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Aires Libres n°4 - novembre 2008

Par Anne-Sophie Marchal Dernière modification 19/01/2010 11:29

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Aires Libres - L’accessibilité au quotidien – Novembre 2008 - numéro 4

Sommaire

Aires Libres page 2
Edito page 3
Reportage en images : La maison des terrils page 4
Dossier : Logement : adoptons l’adaptable ! page 7
Entretien : Mr Grosbois, architecte page 15
Vos loisirs : Tous en selle ! page 18
Vos témoignages page 22
Nos brèves page 24

Page 2 - Aires Libres, l’accessibilité au quotidien

Aires = terrains délimités et aménagés pour une activité, une fonction.

Fait également référence dans ce cas à la notion d’aire de rotation.

Libres = qui ne comporte pas d’obstacles, de contraintes ; dont on peut disposer à sa guise.

Aires Libres = 24 pages, dont vous pouvez disposer librement, consacrées à l’accessibilité des personnes à mobilité réduite (PMR) en vue de sensibiliser les lecteurs et, in fine, d’améliorer l’autonomie de tous.

A travers quatre rubriques - un reportage en images, un dossier fouillé, un article « loisirs » et quelques pages « lecteurs » - nous cherchons à :

> faire le point sur la situation de l’accessibilité en Wallonie, à Bruxelles et parfois au-delà ;

> divulguer une information pratique en matière d’aménagement ;

> renseigner sur des loisirs adaptés.

Nous espérons qu’Aires Libres enrichira votre réflexion sur l’accessibilité au quotidien.

L’équipe de rédaction

Qui sont les « PMR » ?

Les PMR (personnes à mobilité réduite) sont des personnes gênées dans leurs mouvements en raison de leur taille, de leur état, de leur âge, d’une maladie aux effets invalidants, d’un accident, d’un handicap permanent ou temporaire.

De simples citoyens, en somme …

Aires Libres est une revue gratuite. Vous pouvez vous y abonner sur simple

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Avec le soutien financier du Ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Egalité des chances et du Ministre du Logement, des Transports et du Développement territorial de la Région wallonne

Page 3 - Edito

A l’heure où nous mettons sous presse, le monde est secoué par une terrible crise financière. L’accès au crédit et, par conséquent, à la propriété va devenir plus difficile qu’avant. Personne ne peut encore nous dire si ces conséquences seront durables ou non.

Cependant, un sentiment naît de cette agitation : ne pas se tromper lorsqu’on investit. Incitations à la confiance et à la stabilité sont sur toutes les lèvres. Sans pour autant nous réjouir des évènements, notons que la période est probablement propice à la réflexion sur le caractère durable et transmissible des biens immobiliers.

Ce numéro d’Aires Libres aborde ces questions dans le domaine du logement. Privé ou public, le juste choix est crucial et de sa bonne accessibilité dépendra fortement sa durabilité.

Ne dit-on pas que le Belge a une brique dans le ventre ? Gageons qu’après la lecture de notre dossier, ce soit une brique adaptable !

Vincent Snoeck

Directeur

Pages 4 à 6 – Reportage en images : La maison des Terrils à Saint-Nicolas

Sur la « route des terrils », le public est invité depuis fin octobre à faire halte sur le site de l’ancien charbonnage du Gosson II. L’ancien lavoir vient de faire peau neuve.

Dans un site pour le moins hostile à l’accessibilité, cette composante de l’architecture a été étudiée depuis les esquisses du projet. Cela donne un bâtiment confortable et sécurisant. Pour les abords, il faudra toutefois être accompagné… ou sportif!

Christian de Strycker

Adresse : Maison des Terrils I Rue Chantraine I 4420 Saint Nicolas

0800 122 31 I info@paysdesterrils.eu I www.paysdesterrils.eu

1. Un chemin en dolomie a été aménagé. Le contraste de couleur renforce la lecture de l’espace et dirige le visiteur spontanément vers l’entrée.

2. Dans l’ancienne salle des pendus (là où les mineurs pendaient leurs effets personnels), les contrastes de lumière renforcent l’attractivité vers les éléments exposés et facilitent la lecture. Notons que des visites pour personnes aveugles devraient tout prochainement être mises au programme avec le concours de l’asbl Sel Bleu.

3. Pour faciliter l’accès, l’entrée est de plain-pied et les portes sont automatisées.

4. Le dessous de l’escalier est protégé grâce à un changement de revêtement. Voilà une réalisation qui permettra à plus d’une personne d’éviter de se cogner.

5. Une cafétéria accueille les visiteurs. Les tables permettent un positionnement confortable des personnes en chaise. On peut aussi attabler la poussette d’un bambin. Notons que le contraste de couleur entre le sol et les tables est intéressant car il en facilite le repérage.

6. Le RAVeL traverse le site du Gosson à quelques mètres de la maison des terrils. La qualité du revêtement de sol est indiscutable : stable, non meuble, non glissant et dépourvu de trou.

7. La nature a repris ses droits sur le terril. Ce dernier a été aménagé en centre d’interprétation de la flore et de la faune particulières du lieu. Ici, une fleur en caillebotis permet aux visiteurs de se rendre aisément jusqu’aux panneaux verticaux. Sur chacun d’eux, il y a une description des plantes.

8. Les bacs de culture sont mis en hauteur. Il est possible d’y travailler en position assise.

9. Dans une optique pédagogique, des enfants participent à l’élaboration d’un jardin biologique qu’ils veulent accessible. Les conseils d’aménagements leur sont prodigués par les créateurs du jardin adapté de l’association Nature & Progrès. Ainsi, le chemin est couvert de broyat qui, tassé, constituera un revêtement relativement praticable pour les PMR.

Pages 7 à 14 - Dossier : Logement, adoptons l’adaptable !

