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Aires Libres n°5 - mai 2009

Par Anne-Sophie Marchal Dernière modification 19/01/2010 14:40

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Aires Libres - L’accessibilité au quotidien – Mai 2009 - numéro 5
Page 2 - Témoignages
Page 3 - Sommaire
Pages 4 à 6 - Reportage en images : L'Espace Citoyen, un lieu ouvert à tous !
Pages 7 à 14 : Chemin de fer : Gare aux pas perdus !
Pages 15 à 18 : Loisirs - Un pas de danse vers l'intégration
Pages 19 à 21 : Entretien
Pages 22 à 23 : Tout s'explique - Les dalles podotactiles
Page 24 : Aires Libres, l'accessibilité au quotidien

Page 2 - Témoignages

Je suis navetteur sur la ligne Mouscron-Bruxelles, abonné depuis plusieurs années et je prends quotidiennement le train au départ de Leuze en direction de la capitale.
Etant donné que je suis sourd de naissance, je suis souvent confronté à des problèmes d’informations auditives qui me conduisent à des imprévus et des destinations inconnues.
Voici ce que j’ai vécu il y a quelques temps : suite à un problème technique, tous les passagers à destination de Leuze ont dû descendre à un arrêt car le train était dévié. L’annonce a été faite au micro, je n’ai donc pas eu accès à cette information. Sans le savoir, je suis resté dans le train, qui a continué sa route vers Mons. Etonné du trajet, j’ai alors vite fait appel aux navetteurs.
Arrivé à Tournai, perdu, ne trouvant pas le bureau du chef de gare (absence de signalisation), j’ai demandé de l’aide aux guichets et on m’a guidé vers le chef de gare. Enfin, je lui expliqué ma situation. Il m’a répondu “en tant qu’handicapé, vous devriez être accompagné d’une personne !” J’ai été très surpris! Il s’en fout ! Voilà 3h d’incertitude, sans aide du personnel.
Une autre situation tout aussi surprenante : durant un trajet, un message est encore diffusé par voix orale. Je n’entends pas ce message, je n’ai pas conscience du problème. Un contrôleur est venu vérifier les tickets, il a vu mon abonnement et donc la destination, il ne m’a rien dit.
Finalement, je me suis retrouvé à Grammont !
Laurent Duquesne

Page 3 - Sommaire

Vos témoignages page 2
Edito page 3
Reportage en images : L’Espace Citoyen, un lieu ouvert à tous page 4
Dossier : Chemin de fer : Gare aux pas perdus ! page 7
Vos loisirs : Un pas de danse vers l’intégration page 15
Entretien : Véronique Honlet et Aurélie Ali, professeurs de cyclo-danse page 19
Tout s’explique : les dalles podotactiles page 22

Edito
Un service public au service de tout le public !
Lorsque des activités sociales, considérées comme essentielles et stratégiques, doivent être gérées selon des critères spécifiques pour permettre un accès à tous et contribuer à la solidarité et à la cohésion sociale, culturelle et économique de la société, elles doivent échapper à la recherche du profit.
La notion de service public émane donc du besoin d’intérêt général dont la nature est jugée non compatible avec le fonctionnement normal du marché. A titre d’exemple, citons certaines infrastructures uniques ou essentielles, nécessaires au fonctionnement tant des entreprises publiques que privées tels que les routes, les chemins de fer, les ports, etc.
Si nous ne pouvons être que d’accord avec l’idée que la mission de la SNCB, transporter des voyageurs, relève totalement du service public comme défini ci-dessus, nous nous permettons de nous interroger sur la façon dont elle l’accomplit.
En effet, à travers le dossier « Gares » de ce nouveau numéro d’Aires Libres, nous constatons l’énorme retard pris par la Belgique en matière d’accessibilité ferroviaire pour les personnes à mobilité réduite.
Or, s’il est un domaine relevant de « l’intérêt général », y compris pour la SNCB elle-même, c’est bien l’accessibilité de l’ensemble du réseau. Il nous semble qu’« intérêt général » et « majorité » ont été mélangés et le rail belge s’est construit pour l’homme super valide, l’homme idéal, l’homme qui, finalement, n’existe pas…
Alors, lorsque actuellement, on lit dans les gares le slogan « Construisons ensemble le train de demain », après avoir esquissé un sourire incrédule, nous ne pouvons que nous réjouir du tournant que semble prendre la politique ferroviaire.
Vincent Snoeck
Directeur
Sources : www.toupie.org, www.wikipedia.org

Pages 4 à 6 – reportage en images

L’Espace Citoyen, un lieu ouvert à tous
La nouvelle administration communale de Namur, appelée « Espace Citoyen », a intégré de nombreuses facilités pour les personnes à mobilité réduite.
Zone relais entre le citoyen et les différents services administratifs de la Ville, cet espace est réellement le lieu de tous les Namurois.
Sarah Logan
Adresse : Rez-de-chaussée de l’Esplanade de l’Hôtel de Ville (rue de Fer)
Renseignements : Mme Isabelle Bondroit - 081 24 62 11

2 et 3. L’entrée de plain-pied est pourvue de dalles podotactiles menant les personnes déficientes visuelles au guichet d’accueil. De plus, des stewards sont présents pour recevoir et aider le public.
4. En plein centre ville, les places de stationnement sont très prisées. Des emplacements réservés aux personnes handicapées sont prévus : deux en voirie, à proximité de l’entrée, et quatre dans le parking de l’Hôtel de Ville.

5. En entrant, le visiteur doit retirer un ticket à une borne, pour être orienté, à l’aide d’un numéro, vers le bon bureau. Un dispositif est abaissé afin de  permettre leur utilisation par les personnes de petite taille ou en fauteuil roulant.

6. Afin que chacun se repère facilement, une signalétique correcte est en place, un plan est affiché à l’entrée, la police de caractères est grande et simple, les services sont indiqués par différentes couleurs. Le numéro du bureau, auquel le citoyen doit s’adresser, est écrit en blanc sur fond de couleur. Ce numéro, facilement visible pour tous, est affiché à côté même du bureau, sur les bornes d’orientation ainsi que sur l’écran d’annonce. Ce dernier communique également vocalement quel numéro peut se présenter à quel bureau.

