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Aires Libres n°3 - juin 2008

Par Anne-Sophie Marchal Dernière modification 26/08/2009 13:43

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Aires Libres - L’accessibilité au quotidien – Juin 2008 - numéro 3

Sommaire
L’accessibilité, source d’autonomie page 2
Edito page 3
Reportage en images : Le château communal de Ham-Sur-Heure, un bien classé mais accessible page 4
Dossier : Cécité, surdité et culture page 7
Entretien : Rendre la Cité des sciences et de l’industrie accessible à tous, une préoccupation permanente page 15
Vos loisirs : Euro 2008, résultat en demi-teinte page 19
Vos témoignages page 22
Nos brèves page 24

Page 2

« L’accessibilité, source d’autonomie », tel est le leitmotiv de l’asbl Gamah.
Créé en 1980, Gamah a pour objectif de développer toutes les actions visant à améliorer l’accessibilité des espaces publics, des transports et des bâtiments de manière à permettre aux personnes à mobilité réduite d’acquérir le maximum d’autonomie.
Après plus de 25 ans d’expérience et de collaboration avec les pouvoirs publics, les architectes, les constructeurs mais aussi les personnes handicapées, Gamah est reconnu pour être un spécialiste des questions d’accessibilité en Wallonie et à Bruxelles.
Le travail s’articule autour de quatre grands axes :
> l’interpellation des constructeurs et décideurs politiques sur les besoins des personnes à mobilité réduite,
> la formation des intervenants concernés tant par la mobilité piétonne que par l’accès aux bâtiments,
> la proposition de conseils aux architectes et maîtres d’oeuvre,
> l’évaluation des espaces publics intérieurs ou extérieurs, à partir de plans ou sur le terrain. Pour cela, Gamah utilise,
entre autres, un outil unique d’évaluation, l’Indice Passe-Partout®.

Afin de rencontrer ces objectifs, Gamah propose cette revue gratuite à laquelle vous pouvez vous abonner sur simple demande au 081 24 19 37 ou par mail à l’adresse contact@gamah.be. Vous pouvez également vous inscrire à une newsletter mensuelle.
Gamah, une équipe à votre écoute.
Téléphone : 081 24 19 37
Fax : 081 24 19 50
Mail : contact@gamah.be
Site : www.gamah.be et www.ipp-online.org

Qui sont les « PMR » ?
Les PMR (personnes à mobilité réduite) sont des personnes gênées dans leurs mouvements en raison de leur taille, de leur état, de leur âge, d’une maladie aux effets invalidants, d’un accident, d’un handicap permanent ou temporaire.
De simples citoyens, en somme …

Avec le soutien financier du Ministre de la Santé, de l’Action sociale et de l’Égalité des chances et du Ministre du Logement, des Transports et du Développement territorial de la Région wallonne

Page 3 – Edito

Pour l’UNESCO, « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui  caractérisent une société, un groupe social ou un individu. Subordonnée à la nature, elle englobe, outre l’environnement, les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions, les croyances et les sciences.»
« La notion de culture est au coeur d’un enjeu essentiel : celui de dire ce qu’est l’homme à travers ce qu’il fait. » (source Wikipédia)
Parcourant ces quelques lignes, nous sentons bien que l’homme est l’acteur et le composant essentiel de la culture. Et pourtant, celle-ci, telle l’environnement bâti, n’intègre que trop rarement l’entièreté de ses fondateurs.
Étant tous en recherche de sens, de racines, d’origines, nous avons voulu, dans ce numéro d’Aires Libres, observer, conseiller et rêver ce que devrait être une réelle culture pour tous.
Convaincus que l’accessibilité architecturale ne peut, à elle seule, amener l’homme à grandir, nous vous proposons de nombreux éléments de réflexion sur l’appropriation des contenus culturels pour les personnes déficientes sensorielles.
Bonne lecture.
Vincent Snoeck
Directeur

Pages 4 à 6 – Reportage en images : Le château communal de Ham-Sur-Heure un bien classé mais accessible !