Au cours d’une vie, des questions récurrentes se posent. Parmi celles-ci s’insère la problématique du logement. Le jeune adulte cherche une habitation pour voler de ses propres ailes et fonder une famille. Il s’agit, dès lors, de trouver la maison de ses rêves répondant à son budget, la construire ou la rénover en fonction de ses souhaits. Mais, les années passent, les besoins évoluent… L’adulte, qui travaille chez lui, souhaite aménager un bureau ; le jeune couple retape une annexe pour disposer d’une cuisine fonctionnelle ; le nouveau retraité recherche plus de sécurité et de confort ; l’apparition d’un handicap oblige à revoir l’agencement des pièces ; la vieillesse s’installe avec ses difficultés de déplacement et de dextérité…

Nombreuses sont les personnes à se lancer dans des travaux, souvent lourds à réaliser. En effet, les logements « traditionnels » ne sont pas conçus pour être facilement et démocratiquement modifiés : pas simple de déplacer une paroi pour ré-agencer la salle de bains, dur dur de doubler l’escalier par un élévateur pour accéder aisément à l’étage… Au final, c’est le logement qui provoque le handicap !

Plutôt que d’engager de gros travaux dans la maison, une alternative est de déménager. Malheureusement, trouver un logement existant adapté à ses besoins est une réelle gageure. Les maisons de repos ne sont, quant à elles, pas forcément la meilleure solution. Le déracinement et leur coût élevé, tant pour le pensionnaire que pour la société, sont des freins pour de nombreuses personnes âgées.

Pourtant, une large frange de la population est concernée par ce problème d’évolution et d’adéquation du logement. Les statistiques sont éloquentes à ce sujet :

> 1/3 des seniors a besoin d’assistance pour se déplacer ;

> 20% de la population belge est limitée dans les activités de la vie quotidienne;

> 40% des ménages belges ont des enfants.

Face à ces constats, et plutôt que de poursuivre dans la lignée traditionnelle, les concepts de logements adaptés, adaptables et accessibles s’inscrivent petit à petit dans le domaine de la construction.

Le logement adapté, un logement qui répond aux besoins réels de ses occupants

L’inadéquation du logement à la vieillesse et au handicap est à la source de nombreuses difficultés pour de plus en plus de personnes : monter les escaliers, utiliser ses sanitaires en toute sécurité, circuler facilement dans la maison avec un déambulateur…

Afin de pallier ces problèmes, des associations proposent leurs services. Elles fournissent des conseils personnalisés sur les aménagements à entreprendre (réagencement de la salle de bains par exemple) et les aides techniques éventuelles à placer (élévateur, barres d’appui…). Ce travail est réalisé par des ergothérapeutes qui ont des connaissances approfondies des différents types de déficiences et de leurs évolutions possibles. Ces spécialistes en adaptation du logement tentent de trouver des solutions optimales en intégrant les contraintes techniques de l’habitation (murs porteurs, espace disponible, différences de niveau…) mais également le budget4 fixé par les occupants. Ces experts proposent donc aux personnes des solutions qui tiennent compte de leurs besoins et de leurs capacités actuelles et futures, de leurs habitudes et de leur environnement. On parle ici de logement adapté.

Phrase en exergue : « Construire adaptable augmente donc indéniablement la valeur et la longévité des logements. »

Témoignage : « Solival nous a éclairés dans bien des domaines, notamment pour une nouvelle salle de bains. Bientôt, Jenny pourra enfin profiter de sa maison où elle passe le plus clair de son temps et avoir des soins nettement moins contraignants qu’avant. » JC Ceulemans et Jocelyne Jadoul, parents de Jenny

Si ce genre d’adaptations répond généralement parfaitement aux besoins d’une personne, elles présentent également des désavantages, tant dans le domaine privé que public.

Tout d’abord, un logement adapté est fabriqué « sur mesure » c’est-à-dire qu’il répond aux besoins particuliers de ses occupants. Or, les besoins d’une personne âgée ou handicapée sont variables d’un individu à l’autre, mais aussi, évoluent dans le temps. La construction de logement adapté, ou la transformation d’une habitation pour la rendre adaptée, est donc une solution individuelle. Il s’agit d’une réponse temporaire si on prend en compte la durée de vie d’un logement, qui s’étale sur plusieurs générations.

Ensuite, de par ses caractéristiques, un logement adapté se transmet difficilement d’un occupant à un autre. Le risque est grand de devoir démolir des adaptations pour en installer d’autres : plus un logement correspond aux exigences précises d’un occupant, moins il est approprié pour d’autres personnes.

Au-delà de ces considérations réflexives, et en ramenant le débat à un niveau plus terre à terre, il s’avère régulièrement que les aménagements à réaliser soient très coûteux, malgré les subsides existants. Parfois, ils ne sont simplement pas exécutables (un mur porteur ne peut pas être supprimé, la place suffisante ne peut être dégagée pour installer un ascenseur…).

Enfin, il est impossible de dresser une liste des critères définissant un logement adapté. Côté secteur public, il est donc absurde de lancer à grande échelle ce genre de construction : une étude devrait être réalisée pour chaque habitant. La rentabilité des projets n’est alors pas assurée.

Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir…

Puisque la maîtrise des handicaps s’avère complexe, onéreuse et personnelle, un autre angle d’attaque doit être privilégié. Un nouveau regard doit être porté sur la construction en elle-même : contrôlons notre environnement plutôt que nos limitations physiques ou sensorielles ! Le concept d’adaptabilité trouve ici tout son sens. Il s’agit de rendre possible, dès la construction du logement, sa transformation ultérieure. L’idée de base est de prendre en compte le caractère dynamique des besoins des occupants : on anticipe ici les transformations souvent inéluctables au cours du temps, que les personnes vieillissent, qu’elles deviennent à mobilité réduite ou que leur noyau familial évolue.

Dans ce cas, les logements ne sont donc pas destinés à l’avance aux personnes

handicapées ou aux personnes âgées… mais à chacun d’entre-nous.

Logement accessible

Au regard de la loi, un logement est considéré comme étant accessible lorsque tout le monde, valide ou moins valide, peut arriver aisément jusqu’à la porte d’entrée du logement. Les abords extérieurs, le parking, l’entrée (du bâtiment mais aussi de l’appartement) et les parties communes de l’immeuble sont donc facilement praticables.