7. Les circulations sont amples à l’intérieur : les personnes en fauteuil roulant, avec un landau ou encombrées peuvent se déplacer facilement. L’échappée sous l’escalier est sécurisée pour empêcher les personnes malvoyantes ou aveugles de se cogner.

Pages 7 à 14 - dossier

Chemin de fer Gare aux pas perdus !

Ce n’est un secret pour personne : le domaine des transports est un secteur clé et incontournable de notre société. Se déplacer est une condition sine qua non pour une participation de chaque individu à la vie collective : emploi, études, courses, loisirs… Les déplacements sont indispensables.
La problématique des transports revêt par ce biais un caractère symbolique et révélateur de l’intégration que fait notre société des personnes handicapées.
Dans ce dossier, nous nous concentrons sur un axe précis des transports : les chemins de fer. Points de chute centraux d’une ville, les gares et leur environnement proche peuvent être considérés comme des endroits privilégiés pour juger de l’accessibilité d’une ville, voire d’un pays. Toutes ses dimensions peuvent y être analysées : l’architecture des bâtiments, l’accès au matériel roulant ainsi que l’accès à l’information et aux services proposés. De plus, les gares s’inscrivent dans un espace dit multimodal, où l’on retrouve des liaisons avec les bus ou le métro, des zones piétonnes, des commerces…
L’environnement ferroviaire est donc un milieu complexe où l’évolution des technologies côtoie un réseau implanté de longue date et des bâtiments anciens. Il en résulte que l’accessibilité est souvent difficile à mettre en place. Au travers des pages qui suivent, nous nous interrogeons dans un premier temps sur la situation en Belgique. Nous définissons ensuite les piliers d’une gare accessible en les illustrant de bonnes pratiques de pays voisins et proposons des pistes pour leur mise en oeuvre.

Check-up du réseau ferroviaire belge
Si notre pays s’est longtemps targué d’être un précurseur en matière de développement ferroviaire, ce n’est pas le cas en ce qui concerne l’accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR). Alors que, dès 1989, des avancées significatives sont enregistrées chez nos voisins européens, la Belgique ne se montre que depuis peu sensibilisée à la question. Les embûches rencontrées par les PMR, au sens large du terme (voyageurs avec des bagages, parents avec une poussette, personnes âgées…), sont encore très nombreuses.
Tout d’abord, l’architecture de maintes gares ne simplifie pas les déplacements des voyageurs à mobilité réduite : absence d’ascenseurs pour accéder aux quais, guichets vitrés et trop hauts, manque de repères tactiles et de panneaux de signalisation pour s’orienter, quais non sécurisés pour les personnes déficientes visuelles…
L’information dans les gares et dans les trains mériterait quant à elle d’être mieux développée. La signalétique n’est pas suffisamment claire et uniforme, les trains ne sont que sporadiquement équipés d’écrans d’informations, les annonces sonores sont souvent de mauvaise qualité…
Par ailleurs, la hauteur des quais n’est pas uniforme d’une gare à l’autre (trois hauteurs sont d’application en Belgique) et ne permet pas un accès de plain-pied aux wagons. La SNCB utilise alors des rampes mobiles pour permettre aux personnes en chaise roulante d’accéder au train mais celles-ci ne sont présentes que dans certaines gares et, vu leur inclinaison, sont impraticables sans assistance. Cette dernière, bien qu’obligatoirement réservée 24h à l’avance, se révèle dans les faits peu fiable.

Plusieurs motifs peuvent expliquer, sans excuser, le retard de la Belgique en matière d’accessibilité ferroviaire. Citons-en quelques uns.
> L’organisation et la structure de la SNCB sont complexes. Ainsi, la gestion des chemins de fer est répartie entre trois entreprises publiques autonomes (SNCB, SNCB Holding et Infrabel) et dépend de deux ministres fédéraux (celui chargé des Entreprises Publiques et celui de la Mobilité). La répartition des tâches entre ces exploitants est compliquée. Les « compétences PMR » se retrouvent ainsi parmi les obligations de chacun de ces groupes. Faire avancer l’accessibilité implique donc un important travail de concertation. Cette démarche semble être initiée au travers des contrats de gestion 2008-2012 qui relient les trois entreprises publiques autonomes à l’État fédéral.

Encart - Les compétences PMR au sein de la SNCB (1)
- SNCB-Holding
L’accessibilité aux abords des gares (en collaboration avec les Villes, la SRWT…), l’accessibilité aux bâtiments de gare, les cheminements internes.
- Infrabel
Les quais (hauteur, revêtement), les accès aux quais (ascenseurs, escalators, rampes) et les équipements de quais (abris, lignes guides, signalétique, …).
- SNCB
L’accueil, l’information et la vente aux guichets (ou via Internet), l’accompagnement des voyageurs et l’accès aux trains.
Fin de l’encart

> Les choix effectués ont un impact à très long terme. Ainsi, le matériel roulant et les équipements présents dans les gares sont utilisés pendant plusieurs décennies. Nous subissons donc encore aujourd’hui les conséquences de décisions prises dans les années ’80 où les besoins des PMR n’étaient pas pris en compte. Cette situation perdurera encore quelques années, la notion d’accessibilité n’ayant été intégrée que récemment (et trop sommairement).

> Au-delà des nouveaux contrats de gestion, aucune décision politique majeure n’est prise en faveur de l’accessibilité des gares et des trains (par exemple, adopter une loi imposant une accessibilité universelle ou simplement fixer une hauteur unique de quai au standard européen et exiger l’aménagement et le remplacement progressif des quais et des trains).

Ces différents constats sont regrettables car le manque d’accessibilité du système ferroviaire belge constitue un frein important à l’intégration des PMR. Or, toutes les études montrent que le pourcentage de PMR, en ce compris les personnes âgées, est important et continuera à croître dans les années à venir. Il y a près de 10 ans, les experts du COST 335(2) pointaient déjà dans leur rapport que les « données font apparaître une importante demande potentielle, dont l’intérêt stratégique est indéniable(3) ».
Les changements sont donc inévitables. Il s’agit non seulement d’un impératif social mais également d’une opportunité en termes de marketing et d’économie. En effet, la population PMR exprime elle aussi le besoin de se déplacer et constitue une source potentielle de nouveaux clients pour le service public. De plus, des aménagements réfléchis pour répondre aux besoins des personnes handicapées apportent plus de confort et de sécurité à tous les voyageurs : facilité et rapidité d’embarquement, orientation et circulation aisées, maîtrise de l’information… L’attractivité des chemins de fer est alors renforcée pour tous.