Située au sud de Charleroi, cette bâtisse vieille de près de 800 ans abrite aujourd’hui, pour la plus grande partie, le CPAS et l’administration communale.
Malgré une architecture imposante, le site présente une accessibilité aux PMR intéressante.
Les photos montrent que, même en présence d’un patrimoine culturel important, l’intégration de quelques outils d’accessibilité est réalisable sans pour autant diminuer la beauté de l’édifice.
Nathalie Sparenberg

Adresse : Chemin d’Oultre-Heure, 20 · 6120 Ham-Sur-Heure
Renseignements : 071 22 93 40

1. Les personnes à mobilité réduite sont autorisées à entrer dans l’enceinte du château afin de se garer sur le côté du bâtiment, sur des places correctement aménagées. Les dimensions préconisées sont respectées. Côté revêtement, les pavés sont remplacés par de l’asphalte, depuis les stationnements réservés jusqu’à la porte d’entrée PMR.
2. Un panneau signalant l’entrée PMR est apposé à l’entrée mais il n’est pas très visible.
3. La possibilité pour les PMR de stationner dans la cour est très utile car les pavés anciens la rendent difficilement praticable.
4. L’entrée PMR est accessible de plain pied. Les personnes doivent signaler leur présence via une sonnette, placée à bonne hauteur.
5. Pour pallier l’imposant escalier, un ascenseur bien large a été placé. Les  boutons sont de bonne taille, lumineux, avec des chiffres en relief et en braille. L’ensemble des étages sont ainsi accessibles aux PMR.
6. Une petite rampe d’accès s’intégrant bien dans le bâtiment est prévue pour combler une marche. Il manque néanmoins une main-courante.
7. L’espace intérieur a été exploité de manière telle que les circulations sont, de manière générale, bien larges et dégagées. Des aires de repos sont également disponibles régulièrement.

Pages 7-14 – Dossier « Cécité, surdité et culture »

Avec les beaux jours reviennent les envies d’évasion. Les vacances se profilent à l’horizon et les guides touristiques sont sortis des armoires. Quels sont les divertissements culturels de la région ? Quelles visites organiser ? Quels musées valent le détour ?
Outre la problématique de l’accessibilité physique du bâtiment, l’accès à la culture, pour le visiteur déficient sensoriel, demande une autre réflexion : comment s’approprier les contenus ?
Les dispositifs à mettre en place sont nombreux et les possibilités d’améliorer considérablement le confort de tous les visiteurs est à la portée de tous les théâtres et musées.
Petit tour de la question dans ce dossier.

Témoignage « Quoi de plus passionnant, pour un guide de musée, que de rendre la véritable signification à sa tâche ? Il s’agit bien de cela : retrouver le sens véritable de la visite « guidée » quand celle-ci se déroule en présence de déficients visuels. Plus qu’aller au-delà des apparences, c’est proposer à ce public un ressenti pour ne toucher qu’à l’essentiel de l’oeuvre. »
Sophie Bouchat, guide au musée Félicien Rops

Les réglementations
> Au niveau international (ONU)
Fin 1993, l’Assemblée Générale de l’ONU a adopté une résolution intitulée « Les Règles Universelles pour l’Égalisation des Chances des personnes handicapées ». Un paragraphe (règle n°10) est consacré à la culture. Outre l’accès aux bâtiments culturels, il est mentionné au point 3 que « Les États devraient prendre des dispositions spéciales pour rendre la littérature, le cinéma et le théâtre accessibles aux personnes handicapées ».