Logement adaptable

Un logement est qualifié d’adaptable lorsque, dès sa conception, on pense « adaptations futures ». Au besoin, le logement peut donc subir aisément des transformations pour devenir adapté.

Logement adapté

Un logement adapté est un logement accessible dans lequel les besoins des PMR sont rencontrés. Les PMR peuvent y circuler aisément et peuvent profiter de manière autonome de toutes les fonctions (sanitaires, cuisine, etc.).

La flexibilité ainsi assurée confère à tous les occupants une maîtrise durable et relativement aisée de leur lieu de vie. Il importe donc de faire des choix en amont de la construction de logements neufs et d’intégrer l’adaptabilité dès la conception du projet (ou lors de grosses rénovations) : réserver des espaces de circulation et des aires de manoeuvres, prévoir l’extension d’une chambre, anticiper la suppression de murs, accoler la salle de bains aux toilettes, etc. Un logement ainsi pensé laisse la porte ouverte à toutes les adaptations possibles.

Bien que le coût à la construction puisse légèrement être plus élevé que celui du logement traditionnel (maximum 1% des coûts de construction, principalement dû au fait que le logement peut nécessiter une plus grande surface au sol), les avantages et bénéfices à long terme sont nombreux.

La flexibilité d’un tel logement permet de donner une réponse rapide aux changements de mode de vie (arrivée d’enfants, travail à domicile, famille recomposée, convalescence…) et de nombreux déménagements peuvent ainsi être évités. En facilitant le maintien à domicile des personnes âgées, on répond à une demande récurrente des aînés qui rechignent à emménager dans une maison de repos. Cela permet même de réaliser des économies dans le secteur des dépenses sociales !

En outre, les logements adaptables sont souvent considérés par leurs occupants comme plus sécurisants et plus confortables. Ce sentiment provient de l’espace offert dans ces habitations mais aussi de la facilité d’utilisation et de la dimension ergonomique de tous les aménagements : les couloirs permettent de circuler aisément avec des sacs remplis de provision, les fenêtres sont facilement atteignables, les portes sont assez larges, le bac de douche ne doit plus être enjambé, etc. Toutes les éventuelles difficultés sont gommées et la facilité d’usage est prépondérante.

Par ailleurs, la création de logements adaptables favorise l’intégration des personnes à mobilité réduite par deux biais :

> le nombre de logements répondant aux critères de base fixés par une personne handicapée est plus élevé. Ces citoyens peuvent donc trouver une habitation avec moins de peine, le choix étant plus important et plus diversifié ;

> les personnes à mobilité réduite peuvent rendre visite sans trop de souci aux membres de leur famille et à leurs connaissances habitant une résidence adaptable.

Pour les sociétés de logements publics, il est également plus avantageux de construire des logements adaptables plutôt qu’un quota de logements adaptés. En effet, il est possible de généraliser les contraintes d’un logement adaptable. Il est donc envisageable de construire en nombre ce type d’habitation. En Wallonie, un ouvrage intitulé « Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable », recensant de nombreux critères techniques, vient d’être publié (cf. encart p.14).

De surcroît, et pour ajouter au bénéfice des sociétés immobilières, un tel logement peut aisément être remis en vente ou en location et les attributions aux personnes à mobilité réduite sont moins limitées.

Construire adaptable augmente donc indéniablement la valeur et la longévité des logements.

Au vu de tout cela, on peut dire qu’un logement adaptable est un logement conçu pour y grandir, vivre et vieillir sereinement. Bref, c’est un logement « pour toute une vie ».

Principes clés

Le logement adaptable peut être transformé en un logement adapté après exécution de travaux simples :

> ne touchant ni aux structures, ni aux gaines et réseaux communs du bâtiment;

> ne diminuant pas le nombre de pièces principales.

Les circulations qui desservent l’unité de vie doivent donc être accessibles dès l’origine, c’est-à-dire :

> sans marche, ni ressaut ;

> avec des portes de largeur suffisante.

Les aires de manoeuvres et les espaces de circulation ne doivent pas être directement disponibles mais être réservés : tout obstacle dans cette surface doit être pouvoir éliminé aisément (démontage d’une cloison, suppression de mobilier…).

D’autres éléments peuvent être adaptés dès le départ sans pour autant être pénalisants pour les occupants valides. Notamment, l’accès aux commandes (clenches, poignées de fenêtre, interrupteurs, robinetterie…) et certains aménagements de confort (ex : partie basse des fenêtres plus bas permettant la vue vers l’extérieur pour une personne assise ou alitée).

Plus d’infos dans le « Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable».

Phrase en exergue : « La flexibilité d’un logement adaptable permet de donner une réponse rapide aux changements de mode de vie. »

Construire durablement

En prenant un peu de recul, on constate que le concept du logement adaptable s’inscrit totalement dans la perspective du développement durable.

En effet, le développement durable est « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Il s’agit de trouver un équilibre viable, vivable et durable entre l’efficacité économique, l’équité sociale et la protection de l’environnement. Le développement durable se situe ainsi à l’intersection de trois préoccupations, présentes elles aussi dans la philosophie du logement adaptable : l’axe social, la dimension économique et l’environnement. Sur le plan social, on s’accorde à dire que tous les citoyens, valides ou moins valides, ont droit à un logement décent. Le logement adaptable rencontre cet objectif en permettant aux personnes à mobilité réduite de s’intégrer avec les mêmes chances et les mêmes possibilités que les personnes valides. Par ailleurs, les occupants d’un logement adaptable peuvent y vivre plus longtemps et peuvent ainsi conserver leur cadre de vie et leur réseau de relations.

Au niveau économique, le logement adaptable est bénéfique tant lors de la construction que lors des transformations. Par exemple, il est moins coûteux de prévoir une entrée de plain-pied que d’ajouter postérieurement une rampe d’accès à un bâtiment. De même, prévoir un précâblage dans les murs au moment de la construction permet de réaliser de belles économies lors de l’installation de domotique. Ce genre d’édifice permet également de diminuer de nombreux coûts sociétaux dus à l’inadéquation des logements traditionnels. Citons ici, à titre d’exemple, les hospitalisations prolongées suite à une convalescence ou le placement des personnes âgées en maison de repos.

