôle fondamental. Elles concourent à mettre en exergue les informations utiles et à organiser l’espace.
Comme évoqué dans l’article, une signalétique est visible si son support est contrasté par rapport à l’environnement immédiat. Elle est lisible lorsque son contenu est contrasté par rapport à son support.
Chaque couleur possède un indice de réflexion de la lumière différent. Dès lors, pour obtenir un contraste significatif, la différence entre l’indice de réflexion de la couleur la plus pâle et de la plus foncée doit être de minimum 70 %. A cet égard, quelques combinaisons optimales sont le noir et le blanc ou le bleu et le jaune. Le noir et le gris constituent un mauvais exemple parmi d’autres. Afin d’améliorer encore la lisibilité de l’information, on privilégiera le choix de caractères clairs sur
un fond foncé.
Pour faciliter la compréhension de la signalétique, la couleur du support peut également varier en fonction du contexte et de la charte graphique. Toutefois, on veillera à conserver l’utilisation de certaines couleurs au profit de la signalétique de sécurité. Les couleurs de sécurité ont une signification déterminée et leur respect doit être maintenu car elles génèrent des comportements spécifiques.
> Le rouge exprime l’interdiction ou l’urgence et signale dès lors des équipements tels que le matériel de lutte contre l’incendie, les dispositifs de coupure d’urgence, etc. ;
> Le vert est utilisé pour les signaux de sauvetage comme le fléchage vers les sorties de secours ou bien encore vers le matériel et les postes de premiers soins ;
> Le jaune avertit d’un danger à l’image d’un risque de chute, d’une possibilité d’électrocution…
Par ailleurs, certaines personnes présentant une altération de la vision des couleurs (le daltonisme en est la forme la plus familière), il est indispensable, en matière de sécurité, d’associer la norme de couleur aux formes et symboles d’usage afin d’éviter d’éventuels malentendus.

Du bout des doigts…
Le braille, de son inventeur du même nom (Louis Braille), est apparu au début du 19e siècle. Il permit alors aux aveugles d’étendre leur culture, jusque là uniquement orale, et d’ainsi marquer leur indépendance, élevant par la même occasion leur statut social. Ce système d’écriture tactile en relief reste encore à ce jour la seule langue écrite pour les non-voyants. Pourtant, une minorité de la population aveugle lit le braille (on parle souvent de plus ou moins 10% de celle-ci (9)). A l’heure de la technologie numérique et alors que nos outils pour lire et écrire évoluent sans cesse, la légitimité du braille est souvent remise en cause. L’information numérisée peut en effet être transmise par le son : synthèse vocale, reconnaissance de caractères…
Deux opinions se dégagent sur le sujet. D’aucuns pensent que le braille isole la personne non-voyante et que ce moyen de communication doit disparaître. De plus, les retranscriptions en braille étant chères et volumineuses, pourquoi ne pas plutôt utiliser les technologies modernes : lecteurs mp3, livres audio, logiciels de lecture d’écran d’ordinateurs…
D’autres déplorent la lecture-écriture contemporaine, qui ne donne plus la possibilité aux jeunes déficients visuels de savoir lire. Ils voient le déclin de la lecture du braille comme un signe de régression et non pas de progrès. « Sans symboles écrits, on ne peut plus organiser notre esprit. L’écriture est phonétique et saccagée. Au-delà de conséquences cognitives apparaissent aussi des pertes culturelles : la structure de la pensée est transformée, désorganisée. N’oublions pas que ces nouveaux outils sont également coûteux » (10).
Bref, au regard de ces deux mouvements, il nous vient à l’esprit que, tout en tirant profit des nouvelles techniques, il ne faut pas faire fi du braille, unique langage écrit du non-voyant.