> Au niveau européen
En 2003, le Conseil de l’Union européenne adopte à son tour une résolution en ce sens.
Le Conseil constate la « nécessité de prendre de nouvelles mesures concrètes et appropriées » dans le domaine. Il invite les États Membres à « poursuivre leurs efforts en vue d’éliminer les barrières existantes et étudier de nouveaux moyens appropriés susceptibles de favoriser et d’améliorer l’accès des personnes handicapées à la culture ». Outre l’accessibilité physique, le Conseil insiste aussi sur l’accès aux contenus en suggérant de recourir aux technologies modernes de l’information (représentations sous-titrées, langage des signes, catalogue en braille, etc.).

> Et en Belgique ?
Force est de constater que la Belgique est mauvaise élève en la matière : aucune réglementation fédérale ou régionale, aucune contrainte ni recommandation n’est émise par le législateur.
Seule la loi anti-discrimination de 2007 touche du bout des doigts la problématique pour l’accès et la fourniture de biens et services à la disposition du public. Une partie de son champ d’action concerne « […] l’accès, la participation et tout autre exercice d’une activité économique, sociale, culturelle ou politique accessible au public. » Sur base de cette loi, le manque d’aménagement raisonnable peut être considéré comme une discrimination.
Cela reste malheureusement bien maigre !

Les personnes déficientes sensorielles en quête de sens
En parcourant un musée ou en assistant à une pièce de théâtre, le public déficient visuel ou auditif ne cherche rien de plus que le public valide : découverte, plaisir, échange, émotion… Mais comment prendre plaisir aux décors de théâtre sans les voir, comment comprendre le jeu des acteurs sans en entendre les répliques, comment profiter des couleurs d’un tableau quand la vue ne permet pas d’en distinguer les nuances…
Comment parler de culture quand celle-ci n’est pas accessible ?

> Pour les personnes déficientes auditives, l’accès à la culture implique la nécessité de traduire visuellement toutes les informations sonores ou de les rendre plus audibles. Soulignons ici que la langue française n’est pas forcément maîtrisée par les personnes sourdes. Pour bon nombre d’entre elles, le français est une langue étrangère, leur langue maternelle étant la langue des signes. L’accès à l’écrit leur est donc difficile. Un doublé visuel et une signalétique simple et soignée sont ainsi indispensables.

Témoignage « Les spectacles théâtraux pourraient être rendus accessibles aux sourds par le surtitrage ou par une interprétation en direct sur la scène, mais cela n’arrive pratiquement jamais. Par conséquent, les sourds se montrent peu intéressés par la culture théâtrale. »
José Gerday, personne sourde

> Pour les personnes déficientes visuelles, l’accès à la culture implique la nécessité de décrire oralement tout ce que la personne ne voit pas ou de rendre visible ce que la personne voit mal. Utiliser le toucher pour appréhender les oeuvres facilitera la perception des 3 dimensions. Les informations écrites seront adaptées et données par voie orale. Les informations doivent donc être disponibles de manière visuelle, auditive et tactile.

Pour cela, les dispositifs proposés ne peuvent pas se limiter à un seul canal de communication (c’est-à-dire un seul média de transmission des informations : affiche, vidéo, etc.) Ils doivent exploiter tous les sens : visuel, auditif, tactile (et pourquoi pas olfactifs et gustatifs !).
Enfin, si certaines méthodes permettent de répondre aux besoins des personnes malentendantes ou malvoyantes, une autre forme d’approche est nécessaire pour les personnes sourdes ou aveugles.

Pas de sens unique
> Une interprétation visuelle de l’oral
Tout comme des visites en français/ néerlandais/anglais sont organisées, des visites en langue des signes devraient être programmées. Proposer des visites guidées signées permet à la communauté sourde d’accéder aux informations, de demander un éclaircissement ou une précision en posant des questions au guide. Le même genre de visite peut être organisé en langage parlé complété (LPC).
Des vidéos fournissant les explications en langue des signes peuvent être utilisées dans certains cas.
Côté théâtre, une solution est de traduire en langue des signes les représentations. Dans ce cas, l’interprète se positionne sur le côté de la scène. Le spectateur sourd peut ainsi profiter de la mise en scène, des mimiques, gestes et déplacements des acteurs tout en appréciant les dialogues.
C’est le cas par exemple au Théâtre de Poche à Bruxelles où, pour chaque pièce programmée, une ou deux représentations est traduite en langue des signes. Sur une saison théâtrale, les personnes sourdes peuvent assister à une dizaine de spectacles signés.