Phrase en exergue : « Construire adaptable doit s’insérer dans une démarche plus large d’accessibilité de l’environnement bâti afin de réellement atteindre les objectifs. »

L’aspect environnemental peut lui aussi être intégré sans peine : les adaptations étant prévues à l’avance, les déchets produits lors de travaux sont minimisés, voire inexistants. La durée de vie plus longue du logement et le maintien de ses performances au cours du temps permettent de valoriser aussi longtemps que possible son investissement environnemental consenti à la construction (prélèvements, déchets et rejets).

L’accessibilité, préalable à l’adaptabilité

Qu’il s’agisse de logements à construire ou à rénover, il importe d’être vigilant au niveau de l’accessibilité du quartier et de ses environs avant de concevoir du logement adaptable. En effet, construire adaptable doit s’insérer dans une démarche plus large d’accessibilité de l’environnement bâti afin de réellement atteindre les objectifs. Ainsi, les abords immédiats du logement, mais également

son implantation dans le quartier, doivent être pris en compte. Il est inutile de bâtir un logement adaptable dans un immeuble collectif si les parties communes (parking, hall d’entrée, couloirs, ascenseur, etc.) ne sont pas accessibles.

Quant aux commerces et aux différents services utiles, ils doivent se situer à proximité de ces habitations.

L’adaptabilité et l’accessibilité, clés de conception principales

Jusqu’à présent, les travaux d’adaptation d’un domicile sont motivés par des raisons de santé et lorsque les problèmes de mobilité et d’usage sont déjà bien présents. Or, nous sommes tous, un jour ou l’autre, des personnes à mobilité réduite. Il est temps de prendre en compte l’accessibilité et l’adaptabilité comme une qualité de base pour tous les logements, et non comme une concession généreusement accordée aux PMR.

Vivre chez soi doit redevenir une expérience banale pour tout le monde, personnes à mobilité réduite comprises. Il n’est plus question que l’apparition d’un handicap ou de la vieillesse oblige à vivre le moins mal possible dans son habitation.

Par conséquent, il convient de développer et d’ancrer la société dans la culture de l’usage universel. L’architecture répondra alors à un de ses objectifs essentiels : servir l’Homme.

Marie-Ange Vandecandelaere

Anne-Sophie Marchal

Bibliographie

> Article ou contribution à des monographies

DUPAGNE Albert, Le logement durable in Le logement à l’aube du XXIème siècle. Quelques perspectives et enjeux pour demain, Jambes, Direction générale de l’Aménagement du territoire, du Logement et du Patrimoine, 2000.

> Brochures

Accessibilité : principes et lignes directrices. Adaptation des bâtiments dans un environnement bâti accessible, Conseil de l’Europe, 1993.

Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable, Namur, Région Wallonne,

2008.

Pour que le logement ne soit pas un handicap. Guide à l’usage des professionnels et des élus, Association des Paralysés de France, Paris, 1998.

Un logement pour tous. Pour une Wallonie accessible…, Jambes, Cabinet du Ministre de l’Action sociale, du Logement et de la Santé de la Région wallonne, 1998.

> Monographie

GROSBOIS L-P, Handicap et Construction, Paris, Le Moniteur, 2003.

> Texte en ligne

CLOT E., Pour un accès au logement pour tous : Analyse de l’accès au logement des personnes en situation de handicap, texte en ligne disponible sur :

www.handicap38.org

 « Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable »

Ce guide constitue, à travers des fiches pratiques, un ouvrage de référence permettant de réaliser des logements adaptables.

Cet ouvrage présente aussi bien les critères spécifiques à la réalisation du logement que ceux d’implantation du bâtiment au sein des infrastructures économiques et sociales.

Ce guide a été réalisé dans le cadre d’une recherche collective réunissant les acteurs clés du secteur de la construction (CSTC), du secteur associatif (CAWaB) et du secteur du logement public (SWL). Le CIFFUL a apporté son expertise en matière d’interface et d’ingénierie pédagogique.

Il sera très prochainement téléchargeable sur Internet (www.cawab.be).

Réglementation

Aucune réglementation wallonne n’existe à propos du logement adaptable ou adapté.

Pour les bâtiments ouverts au public, le CWATUP impose un minimum d’accessibilité (largeur de portes, normes pour les ascenseurs, imposition pour les sanitaires, etc.).

Concernant les logements multiples, seules les parties communes doivent être accessibles. Ces logements doivent donc être au minimum accessibles (cf. encart page 9).

Des informations plus fournies concernant les réglementations existantes en Belgique et à l’étranger sont disponibles sur notre site Internet www.gamah.be

(onglet documentation).

Pages 15 à 17 - Entretien avec Louis-Pierre Grosbois

Louis-Pierre Grosbois, auteur du livre « Handicap et Construction », a mené de front plusieurs activités professionnelles : celle d’enseignant, de chercheur et d’architecte. Il possède une expérience professionnelle de plus de trente ans dans le domaine de l’accessibilité.

Propos recueillis par Marie-Ange Vandecandelaere & Anne-Sophie Marchal.

Dans l’avant-propos de votre livre, nous percevons une évolution de la notion d’accessibilité aux personnes handicapées au fil des éditions. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Dès le départ, je me suis basé sur le théorème de l’accessibilité : une personne valide dans un espace inaccessible est une personne handicapée et une personne handicapée dans un espace accessible est une personne valide.

Les trente dernières années ont vu une évolution dans le langage. On parlait d’abord des handicapés, sous forme de nom, pour caractériser un groupe d’individus, sans visage, que l’on ne voit pas. Par la suite, on a parlé de personnes handicapées. On réintroduit la notion de personne. Après, le terme « handicap » a été défini comme une gêne quelconque. Là encore, on confond l’origine avec la conséquence.