Pour supprimer les entraves rencontrées par les voyageurs, il convient de prendre en compte toutes les étapes d’un déplacement en train(4) :
> la préparation du voyage (consultation des horaires, évaluation de sa faisabilité…) ;
> l’accès au réseau ferroviaire (déplacement jusqu’à la gare, accès au bâtiment…) ;
> l’attente du train (utilisation des aménagements en gare, vérification des détails du trajet, demande d’aide en cas de besoin…) ;
> le voyage en train (embarquement, utilisation des aménagements du
train, suivi de la progression du voyage, descente au bon arrêt…) ;
> la sortie du réseau ferroviaire (issue de la gare, intermodalité…) ;
> l’évaluation de l’expérience (fiabilité, confiance…).

La prise en compte de l’ensemble de cette chaîne de déplacement est indispensable pour améliorer efficacement l’accessibilité des chemins de fer.
Sur base de cette chaîne, un voyage en train peut s’évaluer en cinq points.

Encart - Objectifs en matière d’accessibilité des trois filiales de la SNCB
Jusqu’il y a peu, les objectifs des trois filiales SNCB étaient peu précis en matière d’accessibilité aux personnes à mobilité réduite. Toutefois, on constate dans les nouveaux contrats de gestions de 2008-2012 une évolution importante dans la définition des objectifs qui sont plus ambitieux et plus précis :
> Courant 2009, une actualisation des normes d’accessibilité doit être réalisée dans le REVALOR (cahier des charges pour la réalisation d’une gare accessible). Cette actualisation doit se faire en concertation avec des bureaux d’accessibilité et être soumise à l’avis du Conseil National Supérieur des Personnes Handicapées.
> Pour 2018, la SNCB-Holding s’engage à rendre 100 bâtiments de gare accessibles aux PMR. Le choix de ces gares doit se faire en concertation avec Infrabel qui doit quant à elle rendre accessibles les quais de 50 de ces gares.
> Pour 2028, la SNCB-Holding doit rendre l’ensemble des bâtiments de gare accessibles aux PMR. Infrabel doit elle assurer l’accessibilité des quais de 100 gares, de façon à former un réseau de gares accessibles dans un rayon de 15 km.
> Pour tout « achat de nouveau matériel roulant, la SNCB s’engage à prévoir des équipements spécifiques pour les PMR, ainsi que pour les déficients visuels et auditifs(5)». Des dispositifs sonores et des écrans d’affichage seront dorénavant présents dans tout nouveau train.
Des objectifs intermédiaires sont inscrits dans les contrats de gestion. Ces derniers prévoient également un suivi dans la réalisation de ces objectifs.
Fin de l’encart

Phrase mise en exergue : Des aménagements réfléchis pour répondre aux besoins des personnes handicapées apportent plus de confort et de sécurité à tous les voyageurs.

Les 5 aiguillages d’un chemin de fer accessible

1er aiguillage : Des informations complètes et correctes
Nous avons tous été un jour inquiet de la destination d’un train ou de savoir si nous disposions d’assez de temps pour attraper une correspondance…
L’absence ou le manque d’information augmente assurément notre appréhension à circuler. Chaque voyageur doit pouvoir obtenir les données nécessaires à son trajet, préalablement et pendant son déplacement. Il doit savoir où les trouver et elles doivent être faciles à comprendre. Les moyens de communication utilisés traditionnellement par les sociétés de chemins de fer sont peu accessibles aux PMR. Les informations écrites sont placées trop haut et ne sont pas systématiquement doublées vocalement. Inversement, les annonces vocales ne sont pas automatiquement interprétées visuellement. Ces doublages sont pourtant essentiels pour les personnes déficientes visuelles et pour celles dont l’ouïe est affaiblie.
Nous trouvons toutefois des bonnes pratiques en la matière à l’étranger. En Suisse, certaines gares disposent de bornes « Info » et « SOS » sur les quais. Les personnes déficientes visuelles peuvent entrer en contact avec du personnel et se renseigner sur les prochains départs, les voies, les retards et les perturbations éventuelles. Ces bornes seront également prochainement adaptées aux personnes malentendantes. En France, la SNCF a le projet de traduire les annonces vocales en langue des signes. C’est un personnage virtuel qui réalisera automatiquement les traductions. On le verra apparaître sur les écrans disposés dans les gares.
Afin d’optimiser la transmission et l’assimilation des informations, des critères de qualité doivent être respectés. La Conférence Européenne des Ministres des Transports en a défini sept(6). Les renseignements doivent être :
> clairs c’est-à-dire facilement lisibles et compréhensibles ;
> concis car les voyageurs n’ont généralement que peu de temps une fois qu’ils sont en gare ;
> précis et donc vérifiés et mis à jour ;
> opportuns soit communiqués en temps utile (ni trop tôt, ni trop tard) ;
> répétés afin que les voyageurs puissent assimiler le contenu et agir en conséquence ;
> cohérents par rapport à la réalité vécue ;
> classés par ordre de priorité.

2ème aiguillage : Un environnement accessible
Si la gare se situe dans un milieu inaccessible, peu de PMR s’y rendront.
Il faut donc veiller aux abords de la gare : voiries correctes, trottoirs et passages pour piétons aménagés et sécurisés, emplacements de parking réservés proches, services de bus et de taxis adaptés à proximité, dépose-minute…
Bref, la gare doit s’insérer dans le réseau structurant(7) de la ville.

3ème aiguillage : Une gare entièrement accessible.
En gare, toutes les facilités doivent être proposées aux personnes à mobilité réduite. L’accessibilité architecturale en est l’élément de départ : présence d’ascenseurs, sièges en suffisance, guichets surbaissés, larges aires de circulation, WC adaptés, salles d’attente accessibles… Nous ne nous attarderons pas sur cet aspect-là. D’autres points, tout aussi primordiaux, sont à développer.