Les plans multisens(ationnels)
Le plan d’orientation est le support inévitable qui fournit une vue générale de l’ensemble du site et répertorie les principaux locaux et installations (entrées, sorties, points d’information, cheminements…). Il informe l’usager de sa localisation et lui donne l’occasion de se diriger en conséquence. Le plan est installé aux points stratégiques, de façon à correspondre à l’orientation géographique des lieux.
Afin d’être universel et donc accessible à tout un chacun, le plan d’orientation fournira idéalement :
> des informations simplifiées, illustrées à l’aide de pictogrammes standardisés ;
> des informations tactiles comprenant l’utilisation de pictogrammes et de symboles simples en relief, de couleurs contrastées et de braille ;
> des informations sonores délivrées sur pression d’un bouton spécifique.
Le plan d’orientation multisensoriel, pour être localisable par tous, doit être complété par une balise sonore et/ou des marquages podotactiles.

La signalétique en temps réel : l’exemple des transports en commun
Les notions d’informations temporaires, statiques et dynamiques trouvent leur meilleure représentation dans les transports en commun. En effet, le voyageur a besoin d’une information précise, efficace et actualisée à différents moments de son parcours, que ce soit avant la montée, durant le trajet et aux points de correspondance.
A titre d’exemple :
> Les dépliants horaires ou encore le numéro d’une ligne et sa destination sont des informations statiques ;
> Les panneaux d’affichage électroniques annonçant la voie, un retard ou le temps d’attente, correspondent à une information dynamique ;
> Le déplacement de l’arrêt d’une ligne pour plusieurs semaines ou une déviation d’itinéraire pour cause de travaux, équivaut à une information temporaire.
La difficulté principale est de rendre ces deux derniers types d’informations accessibles à tous, y compris aux personnes malvoyantes et aveugles pour lesquelles l’information sonore est primordiale. Ces dernières années, plusieurs initiatives à destination du grand public ont vu le jour et permettent de pallier aux difficultés d’accès à l’information des personnes déficientes visuelles. Citons, entre autres, le service Railtime de la SNCB qui permet au voyageur de consulter les horaires de train, le numéro de voie et les retards éventuels en temps réel via Internet ou téléphone. Un autre exemple est le service TECxto qui envoie aux clients inscrits des informations par SMS sur les perturbations du réseau TEC (retards, déviation de lignes, suppression d’arrêts).

Prolongement de la signalétique
La charte de la signalétique d’un espace se doit d’être homogène sur le territoire en question mais également via les supports la relayant, comme le site Internet. Ainsi, chaque communication électronique, brochure ou plan papier distribué, doit parfaitement correspondre aux informations fournies sur place, afin de donner la possibilité à l’usager de préparer ses déplacements.
Dans cette optique, une section propre aux PMR est à conseiller sur le site Web. Des cartographies virtuelles actualisées aident par exemple à renseigner les itinéraires accessibles. Par ailleurs, les annonces concernant des éventuelles entraves, comme des travaux temporaires, peuvent être communiquées par ce biais.

Bibliographie
Durant la préparation de ce dossier, nous nous sommes inspirés de plusieurs articles et études. Quelques-un(e)s nous ont été particulièrement utiles.
> AVIV R (traduction de EDMONDS B, avec GENTY F et BARDET A), A l’écoute du braille, New York Times, 3 janvier 2010
> VANDEVYVER B (mise à jour par POMIAN J-L), La couleur dans les lieux de travail, INRS ED 40, La Chapelle Montligeon, 2002
> Signalétique extérieure des campus. Le guide pratique, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Lyon, Novembre 2010
> Signalisatie bij De Lijn – Gramma wijst de weg, Gramma, Antwerpen