Aujourd’hui, on est passé à ce qu’on appelle « situation de handicap ». Le handicap est l’interaction entre les possibilités de la personne et son environnement. Les Anglais ont une formule très appropriée : « Good design enables, bad design disables». Des compensations sont ici introduites pour effacer les altérations. Peu à peu, on arrive aux notions de conception universelle, de design for all et même d’inclusive design.

Longtemps, on a fait des moyennes en éliminant la diversité. Or, au cours d’une vie, on est enfant, adulte, aîné… on change ! Il faut prendre en compte ce changement. La notion de conception universelle invite à concevoir un environnement qui s’adapte à la diversité. Comment ? En partant des altérations que les gens peuvent avoir.

Si ne vous partez plus de cet homme moyen qui marche et voit bien, mais de l’homme qui ne marche pas, se déplace lentement, ne voit pas… vous cherchez les compensations qui le remettent dans le jeu. L’attitude est totalement différente : on ne travaille plus sur l’homme idéal, mais sur celui qui a des déficiences. On change de point de vue ! C’est plus que des prescriptions à appliquer. C’est d’ailleurs pour ça que c’est difficile : il faut comprendre l’attitude mentale qu’il y a derrière. Je ne crée plus un projet classique en pensant après aux personnes handicapées. Je pars d’abord des altérations et je conçois un bâtiment qui les compense.

Cette évolution s’est-elle également ressentie dans l’architecture ?

Lorsque j’ai commencé à enseigner en ‘63, l’architecture se recentrait autour de l’homme. Dans les années 80-85, l’architecture post-moderne s’est développée en mettant de côté cette approche. Les nouvelles techniques et l’esthétique ont pris de l’importance. Je reviens souvent sur cette définition de Vitruve qui dit que l’architecture doit s’appuyer sur trois pôles : la construction, l’esthétique et l’usage. Pour l’instant, le pôle usage est faible.

La construction de logements adaptables est-elle une démarche identique, opposée ou complémentaire à l’utilisation de la domotique ?

L’accessibilité est selon moi l’élément de base. Après, on peut ajouter de la domotique. On peut le prévoir à l’avance en installant du précâblage. Tout en gardant à l’esprit que ces technologies évoluent vite. Or, la base de l’accessibilité, elle, reste toujours la même. La priorité doit rester l’accès au logement.

Il faut éviter la tendance à faire comme d’habitude et se dire que par la suite on installera de la domotique… C’est encore des coûts supplémentaires alors que la base de l’accessibilité n’est pas mise en place.

Avez-vous des exemples concrets d’application? Quelles conclusions tirez-vous de ces expériences ?

En ‘95, j’ai réalisé à Toulouse un bâtiment expérimental de 50 logements dont vingt sont réservés pour des personnes âgées. J’ai renversé la conception pour compenser un maximum de déficiences. Je n’ai pas créé 20 logements accessibles mais un immeuble pleinement accessible. Les appartements se modifient facilement : le WC peut être intégré dans la salle de bains en retirant une cloison, la kitchenette peut s’ouvrir sur la chambre pour pouvoir dialoguer. Ces cloisons, stockées dans l’immeuble, peuvent être placées ou déplacées à la demande, en une journée maximum. On a passé beaucoup de temps à la programmation. On a discuté avec les personnes âgées, les aides-soignants, les familles… On est arrivé à un projet de vie : on voyait comment l’immeuble allait vivre et comment le rapport entre gens valides et âgés allait se passer. C’est maintenant un immeuble qui vit depuis plus de 10 ans et les retours sont très bons. Les gens y vivent même jusqu’à 96-97 ans… Côté financier, ce projet s’est réalisé dans le prix du logement social, voire moins, en généralisant tous les aménagements. Au final, c’est moins cher de faire les adaptations pour tout le monde.

Selon vous, « l’architecture doit traduire la vie et les expériences humaines ». Est-ce le cas actuellement ?

Non, la programmation d’un logement n’est pas axée sur l’usage mais sur le plan économique, les nouvelles technologies et le développement durable… Mais qu’en est-il de l’occupant ? On pense toujours que l’accessibilité, c’est 15% de coût en plus. C’est parce qu’on reste dans la tradition. En réanalysant les gestes quotidiens des utilisateurs, on pourrait généraliser de nouveaux aménagements. Il y a des pratiques dans le logement qui bloquent la mutation. Par exemple, on place par habitude des tubs de douche qu’il faut enjamber. Or, à l’usage, les douches de plain-pied sont beaucoup plus confortables et sécurisantes pour tous. On pourrait en généraliser l’usage.

Selon vous, quels sont les freins à l’amélioration de l’accessibilité du cadre bâti ?

Premièrement, le manque de réalisations de logements adaptables. S’il y en avait plus, on aurait davantage d’exemples qui donneraient l’impulsion pour d’autres projets.

Deuxièmement, le manque de conseils, de contrôle et d’accompagnement de la réalisation. Il devrait y avoir davantage de consultants.

Troisièmement, le manque de formation des architectes, urbanistes, ingénieurs dans les écoles.

Quatrièmement, le manque d’évaluation de l’accessibilité dans les grands concours emblématiques d’architecture. On n’y parle jamais d’usage.

Cinquièmement, le manque d’évaluation des incidences sur la construction. Il y a une fausse croyance qui dit que ça coûte plus cher.

Enfin, le manque d’évaluation du coût social. Quand vous faites de l’accessibilité, vous réduisez les frais que vous dépenseriez pour loger les personnes âgées, pour les soigner… Il ne faut pas oublier qu’en France, chaque année, l’espérance de vie augmente de trois mois. Vous voyez ce que ça va donner dans une dizaine d’années… Il faudrait que le logement accessible et adaptable devienne la norme. Ça diminuerait largement la facture sociale et médicale.

Le monde du logement est en constante évolution. Comment imaginez-vous les logements dans 20 ans ? L’accessibilité et l’adaptabilité seront-elles prises en compte systématiquement ?