-> Une circulation facile et intuitive
Les visiteurs doivent pouvoir se situer et s’orienter aisément. L’agencement de la gare doit être pensé de façon à faciliter la progression des visiteurs(8). L’organisation des lieux doit donc être logique : en entrant dans la station, on doit pouvoir localiser les fonctions premières du bâtiment (guichets de vente, accès aux quais…). Les fonctions secondaires (commerces…) ne peuvent quant à elles empiéter sur l’espace principal de circulation.
La signalétique d’orientation est également capitale. Elle doit être bien distincte de la publicité. Des panneaux, clairs, suffisamment grands et placés aux endroits stratégiques guideront les voyageurs. Ils seront contrastés par rapport à leur support et leur police de caractère sera suffisamment grande de façon à ce qu’ils soient visibles et lisibles pour les personnes malvoyantes.
Des lignes guides naturelles (un mur contrasté et/ou dans l’alignement de la circulation…) ou artificielles (des marquages podotactiles) doivent être également prévues pour les personnes déficientes visuelles. Elles peuvent être éventuellement couplées à des balises sonores comme à la gare de l’Est à Paris.

-> Une circulation sécurisée
Un bon éclairage, en plus de faciliter l’orientation, augmente la sécurité. Il doit être uniforme, non éblouissant et renforcé au niveau des escaliers et des entrées.
Les obstacles et dangers éventuels doivent être sécurisés visuellement, à l’aide de couleurs contrastées, et/ou tactilement (escaliers, portes vitrées, éléments en saillie, bords des quais…).

-> Un accueil humain
Un accueil humain doit être prévu dans les gares. Il doit permettre aux voyageurs de se renseigner sur les horaires, la localisation des services, les aménagements spécifiques mis en place… La communication avec le personnel doit aussi être possible pour les personnes malentendantes. Il convient donc de privilégier les guichets sans vitre ou si ce n’est pas possible pour des raisons de sécurité, d’équiper le guichet d’une vitre non réfléchissante et d’une boucle à induction magnétique. En France, à la gare de l’Est (Paris), la SNCF a installé, en complément à l’accueil humain, des bornes d’accueil pour les clients aux différentes entrées du bâtiment. En actionnant le dispositif, les PMR peuvent entrer en contact avec du personnel d’accueil formé. Ces bornes adaptées à tous types de handicap permettent de dialoguer via différents canaux : l’oral, l’écrit et le visuel.

-> Une utilisation aisée des équipements interactifs
Les bornes automatiques, de plus en plus souvent présentes dans les gares, permettent d’acheter un titre de transport sans passer par les guichets à toute heure du jour et de la nuit. La manipulation des différentes commandes doit être possible et aisée pour tous. Les écrans tactiles sont donc proscrits et les synthèses vocales utiles. Le choix des billets, destination, classe... doit pouvoir se faire facilement.

4ème aiguillage : Du matériel roulant accessible
L’embarquement et le débarquement restent des écueils récurrents et majeurs pour l’ensemble des personnes à mobilité réduite. L’espace présent entre le bord du quai et le train (la lacune), suivi généralement de marches, constitue un obstacle difficilement franchissable pour les personnes âgées, les enfants, les parents avec landaus, les voyageurs avec valises… et empêche un accès en autonomie aux personnes en chaise roulante. L’accès dans le train devrait idéalement se faire grâce à des wagons de plain-pied avec les quais. De larges doubles portes, placées à deux voire trois endroits par wagon, faciliteraient également le passage du quai au train (et inversement).
En Suisse, un tel matériel est utilisé depuis plusieurs années et présente de nombreux avantages. L’ensemble des personnes à mobilité réduite accède au train de manière autonome et rapide. Les autres voyageurs profitent d’un confort supplémentaire très apprécié. Le temps d’embarquement et de débarquement en est fortement réduit, la vitesse commerciale du train est ainsi améliorée.
A défaut de matériel roulant et de quais adaptés, il convient de mettre à disposition des personnes en chaise roulante soit une rampe pratique et facile à utiliser, soit un élévateur. Le choix du dispositif d’accès doit être mûrement réfléchi car de nombreux facteurs entrent en ligne de compte : largeur du quai, hauteur du train, temps de manoeuvre, fiabilité du dispositif, sécurité des passagers mais également du personnel d’assistance…
Une fois à bord du train, la circulation dans les wagons doit être assurée : larges couloirs pour accéder aux places assises et aux toilettes, absence de marches, etc. Des espaces libres doivent être prévus pour les personnes en chaise. Les autres personnes à mobilité réduite doivent pouvoir disposer de sièges qui leur sont prioritairement réservés. Les bagages et poussettes doivent pouvoir être entreposés facilement. 
Les informations essentielles (destination, prochain arrêt, retard éventuel…) doivent aussi être fournies dans le train de manière visuelle et auditive.

5ème aiguillage - Du personnel formé et attentif
Même si tout est prévu pour faciliter le déplacement des voyageurs dans la gare, il reste nécessaire de proposer une aide humaine. Cette assistance doit pouvoir être obtenue en se rendant à un guichet ou en abordant un membre du personnel. Au-delà de cet accueil ponctuel, les personnes à mobilité réduite ont souvent besoin d’une assistance spécifique. Le personnel ferroviaire doit donc être correctement formé à l’accueil et à l’accompagnement des PMR en gare afin de leur offrir un service de qualité et d’améliorer leur confiance dans ce moyen de transport. L’assistance spécifique doit être possible à chaque étape du voyage en train. L’idéal serait que les personnes à mobilité réduite n’aient pas besoin de réserver cette assistance à l’avance. C’est peu envisageable si l’accessibilité n’est pas généralisée sur l’ensemble du réseau ferroviaire. En Suisse, où l’accessibilité des gares et des trains est prise en compte depuis de nombreuses années, le temps de réservation a pu être nettement diminué : dans la plupart des cas, il est possible de réserver une assistance jusqu’à une heure avant le départ du train.

On le voit, la Belgique a encore un long chemin à parcourir avant de disposer d’un parc roulant et de gares réellement accessibles. Quelle route suivre pour y arriver ?