Témoignage « Pour savoir les heures, les jours d’ouverture, il est difficile de se renseigner. Sur place, il n’y a pas de guides signants. Comme d’habitude. En dessous des tableaux, il y a une étiquette, une étiquette sur le résumé, si petite. Pour les entendants, certains musées ont des guides mp3. Pourquoi pas des dvds portables, pour les sourds, relatant les histoires en langue des signes ou des soustitres. Pourquoi pas, car les sourds en général, manquent d’informations. »
Jean-Luc Jamart, personne sourde

> l’amplification par boucle à induction magnétique (BIM)
L’installation d’une boucle à induction magnétique permet aux personnes malentendantes appareillées de mieux entendre les sons car ces derniers sont intensifiés et plus clairs. L’installation est composée d’un fil électrique en cuivre, d’un amplificateur et de micros. Le fil électrique fait le tour d’une zone (d’où le nom de boucle) : une salle de théâtre, ou une partie de la salle, peut ainsi être cerclée. Les sons émis sont alors captés par des micros. Leur volume est augmenté grâce à un amplificateur audio et les signaux sonores sont ensuite envoyés sur le fil électrique. Le courant circulant sur cette boucle crée un champ magnétique. A l’intérieur du cercle, les appareils auditifs équipés de bobines inductives, c’est-à-dire les prothèses auditives disposant de la position T, reçoivent ces ondes électromagnétiques et les décodent.
L’avantage principal de ce dispositif est la qualité du son rendu qui, contrairement à celui des appareils auditifs classiques, est dépouillé des bruits ambiants, échos, etc.
Un logo spécifique signalant la présence d’une BIM informe les personnes malentendantes qu’elles peuvent régler leur prothèse auditive sur la fonction T (comme téléphone). Elles peuvent aussi se placer au bon endroit si la salle n’est pas entièrement couverte par la boucle.
A Bruxelles, les spectateurs du Théâtre du Parc peuvent bénéficier d’une amplification par boucle à induction magnétique.

> l’audioguide
Les audioguides sont des dispositifs portatifs ressemblant à des casques ou à des combinés. Des commentaires enregistrés sur ces baladeurs sont déclenchés soit par le visiteur soit par un système automatique (infrarouges, bluetooth, etc.).
Ce moyen, apprécié par de nombreux visiteurs non guidés, est également prisé des personnes déficientes visuelles. En effet, l’écoute est confortable, les bruits de fond sont limités et l’enregistrement contient de nombreuses informations généralement disponibles sous forme visuelle (panneaux explicatifs, dépliants). Toutefois, ces commentaires n’étant pas prévus spécifiquement pour des personnes aveugles ou malvoyantes, un commentaire descriptif complémentaire devrait être proposé afin que ces personnes puissent appréhender l’oeuvre de manière optimale.
Pour que les personnes malentendantes puissent en profiter avec le même niveau de confort que les personnes valides, il est important que le volume sonore soit réglable.
Notons qu’à l’heure actuelle, quelques musées proposent des présentations audio téléchargeables sur leur site Internet afin de préparer une visite. C’est le cas notamment pour l’exposition temporaire « Volcans, Séismes » du Palais de la découverte à Paris.
En Belgique, le musée des Plaines de l’Escaut à Bon-Secours proposera bientôt des audioguides à ses visiteurs. Afin que les commentaires soient le mieux adaptés au public déficient visuel, les Amis des Aveugles de Ghlin ont collaboré à la rédaction des textes.