Marie-Ange Vandecandelaere et Jérôme Schuman

(1) Source – ISO/TR 7239 : 1984
(2) Signalétique extérieure des campus. Le guide pratique, Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, Lyon, Novembre 2010, p.20.
(3) en aparté Signalétique, http://www.signaletique.coop
(4) Les critères techniques d’une signalétique accessible à tous sont décrits sur http://www.gamah.be/documentation/conseils-accessibles
(5) Ville accessible à tous, Quelles solutions pour quels usages ?, Certu, Lyon, 14 octobre 2010
(6) Signalétique extérieure des campus. Le guide pratique, loc.cit. pp.90, 92.
(7) La norme la plus récente, ISO 7001 : 2007 (International Organization for Standardization), définit une série de pictogrammes et symboles.
(8) Equipements – Jade, Délégation à l’accessibilité et aux voyageurs handicapés, SNCF, http://www.accessibilite.sncf.com/spip.php?article22
(9) Le monde des aveugles, Université Vincennes – Saint-Denis Paris 8, http://www2.univ-paris8.fr/ingenierie-cognition/master-handi/etudiant/projets/site_sam/aveugles/info_av.htm
(10) AVIV R, A l’écoute du braille, New York Times, 3 janvier 2010, traduction de Brian Edmonds, avec Frédérique Genty et Alain Bardet

 

Pages 15 à 18 : Loisirs : Randonnée accessible ? Plus vraie que nature !

Partant pour une balade ? De tous temps, la marche a permis à l’homme de se dépenser et de se ressourcer. Certains déambulent en ville, d’autres font leur jogging dans la forêt ou préfèrent flâner le long d’une artère commerciale…

Une promenade peut procurer de nombreux bénéfices : se débarrasser de ses obligations et tracas, rendre son esprit disponible à la découverte, goûter au silence et à la plénitude.
Contrairement à la balade, la randonnée se présente comme une marche planifiée, organisée. Elle demande, selon l’intensité, une certaine aptitude physique et un minimum de préparation.
La randonnée se déroule généralement dans un environnement naturel. Les participants vont communier avec la nature durant plusieurs heures ou plusieurs jours, lors d’un déplacement vers une destination plus ou moins lointaine.
Que peut faire la personne à mobilité réduite (PMR) qui aspire à cette activité ? Les possibilités sont bel et bien réelles.