Itinéraire d’un réseau accessible
Les bonnes pratiques en matière d’accessibilité ferroviaire sont généralement présentes dans des pays où la concertation entre les associations représentatives de personnes handicapées et les sociétés de chemins de fer est instaurée de manière systématique et à long terme. En Suisse, les chemins de fer fédéraux (CFF) collaborent étroitement pour tous leurs projets avec le bureau « Personnes handicapées et transports publics » depuis 2001. En France, la SNCF a créé un « Conseil Consultatif des Personnes Handicapées et à Mobilité Réduite » qui réunit deux fois par an huit grandes associations nationales et des responsables de la SNCF. Des réunions mensuelles sont par ailleurs prévues pour trois sous-commissions qui abordent plus en profondeur certains axes (trains, gares et services, schéma directeur national d’accessibilité).

Ces échanges permettent de connaître les besoins et demandes des personnes à mobilité réduite dans l’environnement ferroviaire. Toutefois, afin de s’assurer que les aménagements et équipements proposés améliorent efficacement l’accessibilité, il peut être utile de passer par une phase d’expérimentation. C’est notamment la méthode que la SNCF a utilisée en 2006 lors de son opération
« Gare laboratoire de l’accessibilité » à Paris-Montparnasse. Pendant trois mois, les PMR ont pu tester plus de 35 dispositifs, telles que des bandes de guidage au sol et des bornes sonores, des boucles magnétiques au guichet et en salle, des écrans TFT, une signalétique en caractères agrandis… Les résultats de cette expérimentation ont été récoltés par des enquêteurs professionnels et la SNCF a pu ainsi s’assurer de la qualité des dispositifs proposés. Une démarche similaire est actuellement en cours avec le « train laboratoire de l’accessibilité » : un wagon est installé sur l’esplanade de la gare de l’Est et les clients sont invités à tester les différents aménagements jusqu’en juin. La politique d’accessibilité de la SNCF est exprimée très clairement : sa démarche d’accessibilité sera construite, étape par étape, sur l’écoute et l’échange avec les personnes handicapées. Comme l’affirme Marie-Christine Cotin, déléguée à l’accessibilité de la SNCF, « il faut que chaque euro investi le soit pour une solution qui facilite réellement la mobilité des personnes handicapées(9) ».

Au travers des exemples français et suisse, nous pouvons constater que l’amélioration de l’accessibilité passe par une politique volontariste des sociétés de chemins de fer. Toutefois, ces gouvernements ont également agit en recourant à des législations contraignantes pour renforcer le processus de mise en accessibilité. Plusieurs pays (Royaume-Uni, France, Suisse, États-Unis…) ont une loi qui prévoit l’élimination des inégalités envers les personnes handicapées.
Ces lois prévoient la mise en accessibilité de l’ensemble des infrastructures ferroviaires mais également du matériel. Des dates butoirs raisonnables y sont fixées pour une mise en conformité (de 10 à 20 ans en fonction des pays).

Un train à ne pas rater
A travers les nouveaux contrats de gestion, l’accessibilité du système ferroviaire commence à être prise en compte en Belgique. Un accès en autonomie dans les gares et les trains n’est cependant pas possible du jour au lendemain. La SNCB doit donc planifier des étapes pour atteindre une accessibilité universelle de son réseau. Il importe de se fixer des objectifs ambitieux en la matière et de vérifier régulièrement le bon avancement du processus.
L’achat de matériel roulant inadapté, la construction de gares inaccessibles ou encore les rénovations excluant les PMR ne peuvent plus être acceptés (ni par les associations représentatives de personnes handicapées ni par les autorités publiques).
L’accessibilité doit être abordée par les sociétés de chemins de fer de manière globale, c’est-à-dire en traitant l’ensemble des étapes d’un voyage et en prenant en compte toutes les catégories de personnes à mobilité réduite. La SNCB a tout à y gagner… En attendant, il convient de compenser les équipements existants non accessibles par des mesures spécifiques, provisoires mais performantes (accompagnement, assistance ou service alternatif de transport…) afin de donner à tous les usagers les mêmes chances de se déplacer et ainsi de participer à la vie en société.

Marie-Ange Vandecandelaere
Anne-Sophie Marchal

Notes de fin d’article
1. Intervention de M. Thirionet au colloque Autonomies (février 2008)
2. COST sont les initiales de COopération européenne dans le domaine de la recherche Scientifique et Technique. Le COST 335 s’est penché, en 2000, sur l’accessibilité des réseaux ferroviaires aux passagers. Des experts venus de 17 pays européens et de 4 organisations internationales ont produit un rapport complet portant sur l’accessibilité des chemins de fer.
3. COST 335, Accessibilité des réseaux ferroviaires aux passagers, Commission européenne – Direction Générale des Transports, 2000, page 17
4. Ibid. p. 26
5. Contrat de gestion SNCB – Titre VI. Accessibilité, Art. 45 Matériel roulant, page 32
6. COST 335, op.cit. p.. 216-218
7. Un réseau structurant est défini à partir d’itinéraires continus et directs qui assurent les principales liaisons interquartiers et intercommunales et qui desservent les établissements scolaires et les pôles générateurs d’envergure.
http://pagesperso-orange.fr/metz-a-velo/documents/schemavelo.pdf
8. COST 335, op.cit. p. 127
9. SNCF, Gare laboratoire de l’accessibilité, Dossier de presse du 10 novembre 2006

Pages 15 à 18 – Loisirs

Un pas de danse vers l’intégration
« Lorsque je danse, je ne cherche à surpasser personne d’autre que moi. »
Mikhaïl Nikolaïevitch Barychnikov (Danseur - chorégraphe)

L’être humain danse depuis toujours et depuis toujours, la danse est essentiellement un moyen d’exprimer l’émotion et le plaisir.
La danse traduit l’ensemble des sentiments humains, tout en mettant en valeur la beauté du mouvement.

Danser en harmonie…
« La cyclo-danse est une activité très chouette parce qu’elle permet autant à la personne valide qu’à la personne en chaise d’être sur un pied d’égalité et de prendre chacune autant de plaisir. Je crois que le danseur valide et le danseur en chaise s’amusent autant l’un que l’autre. » Sabine Toussaint, professeur en chaise de cyclo-danse.