Je souhaite que la notion d’habitabilité soit renforcée au niveau de l’architecture, qu’on revienne vers l’homme. Comment les espaces sont-ils perçus ? Comment sont-ils fréquentés ? Comment s’en sert-on ? En partant de cela, on peut alors concevoir et puis trouver les techniques pour permettre la réalisation. Je souhaite que les logements se banalisent en allant vers des performances techniques permettant des compensations. Je suis confiant mais il faut être très vigilant. Je pense que, là, les associations et les particuliers ont un rôle à jouer. Ils doivent être incisifs. L’architecte est face à un client. Si le client dit non à ses propositions, l’architecte doit s’adapter. Les usagers doivent faire pression en disant que l’accessibilité et l’adaptabilité sont des outils absolument nécessaires.

A nous de jouer !

GROSBOIS L-P, Handicap et Construction, Paris, Le Moniteur, 2008

Plus d’info : www.editionsdumoniteur.com

Pages 18 à 21 – Loisirs : Tous en selle !

« Etre heureux à cheval, c’est être entre terre et ciel, à une hauteur qui n’existe pas. » Jérôme Garcin

Depuis des siècles, cette noble conquête qu’est le cheval accompagne l’homme. Monter sur son dos l’a toujours attiré. L’art équestre n’a cessé d’évoluer mais, est-il exclusivement réservé à une élite en pleine possession de ses moyens ?

Lorsqu’on aborde l’équitation et le handicap, l’hippothérapie nous vient d’emblée à l’esprit. Certes, elle requiert des adaptations techniques ou comportementales mais, n’étant pas thérapeutes, nos recherches se sont élargies à ce qui rend ce sport accessible aux personnes confrontées à des difficultés motrices, sensorielles ou intellectuelles.

Du parking au dos du cheval, en passant par les écuries, l’espace-détente et la piste intérieure, nous dégageons quelques pistes permettant de faire d’une personne à mobilité réduite (PMR) un cavalier à part entière.

Le manège enchanté

Les exigences d’adaptation d’un manège ne sont pas différentes de celles d’un bâtiment administratif. Une PMR doit pouvoir s’y déplacer au même titre qu’elle accède au service population de sa commune. Se parquer à proximité, entrer sans encombre, circuler dans le bâtiment et utiliser les infrastructures dans la plus grande autonomie relèvent de la réelle intégration.

Dans les infrastructures équestres, les espaces étant prévus pour les chevaux, camions et autres tracteurs, les zones de circulation sont, en général, assez grandes pour permettre des manœuvres confortables pour les personnes en chaise roulante.

Il faut cependant penser à quelques prérequis : sur le parking, réserver une place à proximité de l’entrée des écuries ; disposer ça et là quelques aires de repos ; proscrire les marches aux entrées, tant au niveau de l’écurie et de la piste que de la cafétéria ou des sanitaires ; prévoir des cheminements plats et non meubles.

Avec, en plus, l’utilisation de portes coulissantes (gain de place et facilité de manipulation), l’abaissement des porte-selles/bridons et des éviers, l’équitation en autonomie devient presque réalité…

Une fois prêts, cavaliers et montures se rendent en piste. Mais pour cela, certaines PMR ont besoin d’assistance pour guider l’animal vers le montoir.

Sur la piste, il faut prévoir un sol à la fois adapté au cheval et au cavalier. Les membres du cheval ne supportent pas un revêtement trop dur. Il en est de même pour le cavalier qui chute… Par contre, pour se déplacer, la PMR préfère un sol peu meuble afin que roues et autres pieds récalcitrants ne s’y enfoncent pas trop ! Le compromis est trouvé avec un sable se tassant bien.

A cheval

Monter sur le dos d’un cheval n’est pas toujours simple. La présence d’un montoir assez grand pour permettre la rotation d’une chaise roulante ainsi qu’une main courante et une rampe d’accès en aident plus d’un, handicapé ou non. Toutefois, une tierce personne reste indispensable.

Cavalier et monture ne formant désormais plus qu’un, des aides peuvent être mises en place pour aider à l’orientation du binôme et ainsi en parfaire l’harmonie. Un éclairage naturel (portes, fenêtres et toits transparents), suppléé d’un éclairage artificiel confortable, aide incontestablement à l’orientation des personnes malvoyantes. Des pictogrammes de couleur orientent les plus jeunes ou les personnes avec difficultés de compréhension. Pour les personnes aveugles, la monte en intérieur est envisageable moyennant une bonne perception des masses que représentent les murs du manège. En complément, le placement de petites balises sonores aux angles de la piste ainsi qu’au milieu des côtés représente une aide importante à l’orientation. Quant à l’équitation pour les personnes sourdes, elle ne requiert aucune adaptation spécifique si ce n’est un placement judicieux du moniteur/interprète afin que le cavalier puisse le voir en toutes circonstances.

A cheval donné, on ne regarde pas les dents… ou presque…

Le choix de la monture dépend évidemment de ce que l’on veut faire. Si le cavalier est débutant ou affranchi, s’il part en promenade, fait des concours ou de l’hippothérapie, le choix de la bête est différent. Pour une série de PMR, le cheval doit surtout être docile, ne pas avoir peur, ne pas faire des écarts intempestifs… mais cela n’exclut pas d’avoir du caractère et de réagir, par exemple, à la nervosité du cavalier. Dans un manège qui accueille des personnes ayant des déficiences sensorielles ou mentales, les chevaux sont choisis de couleurs différentes. Il est plus facile d’être compris en disant « sors du box le petit poney noir à côté du petit blanc » que de dire « sors le premier des deux bruns ».

Témoignages

Conceptuellement ce n’est pas très compliqué. Il suffit d’un peu de bon sens et une réflexion professionnelle […]. Dans l’organisation spatiale, c’est comme un poste de travail ou une maison, on réfléchit d’abord aux objectifs […]. L’ergothérapeute possède les outils nécessaires pour mettre en place tout ce qui est indispensable pour une mise à cheval correcte. » Sébastien Buxant – fondateur ergothérapeute de l’asbl « Les Chemains »

« En 2004, j’ai racheté mon propre cheval. Je n’en ai qu’un : un très brave dans la tête, pour éviter un maximum de problème, c’était le premier critère ! » José Lorquet – cavalier paralympique

La taille peut aussi avoir son importance : petit pour mettre en confiance, à hauteur de main pour les personnes en chaise ou de petite taille, plus grand pour les grands cavaliers, plus robuste pour pouvoir porter des personnes corpulentes.