Du matériel qui vaut le détour
Le randonneur à mobilité réduite pourra se tourner vers du matériel adapté car certains moyens de déplacement sont plus appropriés que d’autres.
Parmi l’offre de véhicules adaptés, c’est incontestablement la Joëlette qui est la plus populaire. Elle facilite l’accès du public à mobilité réduite à la randonnée.
Le succès de la Joëlette, qu’on peut comparer à une brouette assortie de bras porteurs, se justifie par son utilisation tout-terrain alliant maniabilité, confort, sécurité et convivialité. Cette praticabilité est permise grâce au peu d’emprise au sol. En effet, seule une roue est disposée sous un siège qui, lui, repose sur un châssis prolongé à l’avant et à l’arrière par des brancards. A cela s’ajoute une suspension et, à l’arrière, un frein ainsi qu’un dispositif de réglage de la hauteur suivant la déclivité du terrain, afin de conserver l’horizontalité du siège passager. Deux personnes minimum sont nécessaires pour mouvoir la Joëlette. Le premier accompagnateur l’oriente à l’avant, tandis que le second se place à l’arrière afin d’assurer l’équilibre et d’actionner les freins. Il n’est pas nécessaire de se faire accompagner par des porteurs-randonneurs très costauds : une simple familiarisation au pilotage et c’est parti ! Notons ici que le renfort arrière peut être aisément occupé par une personne déficiente visuelle qui disposera d’un guidage via l’engin en suivant naturellement les mouvements de la roue. La force motrice humaine présente à l’avant peut être remplacée par celle d’un animal, souvent un âne. Dans ce cas, une personne dirige l’animal attaché et une autre stabilise la Joëlette à l’arrière.
Le passager est quant à lui ceinturé, sécurité oblige. Vu son rôle passif en termes de déplacement, il est plus attentif à la progression du cheminement et peut anticiper un danger éventuel, de surcroît lorsqu’une personne aveugle ou malvoyante manoeuvre la Joëlette à l’arrière.
Une alternative plus récente, la Randoline, est principalement utilisée pour des randonnées paisibles dans la nature. Ce système nécessite la présence d’un âne ou d’un petit cheval qui tracte la charrette et d’un accompagnateur qui guide l’animal. Le siège est posé sur trois roues (dont deux à l’arrière), ce qui demande un cheminement plus large que la Joëlette qui, avec son unique roue, s’adapte davantage au tout-terrain. Le confort est par contre plus grand car chaque roue est équipée d’amortisseur et de suspension. La Randoline permet également de transporter des bagages.
Un autre exemple est le Fauteuil tout terrain (FTT). Imaginé aux Etats-Unis, il est fort répandu en France. Il peut être comparé à un vélo tout terrain (VTT) et s’adresse aux personnes en chaise roulante disposant de la motricité des membres supérieurs. Les FTT sont composés de 3 à 4 roues et ont été conçus pour un environnement montagneux. La personne est autonome en descente, gérant seule la direction et la vitesse qu’il convient de doser habillement pour éviter de basculer. Elle sera, lors des montées, tractée par des 4x4, des VTT ou encore un animal. Des modèles à propulsion électrique sont également disponibles. Malgré l’autonomie que le FTT procure, ce sport de loisir nécessite l’encadrement de personnes qualifiées.(1)
Avec ou sans accompagnement ?
La randonnée se pratique plus souvent en groupe pour la convivialité mais aussi par mesure de sécurité. Pour celui qui désire s’engager seul dans la nature, une planification d’autant plus rigoureuse de son parcours et la possibilité de garder un contact sont plus que recommandées. Les plus téméraires doivent être conscients des risques et obstacles éventuels, afin de pouvoir les anticiper à tout moment, du début à la fin de l’itinéraire. Les associations spécialisées en randonnées accessibles sont aussi présentes pour les éclairer.
N’oublions pas que la randonnée nécessite de s’équiper correctement, afin de cheminer dans les meilleures conditions.
La vigilance est de mise dans un environnement naturel : la personne en chaise roulante ne peut pas accéder à tous les chemins, la personne déficiente visuelle ne peut pas anticiper la progression du parcours, un bruit essentiel peut échapper à la personne sourde ou malentendante… La PMR appréciera alors de pouvoir se tourner vers un compagnon de voyage, ce qui ne l’empêchera pas d’avoir son rôle à jouer dans l’équipe.
Et puis la randonnée, c’est aussi une bonne part de plaisir, entre valides et moins valides. Il se forme alors une chaîne humaine où chacun peut trouver sa place sans exception. La complémentarité construite au sein du groupe véhicule un plaisir partagé par tous.
Bon pied et bon oeil
Pour la personne malvoyante ou nonvoyante, nul besoin d’un véhicule de transport. C’est sur l’encadrement que repose essentiellement la réussite de la randonnée. Chez Blind Challenge, association organisant des activités sportives pour ce public, le principe est que 4 personnes valides encadrent 1 personne déficiente visuelle. Ceci est déterminant pour l’autonomie, l’intégration et la sécurité de la randonnée. Comme nous l’explique Philippe Dumonceau, Président de Blind Challenge, la personne aveugle est munie de deux sticks de marche. Le premier est tenu horizontalement, ce qui la relie à son guide ou accompagnateur. Le second, tenu verticalement, constitue un appui et permet de deviner le sol ou vide éventuel. Dans le cas du franchissement de chemins escarpés, une corde ainsi qu’un baudrier (harnais avec sangles) sont utilisés en guise de raccord.
Traçons nos repères
Comme nous le disions plus haut, la connaissance préalable de l’endroit où l’on va randonner est essentielle. Il est également nécessaire de pouvoir se repérer lors de la randonnée en tant que telle, afin de progresser de manière optimale.
Depuis 2002, l’asbl Handi-Rando réalise des cartes d’accessibilité avec description d’itinéraires. Ceux-ci permettent de préparer la randonnée et d’orienter la personne à mobilité réduite. Les membres de l’association ont établi, à la demande du Service Public de Wallonie, 50 rapports sur des sites naturels accessibles aux personnes à mobilité réduite (2). Ces lieux sont systématiquement contrôlés par un guide nature et une personne en chaise roulante. Les cartes réalisées sont très détaillées et communiquent le descriptif de la promenade, les caractéristiques naturelles du site et le niveau des obstacles pour la personne à mobilité réduite. Ces rapports d’accessibilité renseignent également sur les possibilités de parking, sanitaires, restaurants accessibles…
En conclusion, la communication au sein du groupe sur les difficultés rencontrées mais également le partage des découvertes, des ambiances visuelles, olfactives et sonores, mèneront à la réussite d’une randonnée et seront les garants de la sécurité de tous.
Alors que la belle saison s’offre à nous, on se dit que c’est le moment de sauter le pas et de partir, tous, à la découverte de nos campagnes verdoyantes !