… avec soi
Grâce aux enchaînements, le danseur travaille de nombreux muscles. Il apprend à mieux maîtriser son corps, affine la perception de celui-ci dans l’espace et acquiert un meilleur sens de l’équilibre.
La danse permet de perfectionner la dextérité, la coordination et la précision des mouvements. Le danseur est ainsi en meilleure harmonie avec son corps parfois tellement difficile à contrôler quand il est atteint d’un handicap. Même si le physique et/ou le mental du danseur sont déficients, la pratique de la danse peut les améliorer.

… avec autrui
Au sein d’un groupe, le danseur, qu’il soit atteint ou non d’une déficience, apprend l’écoute et le respect. La communication et la complicité entre les partenaires sont inévitables.
La danse permet de bouger, de sortir de chez soi, de nouer de nouvelles amitiés.
La danse est indéniablement un moyen d’évasion et d’expression, un retour aux plaisirs. Elle favorise l’épanouissement individuel et donne une meilleure confiance en soi. Elle permet une intégration sportive, artistique et sociale. Elle apporte simplement un moment de joie et de bonheur, en musique, qu’on partage avec un partenaire ou un groupe.

Danser quel que soit le handicap
« Elle aimait beaucoup la musique et réagissait en faisant aller la tête et les mains. Je faisais bouger ses bras et ses jambes, elle se laissait aller au son de la musique » Valentine Caussin, professeur de danse classique, au sujet d’une de ses élèves devenue lourdement handicapée.

Quiconque peut s’adonner à la danse.
> Les personnes en chaise roulante peuvent exercer la cyclo-danse. Cette discipline existe en Belgique depuis une trentaine d’années. Elle se pratique soit entre chaisards soit, le plus souvent, en « combi », c’est-à-dire entre une personne en chaise et une personne debout.
> Les personnes sourdes peuvent utiliser un plancher vibrant leur permettant de ressentir les rythmes de la musique. Lorsque la musique débute, le sol tremble en rythme, les vibrations montent des pieds jusqu’à la cage thoracique. Ce dispositif a été imaginé par Kilina Crémona, chorégraphe de renom subitement frappée par la surdité en 2000.

> Les personnes aveugles peuvent danser avec un partenaire voyant où le contact corporel prend toute son importance. Le contact visuel est complètement remplacé par le toucher des doigts, des mains, des bras… Les corps bougent sur le même rythme et s’accordent naturellement dans le mouvement.

> Dans de nombreuses institutions accueillant des personnes handicapées mentales, la danse est utilisée comme moyen thérapeutique ou comme activité de loisirs, aidant les individus à se donner une identité plus affirmée, moins déstructurée.

Dans l’art de la danse, tout est possible car le côté artistique permet des choses extraordinaires : une valse d’un homme valide avec sa danseuse en chaise, une chorégraphie de chaisards accompagnés de danseurs valides en équilibre sur les chaises roulantes, un Roméo unijambiste et sa Juliette mutilée d’un bras…

Phrase mise en exergue : « La danse, phénomène universel mais varié dans ses formes est une traduction spontanée de la joie. C’est aussi un divertissement privé ou public. »
Le Petit Larousse – 2003

Phrase mise en exergue : La danse favorise l’épanouissement individuel et donne une meilleure confiance en soi.

Danser : vecteur d’intégration
« Je trouve que la danse fait partie de la vie en société et que ce serait dommage que des personnes en chaise se l’interdisent. Il faut au moins essayer parce que c’est un super moyen pour rencontrer d’autres personnes, réaliser qu’on peut sortir, avoir un rôle. » Sabine Varga, cyclo-danseuse

Les bienfaits de la danse sont nombreux pour ceux qui l’exercent. Et si les danseurs ayant un handicap aiment la pratiquer, c’est aussi parce que, à travers elle, ils peuvent s’exprimer et vivre cet art comme leurs partenaires valides. La danse laisse parler le corps qu’il soit stigmatisé ou non, en effaçant les différences.
Que ce soit comme thérapie, activité sportive, artistique, de loisir ou de compétition, chacun peut trouver son compte dans la danse.
Chaque corps exprime ses sentiments, son énergie, sa beauté… Chaque danseur est différent. Petit, grand, mince, enveloppé, avec ou sans handicap.
Beaucoup d’artistes danseurs ont bien compris que l’intégration de tous faisait partie de l’art de la danse. Sur scène, les corps se mêlent en harmonie car les chorégraphes ne font pas de différence entre les danseurs. Le message des artistes s’exprime par les mouvements des corps et l’expression des visages.
Il existe d’ailleurs de nombreuses troupes intégrant des personnes avec un handicap.
En voici quelques exemples :
> En France, la compagnie « ChanDanse des Sourds » réunit 10 danseurs sourds et cinq ou six musiciens. Elle démontre la capacité des personnes sourdes à créer des spectacles sans intervenant entendant.
> La compagnie britannique « Common Ground Sign Danse Theater Company » et d’autres compagnies américaines, comme « Rathskellar - The 4 Jacks » et « Wild Zappers » intègrent la langue des signes, langue visuelle, dans les chorégraphies.
> En Chine, la compagnie « Jinang – My Brothers and Sisters Performing Art
Troupe » regroupe plus de cinquante personnes de handicaps différents, dont huit danseurs sourds. Ce groupe a gagné de nombreux prix en Chine et a été invité dans une dizaine de pays en Asie et en Europe. Cette compagnie démontre une volonté des participants de prendre part à la société et au bonheur, comme les personnes valides.
> La « Klaus Compagnie », jeune troupe bordelaise de danse contemporaine a été créée par le chorégraphe Pascal Croce. Elle intègre des personnes avec un handicap moteur.