> l’audiodescription
Cette technique consiste à décrire oralement toutes les informations visuelles indispensables à la bonne compréhension d’une pièce de théâtre ou d’un film : costumes, décors, déplacements, etc. Les commentaires, en voix off, s’insèrent entre les répliques des acteurs. Au théâtre, il est préférable que l’audiodescription soit réalisée en direct. Dans ce cas, les traducteurs d’images suivent le jeu des acteurs dans une régie fermée et peuvent, de cette manière, ajuster leurs interventions. La personne aveugle reçoit les informations via un casque. Elle peut ainsi mieux imaginer ce qui se passe sur scène et bien comprendre le déroulement de la pièce.
Être audiodescripteur ne s’improvise pas. Plusieurs contraintes doivent être prises en compte : le temps disponible entre les répliques, la précision indispensable du vocabulaire, l’inévitable choix à effectuer dans les informations à fournir, etc.
En Belgique, l’association ABCD s’est lancée dans l’aventure depuis quelques mois. Une douzaine d’acteurs sont actuellement en cours de formation. Pour la saison prochaine (d’octobre 2008 à juin 2009), entre 20 et 30 pièces devraient être audiodécrites dans des théâtres amateurs et professionnels, à Bruxelles et dans le Brabant Wallon.

Témoignage « L’audiodescription nous vient en aide sans être intrusif, en laissant à notre imagination toute liberté d’entrer dans nos émotions et à nous faire notre propre interprétation, comme tout un chacun. »
Véronique Ryelandt, personne malvoyante

> le surtitrage
Ce procédé consiste à retranscrire tous les dialogues et effets sonores sur un écran. Ce dernier peut être placé au-dessus de la scène. Le texte peut également défiler sur un livret électronique individuel.
Profitable aux personnes sourdes ou malentendantes, le surtitrage est également bénéfique pour les personnes maîtrisant mal la langue. Il peut aussi servir pour traduire un spectacle en langue étrangère.
Le Théâtre National de Chaillot (Paris) propose à ses spectateurs déficients auditifs un écran individuel sur lequel défilent les échanges des comédiens et des informations sur les actions sonores. Lorsque le spectacle est en langue étrangère, c’est tout le public qui bénéficie d’un surtitrage en français au-dessus de la scène.

Témoignage « Je guette, ainsi que mes proches, toute occasion de suivre une pièce de théâtre surtitrée. Pour moi, cela veut dire me retrouver dans une ambiance spécifique : des acteurs qui jonglent en direct pour nous ouvrir au rire, nous distraire, nous faire réfléchir en se mettant dans la peau de personnages…»
Francine Leblicq, personne devenue sourde

> les représentations tactiles (maquettes et mises en relief)
Quand une oeuvre est trop fragile ou trop grande pour permettre un toucher de celle-ci, une reproduction, éventuellement miniature, peut être mise à disposition.
Les maquettes tactiles sont des représentations en 3 dimensions, partielles ou totales, d’un objet, d’un monument ou d’une oeuvre. Elles permettent d’identifier et d’appréhender ces derniers grâce au toucher. Pour que les informations fournies soient les plus complètes possibles, les maquettes sont réalisées avec différents matériaux : rugueux, dur, froid, mou, peluché...
Les maquettes doivent, d’une part, reproduire fidèlement l’oeuvre ou le monument original et, d’autre part, garder une taille raisonnable afin d’être facilement « décodées » par le visiteur. Au besoin, une maquette d’un élément plus précis peut être réalisée.
Au Musée Félicien Rops à Namur, le tableau « La Mort qui danse » a été reproduit en 3D grâce à un mannequin représentant fidèlement l’oeuvre.
Pour les oeuvres en 2 dimensions, il existe une série de systèmes de mise en relief : images et plans en relief, thermoformage, etc. Ces procédés sont efficaces pour, par exemple, représenter des itinéraires, des plans, des façades, des jardins. Sous forme de livrets à emporter ou fixées à côté des oeuvres, les images en relief doivent être solides, agréables au toucher et être bien positionnées (hauteur et inclinaison).
Une variante des visites tactiles, laissant le visiteur aveugle ou malvoyant plus libre, est de mettre à disposition une copie en relief de l’oeuvre, une description audio et un morceau du matériau original. Le visiteur malvoyant découvre tactilement la copie en relief grâce aux explications fournies.