Contacts
Durant la rédaction de notre article, nous avons été en contact avec de nombreuses associations qui nous ont, via leur expertise, procuré de nombreuses informations et illustrations. Nous tenons vivement à les remercier.
Il s’agit notamment de : Blind Challenge, Les Chemins de Traverse, Handi- Rando (Belgique), Association Coccinelle, Handi Cap Evasion, Randoline sarl (France), ainsi que la société Ferriol-Matrat (France), développant et commercialisant des produits de sport et loisir adapté dont des Joëlettes.
Nous vous invitons par ailleurs à vous rendre sur notre site Web www.gamah.be afin de vous approprier les missions et coordonnées de différents organismes qui pourront vous aider dans vos démarches pour organiser une randonnée accessible !

Jérôme Schuman et Antoine Dubbelman

 

Pages 19 à 21 : Entretien avec l'ASBL Les Chemins de Traverse

Depuis 2005, une initiative permet à des personnes avec un handicap moteur ou sensoriel et à des personnes ayant passé un séjour en prison de vivre un défi physique et relationnel : randonner avec des Joëlettes. Bienvenue dans le monde des Chemins de Traverse.
Entretien réalisé par Jérôme Schuman

Christine Deltour, aumônière à la prison de Nivelles
René Champenois, personne malvoyante et malentendante
Luc De Keersmaeker, personne en chaise roulante
Marcus Sluse, ancien détenu

Comment est né le projet des Chemins de traverse ?
Christine : En tant qu’aumônière, mon intention était de mettre en route une structure pour faciliter la réinsertion d’anciens détenus. Ces gens n’ont plus le même contact avec la vie de tous les jours, ont souffert au niveau relationnel. Le fait de relever un défi, au travers d’une activité sportive, permet de se lier sans mettre en route un code particulier.
Luc : Le fait de créer un groupe avec des personnes handicapées vient de la découverte de points communs. Anciens prisonniers et personnes handicapées ont peu l’habitude de la vie en groupe, ils vivent souvent isolés.
René : En tant qu’handicapés, nous sommes aussi enfermés dans une sorte de prison, de laquelle nous avons besoin de nous évader. Ces rencontres permettent de vivre la limite de l’autre, que ce soit un handicap, un lourd passé, un caractère bien trempé… On admet plus facilement ses propres limites en acceptant celles des autres.
Christine : Nous avons osé et suivi nos impulsions. Les premières randonnées ont alors démarré et une structure s’est rapidement mise en place. Aujourd’hui, la dynamique est maintenue par un « groupe actif », qui participe de manière suivie aux diverses activités, alors que nous accueillons perpétuellement de nouveaux sympathisants, renouvellement systématique nécessaire car le groupe doit rester ouvert pour continuer à vivre.