Le mot de la fin revient à de Henry Havelock-Ellis (chercheur anglais) qui disait :
« La danse est le plus sublime, le plus émouvant, le plus beau de tous les arts, parce qu’elle n’est pas une simple traduction ou abstraction de la vie, c’est la vie elle-même. » La Danse de la vie (1923)

Sarah Logan
Nathalie Sparenberg

Plus d’infos ?
Fédération multisports adaptés
Chaussée de Haecht, 579 BP 40 - 1030 Schaerbeek –
02/246.42.35 - info@fema-asbl.org
http://www.sportadapte.be

Ligue handisport francophone
Rue Trieu Kaisin, 86 - 6061 Montignies-sur-Sambre
071/48.99.90 · info@handisport.be · http://www.handisport.be

Handy Dance Brussels :
http://www.happydance.be
handydance@happydance.be

Créahm : http://www.creahm.be – info@creahm.be
quai Saint Léonard, 6 4000 Liège

Cyclo-danse : club de Limelette à Ottignies –
http://www.keepmoving.be – Sabine Toussaint :
0478/98.88.08 club de La Louvière - Marlène Roch :
0498/05.03.11

La Klaus Compagnie : http://www.klauscompagnie.fr

ASCTR (Association Sportive du Centre de Traumatologie
et de Réadaptation de Bruxelles)
Sabine Toussaint : 0478/98.88.08
sabinerenee@hotmail.com
Minouche : 0475/21.18.88

Pages 19 à 21 - Entretien

Entretien avec Véronique Honlet et Aurélie Ali

Véronique Honlet et Aurélie Ali enseignent depuis respectivement 4 et 2 ans la
cyclo-danse. Cette discipline permet aux personnes en fauteuil roulant de danser, accompagnées de valides.
Nous sommes allés leur poser quelques questions après leur cours.
Entretien réalisé par Sarah Logan

Quelle est votre profession ?
Véronique : Je suis kinésithérapeute. Aurélie est enseignante et pratique la danse depuis 18 ans. Enseigner la cyclo-danse est un de nos hobbies. La complémentarité entre une profession paramédicale et une longue expérience artistique est intéressante pour donner nos cours. Aurélie apporte ses compétences pour les chorégraphies et moi, j’adapte les passes.

Votre cours intègre-t-il des personnes valides et des personnes en chaise ?
Véronique : Oui ! C’est d’ailleurs cette intégration qui me plaît le plus. Je pense que, de manière générale, notre regard sur les personnes en voiturette doit absolument changer. Quand on vit quelque chose avec elles, on se rend compte que la relation est totalement équitable et d’une grande simplicité.
C’est assurément le point le plus fort.
Cela nous amène à réfléchir et nous enrichit.

Comment le groupe s’est-il constitué ? Cela a-t-il été difficile de trouver des danseurs ?
Véronique : La constitution du groupe s’est plus faite par le bouche à oreilles que par une réelle publicité. Cela n’a pas été difficile de trouver des gens en chaise. Par contre, pour que l’activité fonctionne, il fallait trouver des personnes debout. Au début, des amis sont venus pour me faire plaisir. Aujourd’hui, après 4 ans, ils sont toujours là. Il faut croire qu’ils sont mordus !

Vous utilisez le vocable cyclodanse. Que pensez-vous du terme handidanse également utilisé ?
Véronique : Le mot handidanse me plaît moins : il met trop en avant l’aspect handicap/handicapé. Je préfère le terme cyclo-danse car on ne sait pas trop ce que ça évoque. Dans la cyclo-danse, la voiturette est presque oubliée. En effet, pour se propulser, la personne recherche très peu ses roues. La plupart des mouvements sont vraiment induits par des oppositions entre les mains du couple de danseurs. J’aime beaucoup l’aspect fluidité amenée par la voiturette. Ca ne rappelle pas le handicap.

Faites-vous une différence entre la danse et la cyclo-danse ?
Aurélie: Non, c’est le même travail de rythme et de mémorisation. Les chorégraphies ne sont pas compliquées à imaginer. Cela demande juste une autre vision des choses parce qu’on a l’habitude de réfléchir pour des personnes debout.

Quelles sont les limites à la pratique de la cyclo-danse ? Peut-on danser sur tous les styles de musique ?
Aurélie : Nous nous limitons à nos envies. Nous dansons soit sur des musiques actuelles, soit sur du jazz et du rock. Nous essayons quand même de diversifier les danses et d’amener toujours une petite touche d’humour.
Il est possible de faire pas mal de choses. Je pense qu’on pourrait même faire de la danse africaine car pratiquement tous les styles de danse sont adaptables.
Véronique : Dans notre groupe, les personnes ont des limitations très différentes. Pourtant, nous arrivons toujours à adapter les passes. Comme nous veillons au côté artistique, les adaptations sont toujours très discrètes et le public ne les remarque pas. Les difficultés ne sont jamais mises en avant. La personne en chaise est dans la danse comme toutes les autres. Si on lance un projet, tout le monde y participe, ensemble.
Plaisir et enthousiasme se lisent sur tous les visages !
Nous arrivons toujours à adapter les passes. Comme nous veillons au côté artistique, les adaptations sont toujours très discrètes et le public ne les remarque pas.

La cyclo-danse est-elle un sport à part entière ?
Aurélie : C’est, en tous cas, un sport complet dans le sens où on réalise d’abord un échauffement. Ensuite, on passe à une partie plus théorique et après seulement, on danse. En fin de cours, on termine avec des étirements. La psychomotricité est également présente dans la mesure où, en dansant, on prend mieux conscience de certaines parties de son corps.
Véronique : Quand on danse, le corps s’engage pleinement. Il est totalement en mouvement et est en interaction avec le partenaire. C’est un réel échange. Il faut être juste par rapport à l’autre.

Vous produisez-vous en public ? Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Véronique : Les représentations publiques boostent la motivation et la manière de s’appliquer au cours. C’est le moteur pour l’année. Je pense que les élèves sont vraiment demandeurs de spectacles. Au début, ils ont un peu peur. Ils doivent oser se montrer. Ensuite, ils sont terriblement fiers et heureux. Lors de notre 1ère soirée, nous avons eu un retour incroyable du public. On a ressenti une très grande émotion. Je pense que les spectateurs étaient impressionnés par l’aspect technique mais ils étaient surtout touchés par la prestation. Certains avaient les larmes aux yeux. C’était extraordinaire !
Par ailleurs, j’ai envie de faire changer les mentalités. Lors d’une soirée, on a dû louer une Cathy Cabine parce que les portes des toilettes étaient trop étroites pour passer en chaise. Le bourgmestre est venu nous voir et a vu qu’on avait dû louer des toilettes. Ca vaut plus qu’un long discours…

Depuis que vous enseignez la cyclo-danse, votre regard sur les personnes handicapées a-t-il changé ?
Véronique : J’ai appris à rester simple et naturelle.