> les grands caractères et le braille
Rien de plus banal qu’une explication écrite : présentation d’un spectacle, promotion d’une exposition, programmes, dépliants, écriteaux...
Afin que les personnes aveugles ou malvoyantes puissent aussi en profiter, il est utile de prévoir une version en grands caractères et éventuellement une version en braille.
Le Musée royal de Mariemont vient de publier un catalogue intitulé « Trésors de Mariemont ». Une version en grands caractères sera proposée. Une attention particulière a été apportée au confort de lecture : taille des caractères augmentée (19 plutôt que 12), fonte épurée, coupure des mots évitées, etc.

La nécessité d’une approche globale
Pour terminer, il est important de souligner que l’accessibilité aux contenus culturels doit être envisagée de manière globale. Différents aspects doivent être gardés à l’esprit.
D’abord, les divers dispositifs techniques, très utiles dans certains cas, ne sont pas suffisants en eux-mêmes. L’accueil des visiteurs et l’environnement doivent également être pris en compte : accompagnement et explications sur l’utilisation des dispositifs proposés, sécurité dans les déplacements et services annexes (informations correctes, parking, sanitaires, etc.).
Ensuite, une règle fondamentale est de proposer les mêmes services et mêmes choix à tous les visiteurs, valides ou moins valides. De cette manière, la personne opte pour le scénario qu’elle préfère. Si une autonomie totale des visiteurs ne doit pas forcément être atteinte, les possibilités offertes doivent être équivalentes pour tous.
Enfin, une distinction doit être établie entre l’adaptation et la conception d’un événement. L’adaptation propose des solutions, souvent techniques, à des situations problématiques pour les personnes à mobilité réduite. La découverte des contenus pour les personnes déficientes sensorielles risque dans ce cas d’être moins attrayante. Lorsque les difficultés sont prises en compte dès la conception, la scénographie peut être pensée différemment et faire appel à tous les sens. Nous touchons ici au principe de l’accessibilité universelle. Tout le monde, avec ou sans déficience, peut alors s’approprier les contenus par le biais qui lui convient tout en prenant du plaisir. La créativité et l’inventivité des responsables des projets est ici sollicitée et mise à l’épreuve… A vos idées !

Témoignage « Avec un public déficient visuel, il s’agit de jouer avec la (dé)construction d’images mentales par un discours descriptif construit mais susceptible d’être remodelé par les questions du public. Le dialogue représente en effet un ingrédient incontournable de ces visites. Dialogue qui le plus souvent permet au guide de réexplorer sa propre perception. Le musée est bel et bien le lieu de perceptions multiples. »
Anne-Françoise Rasseaux, responsable pédagogique au musée royal de Mariemont

En pratique
Ces différents dispositifs se retrouvent dans quelques musées et théâtres wallons et bruxellois. Bien que les responsables des centres culturels soient peu à peu sensibilisés, les initiatives restent encore trop isolées et très peu relayées. Ainsi, il est courant qu’aucune information ne soit mentionnée sur le site Internet ou dans les brochures des musées et théâtres, même s’ils possèdent certains dispositifs !
Quelques musées mêlent déjà différents dispositifs scénographiques dans leurs visites guidées adaptées. Par exemple, les visites au musée du Malgré-Tout à Treignes s’appuient sur des descriptions orales, des maquettes, de la musique, des plans en relief...