Des randonnées donc et pas de simples balades ?
Christine : La randonnée est un moyen qui rencontre l’objectif de notre projet, c’est-à-dire lier nos différences à travers quelque chose de fort. Les libérés ne sont pas intéressés par de petites promenades. On organise quelques moments balades pour faire connaître le projet. Sinon ce sont uniquement des randonnées. Une bonne illustration de la différence balade/randonnée est l’encadrement de la Joëlette. Pour une balade, 3 à 4 personnes suffisent largement alors qu’il en faut 6 au minimum pour la randonnée, sport à haut risque qui nous met face à des passages étroits, sinueux, rocailleux, boueux, à de fortes pentes…
Marcus : La randonnée, c’est quand tu te donnes, à la limite de la souffrance. L’effort lie le groupe. C’est dur mais on entre dans la magie de la randonnée et du contact humain.

Comment se compose le groupe d’activités ?
Christine : Nous randonnons en général à 20-25 personnes et la composition est la suivante : ¼ de personnes handicapées, ¼ de libérés et une moitié de personnes accompagnantes dont un responsable nursing et un accompagnateur sportif. Cet accompagnateur professionnel prépare les itinéraires et supervise les endroits de logement, en tenant compte de la sécurité et du passage de la Joëlette.

Quelle est l’aptitude physique requise ?
Christine : Chacun doit veiller à acquérir et maintenir une forme physique suffisante pour participer aux activités. On demande un certificat médical d’aptitude à chaque personne non handicapée physique, témoin notamment de leur capacité physique à aider à la Joëlette.

Comment préparez-vous les randonnées ?
Christine : Chaque été, on organise une semaine de grosse randonnée, précédée d’un week-end de préparation. Le reste de l’année, lors des week-ends rando, on organise une réunion de préparation.
Luc : Très vite, on s’est rendu compte qu’avant de se lancer dans une randonnée d’une semaine, il fallait organiser des week-ends de balades pour souder le groupe, apprendre à se connaître et se familiariser avec la Joëlette. On se fait accompagner par un spécialiste de la gestion de groupe qui réfléchit avec nous sur les balises qu’on va se donner, les responsabilités qu’on va se partager, les besoins, les peurs de chacun. On réfléchit à tout ça avant.

Pourquoi la Joëlette ? A quel niveau se situe l’autonomie ?
Christine : La Joëlette rencontre nos attentes du point de vue relationnel. C’est un engin très fédérateur et très collectif ! Parfois tu en as marre de tenir la Joëlette et tu veux prendre ton temps. Ben non, la Joëlette elle avance et tu dois continuer !
René : On part en général avec 2 Joëlettes, parfois 3 au grand maximum. Sachant qu’il faut au moins 6 personnes pour encadrer une Joëlette, on fait une tournante. Christine : En ce qui concerne l’autonomie, la Joëlette n’est certes pas la panacée. Elle ne s’adapte ni à tous les types de handicap ni à toutes les attentes des personnes handicapées. Mais elle offre un rythme de croisière idéal pour notre groupe.
Luc : La Joëlette est relativement lente dans les parcours difficiles. On met en général deux fois plus de temps que la normale, lors des randonnées en montagne. Mais il faut savoir que les personnes atteintes d’un handicap ne sont pas toujours en Joëlette. Certaines marchent mais difficilement. Leur rythme se marie alors parfaitement avec celui de la Joëlette. Mais ça dépend aussi des attentes. On a eu un jeune étudiant plein d’énergie, en chaise roulante, qui se sentait trop passif et n’a pas « mordu » à la Joëlette. En ce qui me concerne, moi qui suis totalement dépendant, les randonnées en Joëlette me rendent plus actif grâce à la vigilance que j’exerce pour l’ensemble du groupe. C’est pour moi une forme d’autonomie.