Harnachement et accessoires

En Belgique, contrairement à l’Allemagne ou l’Angleterre, il n’existe pas ou peu de matériel adapté. Du bons sens et/ou des connaissances en ergonomie sont alors nécessaires pour adapter la quantité impressionnante de matériel équestre traditionnel.

Par exemple, il est très facile de faire concorder les couleurs des seaux et brosses de pansage avec les couleurs de bridons et d’attaches du cheval. Pour les personnes avec des difficultés de compréhension ainsi que pour les enfants, il est plus facile de dire « tu travailles avec le petit poney noir et tu prends tout le matériel bleu » que de dire « sors Apollon du box et prends ses brosses »…

On peut aussi utiliser un surfaix souple sur lequel on « clipse » des élastiques pour maintenir la jambe ou préférer des selles avec un pommeau et un troussequin fort élevés (type western ou camarguaise) permettant d’avoir un meilleur équilibre.

La tendance est donc d’utiliser ce qui existe déjà et d’adapter avec les moyens du bord. De la créativité et du bricolage font le reste !

La difficulté est d’adapter en fonction du handicap. Le sur-mesure peut être une alternative mais qui est sans doute plus coûteuse.

Conclusion

Suite à ce petit tour d’horizon, nous comprenons bien que la pleine maîtrise de ce loisir nécessite une approche logique et que sa parfaite accessibilité, tenant en une chaîne dont chaque maillon est indispensable, est difficile à rencontrer.

Témoignages

« Au manège, une pince vient me prendre en dessous des membres pour me lever. Ensuite, on met le cheval en dessous de moi et on me laisse redescendre. Avec deux personnes, c’est faisable. En compétition, il n’y a pas ce système ou c’est très rare. Il y a alors une rampe pour se mettre à la hauteur et il faut être quatre pour faire le transfert : un qui tient le cheval, un qui tient ma jambe à la réception sur le cheval et deux qui me portent… et devoir être si nombreux, ça pose parfois problème […]. » José Lorquet - cavalier paralympique

Etant donné la quasi inexistence de matériel spécifiquement adapté aux PMR et malgré les prérequis abordés dans cet article, il est indispensable d’étudier le projet de chaque cavalier. L’imagination, la créativité et le respect devraient arriver à procurer à tous le plaisir unique que constitue cette rencontre avec le cheval.

Nathalie Sparenberg

Vincent Snoeck

Témoignage

« Le surfaix que j’utilise est souple et n’a pas de poignée. Mais un surfaix avec une poignée pourrait être utilisé pour d’autres personnes. C’est en fonction du patient et de ce qu’on veut lui faire faire comme exercices. » Sébastien Buxant – fondateur ergothérapeute de l’asbl « Les Chemains »

« Ma selle de départ est bricolée par un monsieur de Bruxelles […] puis un sellier a fait les adaptations […]. Mais cette selle n’était pas jolie, trop lourde et pas assez confortable et donc je suis allé en Allemagne, à Berlin, en faire faire une sur mesure et là, ils ont compris tout de suite et ça a été très bien […]. Le matériel, à faire faire coûte beaucoup plus cher : 4000 euros pour ma selle actuelle. » José Lorquet – cavalier paralympique

Glossaire

Bridon : bride légère fixée à la tête du cheval pour le diriger, le conduire.

Écart : déplacement brusque du cheval sur le côté, par peur ou par défense.

Jumping : concours de sauts d’obstacles.

Montoir : surface rehaussée permettant de se retrouver à la hauteur du dos du cheval.

Pansage : nettoyage du cheval.

Piste : zone parcourue par les chevaux le long des murs d’un manège.

Pommeau : partie avant du siège de la selle, légèrement relevée.

Surfaix : courroie entourant le thorax du cheval.

Troussequin : partie arrière et relevée du siège de la selle.

Le Cheval – Jacques Sevestre et Nicole Agathe Rosier

Librairie Larousse, 1989.

Le petit Robert – Dictionnaires Le Robert – Paris, 1989.

Pages 22-23 - Témoignages

Comment comprendre le quotidien de mes élèves non voyants ?

Professeur à l’IRHOV (Institut Royal des Handicapées de l’Ouïe et de la Vue), j’ai décidé de m’inscrire au « souper dans le noir » afin de mieux comprendre les difficultés quotidiennes de mes élèves.

Premiers pas

Quelles complications pour atteindre sa place ! Tables et chaises heurtées malgré la voix qui guide.

Mais comment manger ?

La fourchette ne ramène rien. Je vais essayer en piqué. Trop de nourriture ! J’en mange en partie, le reste retombe. […]

Est-ce que je mange de la truite ou de l’elbot ?

N’y a-t-il donc pas moyen d’obtenir une serviette ? Ah … elle est sous l’assiette ?!

T’es qui toi ?

Tu es en face de moi ou en biais ? C’est à toi que j’ai parlé de mon boulot ? Non? Un verre de vin ? Avec plaisir. Comment remplir mon verre ? Je vais mettre mon doigt dedans. […]

Mais comment savoir si c’est du blanc ou du rouge ? […]

Ce que je ne ferai plus

De temps en temps, je vais au resto avec Aurélie, ancienne élève :

« Tu veux des petits pois ? De la salade ? Seulement du saumon ? Si tu prenais une cuillère à soupe, ce serait plus facile.

Ouvre la bouche, pour les dernières bouchées. »

Voilà exactement le genre de réflexions que je ne ferai plus ! […]

Marie-Anne Quiriny

Compte rendu d’une excursion à bord de la “barquerolle”, petit bateau de l’ASBL Ancre bleue*.

[…] Cette journée devait constituer pour moi un dépaysement total mais malgré  certaines appréhensions, je fus rapidement rassuré sur l’expédition qui m’attendait.