Que ressentez-vous quand vous dansez avec une personne en fauteuil roulant ?
Aurélie : Au départ, c’est vrai que c’est difficile : on ne sait pas très bien comment réagir et se comporter. Puis, on apprend à connaître les personnes et il n’y a plus aucun problème. Ce n’est que du plaisir : le plaisir de danser et d’échanger.

Contact
Véronique Honlet : veroniquehonlet@tele2allin.be - 0474 45 25 92

Pages 22 et 23 – Tout s’explique

Les dalles podotactiles
Chacun de nous a déjà croisé ces dalles en relief que l’on retrouve de part et d’autre des passages piétons, aux bords des quais de gare, sur les arrêts de bus, etc. Or, nous sommes peu à en connaître leur réel usage. Pourtant, il s’agit d’informations très précieuses permettant aux personnes malvoyantes ou aveugles de prendre des repères dans cette jungle hostile que peut être l’espace public.
Charlotte Dallemagne / Chantal Moëns

Quels sont les besoins des personnes déficientes visuelles dans l’espace public ?
> une identification et une sécurisation des lieux de traversée ;
> une signalisation des dangers ;
> un guidage dans les environnements complexes ;
> un aménagement des arrêts de transports en commun ;
> une signalisation des changements de niveaux,
> des feux de signalisation sonores ;
> …
Comment s’orientent les personnes déficientes visuelles ?
Les personnes aveugles s’orientent principalement grâce aux informations tactiles et auditives. Les personnes malvoyantes utilisent en plus les contrastes de couleurs ou de formes.
Elles se déplacent seules ou accompagnées en utilisant une canne blanche et/ou un chien guide. La canne est utilisée, non seulement pour détecter les obstacles, mais aussi pour suivre une ligne guide naturelle (alignement des façades, bordures…) ou artificielle.
Pour optimiser les déplacements en toute autonomie, des repères doivent être mis en place aux endroits critiques.

En Belgique, trois types de dalles sont mises en oeuvre. Elles donnent chacune un message codé répondant à certains besoins : guidage – détection de zone de danger – information. On les retrouve tant à l’extérieur qu’en intérieur.

Comment s’en sert-on ?
Ces dalles sont détectables :
> au pied, grâce à leur relief ou à leur élasticité ;
> visuellement, grâce à leur contraste par rapport à l’environnement immédiat ;
> à la canne, grâce à leur relief ou au bruit émis par la canne au contact de celles-ci.
En balayant le sol avec sa canne, la personne déficiente visuelle rencontre les dalles striées. Pour s’orienter dans la bonne direction, soit la personne glisse sa canne dans les rainures, soit elle les balaie. Quand elle rencontre un autre type de dalle, elle s’arrête et analyse son environnement : une dalle à protubérances lui indique un danger, une dalle souple lui signale un pôle d’informations ou un changement de direction.

Les dalles striées ou dalles de guidage
Elles orientent la personne aveugle ou malvoyante.
Les dalles striées indiquent l’axe de la traversée.

Les dalles à protubérances ou dalles permettant la détection de zone de danger
Elles attirent l’attention de la personne déficiente visuelle de l’approche d’un danger.
Les dalles à protubérances signalent le début d’un escalier.
Les dalles à protubérances attirent l’attention à l’approche d’un bord de quai.

Les dalles en revêtement souple ou dalles d’information
Elles signalent aux personnes la présence d’une information ou un changement de direction dans sa ligne de conduite.
Les dalles souples sont placées à hauteur du lieu présumé de la porte avant du bus.

Page 24 - Aires Libres, l’accessibilité au quotidien

Qui sont les « PMR » ?
Les PMR (personnes à mobilité réduite) sont des personnes gênées dans leurs mouvements en raison de leur taille, de leur état, de leur âge, d’une maladie aux effets invalidants, d’un accident, d’un handicap permanent ou temporaire.
De simples citoyens, en somme …
Aires Libres est une revue gratuite. Vous pouvez vous y abonner sur simple demande au 081 24 19 37 ou par mail à l’adresse contact@gamah.be
Gamah, une équipe à votre écoute.
Téléphone : 081 24 19 37
Fax : 081 24 19 50
Mail : contact@gamah.be
Sites : www.gamah.be et www.ipp-online.org

Aires = terrains délimités et aménagés pour une activité, une fonction.
Fait également référence dans ce cas à la notion d’aire de rotation.
Libres = qui ne comporte pas d’obstacles, de contraintes ; dont on peut disposer à sa guise.
Aires Libres = 24 pages, dont vous pouvez disposer librement, consacrées à l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR) en vue de sensibiliser les lecteurs et, in fine, d’améliorer l’autonomie de tous.
A travers quatre rubriques - un reportage en images, un dossier fouillé, un article « loisirs » et quelques pages « lecteurs » - nous cherchons à :
> faire le point sur la situation de l’accessibilité en Wallonie, à Bruxelles et parfois au-delà ;
> divulguer une information pratique en matière d’aménagement ;
> renseigner sur des loisirs adaptés.
Nous espérons qu’Aires Libres enrichira votre réflexion sur l’accessibilité au quotidien.
L’équipe de rédaction
www.ipp-online.org
Avec le soutien financier du Ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances et du Ministre du Logement, des Transports et du Développement territorial de la Région wallonne

Éditeur responsable
Gamah asbl – Vincent Snoeck
Rue Piret-Pauchet, 10 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 – Fax : 081 24 19 50
www.gamah.be – contact@gamah.be
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinatrice : Anne-Sophie Marchal
Mise en page : Nicolas Huc – www.nlsh.be
llustrations : Michaël Walravens – http://macravens.skynetblogs.be – 0476 30 32 69
Ont collaboré à la conception et la rédaction de ce numéro : Charlotte Dallemagne, Sarah Logan, Chantal Moëns, Vincent Snoeck, Nathalie Sparenberg, Marie-Ange Vandecandelaere.

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