Qu’en est-il des déficients auditifs et visuels ?
René : En tant que malvoyant, au départ, je ne voulais pas toucher à la Joëlette car je pensais que j’allais faire tout basculer. Je regardais ça de loin avec curiosité. Puis, un jour, je me suis mis à l’arrière d’une Joëlette. On m’a juste dit que je devais tenir l’équilibre et ne pas pousser pour ne pas perdre de forces. Ça a été une véritable découverte. C’était la première fois que je pouvais à nouveau pratiquer la randonnée à un rythme normal car je ne devais plus faire attention où je mettais les pieds. Par rapport à ma déficience auditive, je sais que je dois rester attentif, poser beaucoup de questions mais je sais aussi que ceux qui m’entourent veillent énormément sur moi. On me donne l’info plutôt deux fois qu’une. De mon côté, j’explique mon handicap aux autres. D’où l’importance de la connaissance du groupe et de la communication au sein de celuici. C’est pourquoi on fait un débriefing après chaque journée où il y a eu beaucoup de vécus de groupe, afin de recadrer les besoins.
Luc : La priorité de nos randonnées est en effet d’être attentif à chacun, avec ses particularités et d’adapter notre rythme en conséquence.

Comment vous faites-vous connaître ?
Luc : Il y a notre réseau de connaissances, le bouche-à-oreille, le blog… On fait aussi des témoignages dans les écoles qui nous le demandent.
Christine : Mais il faut savoir qu’on ne cherche pas du monde en plus de manière systématique. Les gens viennent d’ici et d’ailleurs. On cherche en fonction des besoins du groupe. L’objectif du témoignage n’est pas de racoler mais de faire partager ce que l’on vit, la richesse de l’expérience, le potentiel qu’on a à offrir.

Un dernier message à faire passer ?
Luc : Côtoyer des gens qui vivent des difficultés dans des domaines très différents, ça permet de relativiser ses propres différences.
Marcus : C’est le meilleur moyen de sortir de sa solitude mais il faut avoir envie de donner le meilleur de soi jusqu’au bout. Dès que je transpire, la magie opère. C’est important de se rendre utile. On emmène les gens vers un rêve. Ça n’a pas de prix. Si j’avais rencontré un groupe pareil il y a 30 ans, je n’aurais pas commis les mêmes erreurs.
Luc : Dans un monde où on doit sans cesse répondre à des images, des idéaux, où on doit être bien sur soi, politiquement correct… Notre groupe est composé de gens avec plein d’imperfections. On doit tomber les masques ! On ne peut pas paraître. Et c’est là que les relations deviennent vraies.

 

Pages 22 à 23 : Tout s'explique : Le balisage sonore

Le balisage sonore est un réseau de balises donnant des informations vocales que l’on peut placer tant dans des bâtiments recevant du public (administrations, gares, écoles, centres commerciaux, restaurants…) que dans l’espace public (rues, places, traversées piétonnes, plages…). Cette nouvelle aide technique facilite la mobilité des personnes déficientes visuelles.
Ce réseau de balises est activable à l’aide d’une télécommande ou d’un GSM. Les balises agissent comme des points d’information qui se relaient afin d’amener la personne déficiente visuelle à bon port.

Thomas Deremince
Chantal Moëns

Matériel
> La balise
Semblable à un petit haut-parleur, la balise émet, en réaction à une impulsion émise dans un rayon de quelques mètres, le message vocal préenregistré. Ce dernier est entendu par tous. Il doit être le plus succinct et le plus précis possible afin de ne pas nuire inutilement à l’environnement sonore des autres passants. Il est parfaitement configurable et modifiable à souhait par le gestionnaire.
> Une télécommande ou un GSM
Les balises sont activables à l’aide d’une télécommande ou d’un GSM doté de la technologie de transmission d’information sans fil « Bluetooth » sur lequel un logiciel gratuit doit être téléchargé. La fréquence du signal émis est normalisée afin de permettre l’utilisation du système dans d’autres pays.
Plusieurs modèles de télécommandes existent sur le marché. Les plus simples d’usage sont dotées d’un bouton poussoir permettant de déclencher le message vocal de la balise. Ce message est dit « message primaire ». Leur prix oscille aux environs de 50 €.
Un autre modèle de télécommande est doté d’un mini haut-parleur et d’un second bouton. Celui-ci permet, lorsqu’il est actionné à proximité d’une balise, de recevoir une information dite « secondaire » et entendue dans le mini haut-parleur. Ce type de modèle de télécommande est cependant plus onéreux (+/- 150 €).
Les GSM dotés du Bluetooth permettent la même utilisation des balises. Dans un avenir proche, ils permettront également de recevoir des informations plus complexes telles que les horaires des trains et numéros de voies en gare, les heures d’ouverture d’une administration, etc. Celles-ci seront donc rendues accessibles aux personnes déficientes visuelles via la synthèse vocale installée sur leur GSM.
Deux modes de fonctionnement sont possibles : le mode manuel ou le mode automatique.
En mode manuel, l’utilisateur appuie sur la télécommande dès qu’il identifie sa proximité avec une balise (via l’information podotactile ou la connaissance des lieux). En mode automatique, la télécommande émet une impulsion toutes les 10 secondes et les balises émettent leur message dès que l’utilisateur se trouve dans un rayon de quelques mètres.