En effet, lorsque l’on me l’a présenté (ma chère soeur), j’avais quelques doutes quant à la faisabilité d’une telle expédition

: accès au quai, accès au bateau, enfin, tout ce qui touche aux problèmes des personnes à mobilité réduite. […]

Première opération, monter à bord

Grâce à un pont-levis, en toute sécurité, je me hisse à l’intérieur du bateau.

Première halte, installé sur le plateau ascenseur, deux choix s’offrent à moi : m’installer à côté du poste de pilotage ou descendre dans la salle de séjour qui donne accès à une petite terrasse. Je choisis la deuxième option. Le commandant nous explique les accommodements réalisés sur ce bateau en vue d’accueillir les PMR ainsi que les accompagnants. […]

A bord, chaque passager est chez lui

Chacun s’installe comme il le souhaite, là où il le souhaite. Les toilettes sont adaptées. […] L’environnement est des plus agréables, je m’y sens très bien. […]

Je vous le recommande

À titre personnel, je ne peux que remercier le promoteur de cette journée ainsi que les membres du personnel de l’ASBL l’Ancre bleue. J’y ai passé une agréable journée et je ne peux que recommander cette activité aux personnes à mobilité réduite qui souhaitent découvrir la navigation dans un cadre totalement adapté.

Marc Beguin

* L’Ancre bleue est une asbl qui encourage et renforce la convivialité entre valides et non-valides en utilisant comme moyen, entre autre, la navigation.

Infos : www.ancrebleue.be – tél./fax : 087 54 10 02 – ancrebleue@skynet.be

Vous aussi, faites-nous part de vos témoignages. Que l’expérience soit positive ou non, une seule adresse : contact@gamah.be

D’autres témoignages sur l’accessibilité à l’équitation sont disponibles sur notre site Internet (www.gamah.be).

Pourquoi suivre une des formations pratiques proposées par Gamah ?

Témoignage d’une participante

Depuis mon engagement en tant que conseillère en mobilité dans la Zone de Police Famenne-Ardenne

en 2005, j’ai eu l’occasion de suivre de nombreuses formations portant sur la mobilité, l’accessibilité, les aménagements ou encore la sécurité routière. […]

Plus besoin de formation, alors ?

Et bien si ! Gamah nous offre la chance de suivre d’autres types de formation à présent : plus pratiques et concrètes, axées sur la compréhension des problématiques PMR davantage que sur le contexte, les recommandations et les réglementations qui y sont liées. […] Toujours réalisées dans la bonne humeur et la convivialité, ces formations sont pourtant loin d’être purement ludiques !

Le vivre c’est différent

Savoir qu’un dévers sur un trottoir ne devrait pas dépasser 2% ou franchir ce dévers, c’est différent…

Savoir que les petits pavés sont peu confortables pour les personnes chaisardes ou ressentir les soubresauts de la chaise, c’est différent…

Comprendre que des couleurs contrastées sont sans doute plus visibles pour des personnes malvoyantes ou se retrouver en position de ne plus rien distinguer dans un brouhaha de personnes pressées, c’est différent…

Voir une personne aveugle et son guide qui montent ensemble des escaliers ou apprendre et réaliser les gestes qui aident et guident, c’est différent…

L’application sur le terrain

Jamais je n’ai eu vraiment d’a priori vis-à-vis des PMR. Mais une chose est sûre : jamais je n’avais eu autant connaissance des multiplicités de handicaps dont il convient de tenir compte (et qui sont parfois contradictoires) en termes d’accessibilité et d’aménagements. [...] On ne peut pas toujours contenter tout le monde ni dégager des budgets pour tout réaliser, mais la compréhension d’un handicap permet déjà d’éviter certaines erreurs ou certains oublis. Et en cas de doute … on fait appel à l’équipe !

Magali Aussems

Plus d’info : www.gamah.be

Page 24 - Nos brèves

Nouveauté à Bruxelles : dîners dans le noir

Dès décembre, des dîners dans le noir seront organisés 6 soirs par mois dans les caves des Galeries Royales Saint-Hubert à Bruxelles. L’apéro se prendra au bar faiblement éclairé. Ensuite, dans l’espace restaurant plongé dans le noir complet, des personnes non-voyantes vous serviront un menu surprise.

A vivre !

Infos : www.only4senses.com

02 772 34 26 - info@only4senses.com

Services aux PMR dans les gares

Vous cherchez à connaître les services disponibles dans une gare ?

Le site Internet de la SNCB vous permet de savoir quelles sont les facilités prévues pour les personnes à mobilité réduite dans chaque gare : parking pour personnes handicapées, rampes, ascenseurs, toilettes, etc.

Les infos de la SNCB se trouvent sur leur site :

www.b-rail.be (voyager en Belgique / info pratiques / voyageurs à mobilité réduite)

Salon REVA 2009

Ce salon d’information sur les produits et services destinés aux personnes handicapées regroupera plus de 150 exposants venant de Belgique et de l’étranger, les 23, 24 et 25 avril 2009 au Flanders Expo de Gand.

Plus d’infos : www.reva.be

TEST- ACHATS

Test-Achats a évalué la facilité d’emploi de certains électroménagers (ouverture, maniabilité, entretien …) en fonction de plusieurs déficiences, sur base de critères élaborés par leurs experts.

Quelques conseils pour faire le bon choix se trouvent sur des fiches, par type de déficience et par appareil.

Infos : www.test-achats.be (recherche par mots clés : déficience ou électroménager)

Editeur responsable :

Gamah asbl - Vincent Snoeck

Rue Piret-Pauchet, 10 à 5000 Namur

Tél. : 081 24 19 37 · Fax : 081 24 19 50 · www.gamah.be · contact@gamah.be · TVA BE0420.947.831

Paraît tous les 6 mois

Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X

Coordinatrice : Anne-Sophie Marchal

Mise en page : Nicolas Huc – www.nlsh.be

Ont collaboré à la conception et rédaction de ce numéro : Christian de Strycker,

Marie-Ange Vandecandelaere, Chantal Moëns, Vincent Snoeck, Nathalie Sparenberg, Sarah Logan.

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