Encart : Exemple du Louvre
A la pointe des nouvelles technologies, le musée du Louvre à Paris met à disposition des guides multimédias. Outre le choix entre divers parcours (dont un pour les chaisards), le visiteur peut désigner la langue : allemand, anglais, coréen, espagnol, français, italien, japonais ou la langue des signes française.
Le système, lancé récemment, n’est pas encore totalement parfait (problème dans la signalétique entre autres). D’ici quelques mois, il devrait cependant fonctionner de manière optimale et devenir un outil apprécié par bon nombre de touristes, valides ou non.

Encart : Un environnement adéquat
Outre l’accessibilité physique du bâtiment, des petits détails ayant toute leur importance doivent être pris en compte.
- un espace bien éclairé, sans reflet ni contre-jour, avec des contrastes de couleurs, permettra aux personnes sourdes ou malentendantes de pouvoir lire sur les lèvres. Les personnes déficientes visuelles se repèreront plus aisément ;
- une signalétique visuelle et tactile claire et continue ;
- une cohérence dans le parcours (pas d’aller - retour intempestif).

Encart : Et l’accessibilité architecturale ?
S’il n’est question dans cet article que de dispositifs permettant l’appropriation des contenus culturels, il va de soi que l’accessibilité architecturale d’un bâtiment et de ses abords ne doit pas être oubliée. Les bonnes pratiques en la matière sont en partie disponibles sur notre site Internet (onglet documentation) et sont entièrement expliquées lors des formations « SECU, 4 maillons pour un bâtiment accessible » proposées régulièrement par Gamah.

Encart : Lexique
> Langue des signes : langage composé de gestes et mimiques, utilisé par les personnes sourdes et/ou muettes. La langue des signes assure toutes les fonctions remplies par les langues orales et possède un lexique et une grammaire qui lui est propre. La langue des signes n’est pas universelle : chaque pays possède sa langue. En Wallonie, c’est la langue des signes de Belgique francophone (LSBF) qui est pratiquée. Elle a été reconnue officiellement par la Communauté française le 21 octobre 2003.
> Langage parlé complété (LPC) : il s’agit d’une méthode de codage de la parole visant à faciliter la lecture sur les lèvres pour les personnes sourdes ou malentendantes. La personne qui parle donne des informations visuelles grâce à une main placée près de son visage. Les consonnes et voyelles de chaque syllabe sont ainsi codées. Contrairement à la langue des signes, les mouvements de la main n’ont un sens que s’ils sont associés à la parole.
> Écriture braille : il s’agit d’une écriture tactile. Chaque lettre, chiffre, signe de ponctuation ou même note de musique est codé via une combinaison de points en relief. Cette écriture a été inventée dans les années 1830 par Louis Braille, lui-même aveugle.
> Thermoformage : Le thermoformage est une technique qui consiste à prendre un matériau sous forme de plaque (verre, plastique...), à le chauffer pour le ramollir, et à profiter de cette malléabilité pour le mettre en forme avec un moule. Le matériau se redurcit lorsqu’il se refroidit, gardant la forme. (Source : Wikipédia)