Fonctionnement
Les balises sont implantées de façon cohérente suivant un schéma de déplacement pensé à l’attention des personnes déficientes visuelles. Par exemple, dans une gare, si plusieurs escaliers mènent à une même voie, c’est le plus proche et le mieux aménagé d’entre eux qui sera signalé par la balise.
> La personne déficiente visuelle localise l’entrée du bâtiment recevant du public via le guidage naturel ou podotactile et/ou la balise sonore ;
> L’utilisateur suit le guidage podotactile à l’intérieur du bâtiment ;
> Une fois à proximité d’une balise, il peut activer celle-ci pour avoir connaissance de sa localisation ;
> La balise émet l’information primaire de localisation. La personne déficiente visuelle poursuit son cheminement en fonction de l’information fournie et active éventuellement à nouveau la télécommande si elle souhaite recevoir une information complémentaire.

Exemples d’application
En Belgique : Gare de Namur (en phase test)
Renseignements : AcceTics - M. Michel GRAWEZ – Tél. : 081/72 44 36 – Email : michel.grawez@fundp.ac.be
En France : Gare de l’Est et Institut de la vision à Paris

Conclusion
Comme évoqué dans notre dossier signalétique (voir p. 7 à 14), l’accessibilité d’un bâtiment se pense d’abord à travers son architecture. Toutefois, dans des espaces complexes, en plus du guidage podotactile, le recours au balisage sonore peut être un outil important pour le repérage des lieux.

Dans les grandes villes françaises, les feux sonores des traversées piétonnes sont équipés de ce type de balises. Cela permet, en plus d’émettre le signal sonore nécessaire à la traversée de la personne déficiente visuelle, de l’informer du nom de la rue.

 

Page 24 : Aires Libres, Votre revue sur l’accessibilité au quotidien

Le conseil, une mission de Gamah

En fonction des réglementations en vigueur, des bonnes pratiques et des contraintes du lieu, Gamah vous conseille afin de garantir au mieux la chaîne de l’accessibilité tant sur les cheminements que dans les bâtiments.
Nous intervenons à la demande et nous vous conseillons sur plan ou sur place.
En tant qu’experts, nous intervenons également auprès des communes dans le cadre des plans communaux de mobilité, des crédits d’impulsion, des plans triennaux… Nous les conseillons pour rentrer un dossier, vérifions les prescriptions techniques et sommes vigilants au suivi du chantier.
Pour connaître nos conditions, contactez-nous dès aujourd’hui !

Gamah, une équipe à votre écoute.
Téléphone : 081 24 19 37
Fax : 081 24 19 50
Mail : contact@gamah.be

N’hésitez pas à consulter notre site Web (www.gamah.be), riche en documentation sur l’accessibilité. Vous pourrez, si cela n’est pas encore fait, vous abonner à Aires Libres, ainsi qu’à notre newsletter mensuelle relayant de nombreuses informations utiles.

Avec le soutien de l’AWIPH et du Ministre du Gouvernement wallon en charge de l’Environnement, de l’Aménagement du Territoire et de la Mobilité

Actions sur le document
  • Envoyer cette page
  • Imprimer
  • Bookmarks