Encart : Carnet d’adresses
> Théâtres
Théâtre de Poche - Chemin du gymnase, 1a à 1000 Bruxelles (Bois de la Cambre) tél. 02 647 27 26 - info@poche.be
Théâtre du Parc - Rue de la Loi, 3 à 1000 Bruxelles - tél. 02 505 30 40
fax 02 512 80 98 - info@theatreduparc.be
Théâtre National de Chaillot - Place du Trocadéro, 1 à 75116 Paris (France)
tél. 00 33 1 53 65 30 00 - fax 00 33 1 47 27 39 23 - accesculture@theatre-chaillot.fr
> Musées
Musée Félicien Rops - Rue Fumal, 12 à 5000 Namur - tél. 081 22 01 10 –
fax 081 22 54 47 - www.ciger.be/rops/
Musée Royal de Mariemont - Chaussée de Mariemont, 100 à 7140 Morlanwelz
tél. 064 21 21 93 - fax 064 26 29 24 - info@musee-mariemont.be - www.musee-mariemont.be
Musée du Parc Naturel de l’Escaut - Rue des Sapins, 31 à 7603 Bon-Secours
tél. 069 77 98 10 - fax 069 77 98 11 - parcnaturel@plainesdelescaut.be
www.plainesdelescaut.be
Musée du Malgré-Tout - Rue de la gare, 28 à 5670 Treignes - tél. 060 39 02 43 fax 060 39 04 70 - cedarc@skynet.be -
http://users.skynet.be/cedarc/accueil.html
Palais de la découverte - Avenue F. Roosevelt à 75008 Paris (France) -
tél. 00 33 1 56 43 20 20 - www.palais-decouverte.fr
Musée du Louvre - 75058 Paris Cedex 01 (France) - tél. 00 33 1 40 20 50 50 -
fax 00 33 1 40 20 54 52 - handicap@louvre.fr - www.louvre.fr
> Associations
ABCD - audio-description@abcd-theatre.be - www.abcd-theatre.be
Sel Bleu - Rue des Wallons, 203 à 4000 Liège - tél. 04 252 19 26 - contact@selbleu.net - www.selbleu.net

Anne-Sophie Marchal

Pages 15-17 - Entretien : Rendre la Cité des sciences et de l’industrie accessible à tous, une préoccupation permanente…


Quatrième musée le plus visité de France, la Cité des sciences et de l’industrie joue un rôle de pionnier en matière d’accessibilité.
Ouverte en 1986, la Cité a pour mission de diffuser le plus largement possible le développement des sciences, des techniques et du savoir industriel. Des expositions permanentes et temporaires, des animations et des conférences sont proposées au public.

Compte-rendu d’un entretien avec Cécile Guyomarc’h, responsable de l’accessibilité générale à la Cité.
Propos recueillis par Anne-Sophie Marchal.

- La Cité peut être considérée comme un exemple à suivre en matière d’accessibilité culturelle. Comment expliquer cela ?
Dès la conception de la Cité, les fondateurs ont insisté pour la rendre accessible, tant architecturalement que culturellement, à tous les visiteurs, en particulier les personnes handicapées. Une commission spéciale a été créée pour réfléchir à l’accessibilité. Des associations de personnes handicapées, des personnes déficientes sensorielles et des représentants de personnes handicapées mentales ont été impliquées. Ce groupe d’experts a réalisé un cahier des charges pointu et a insisté sur la nécessité d’embaucher des personnes déficientes sensorielles. Depuis une vingtaine d’années, une équipe poursuit la réflexion, effectue une veille constante et gère des opérations de communication appropriées.

- En matière d’accessibilité, quels sont les problèmes les plus fréquemment rencontrés ?
Au niveau physique, peu de difficultés sont présentes étant donné que les plans de la Cité ont été conçus en tenant compte des besoins des personnes à mobilité réduite : ascenseurs, espaces dégagés, etc. Des améliorations sont malgré tout encore apportées maintenant. Au niveau de la signalétique ou de l’organisation des espaces d’accueil par exemple.
Quant aux contenus des expositions, tout dépend des chefs de projet. Certains sont très sensibles à la problématique et tiennent compte des besoins de tous dans leur scénographie. D’autres abordent la question de manière trop technique. Les visiteurs déficients ont alors accès au contenu mais sans amusement. Les notions présentées sont moins bien mémorisées. La sensibilisation du personnel a ici une place très importante. Elle doit se faire constamment. Si la question de l’accessibilité est prise très en amont (dès le début du projet donc), le résultat sera d’autant plus bénéfique. Les adaptations d’expositions sont beaucoup moins efficaces. Justement parce qu’il s’agit d’adaptations et pas de scénographie à proprement parler. Le vrai défi est de trouver des réponses amusantes, inventives et polysensorielles.

- Quelles démarches et moyens sont-ils déployés par la Cité ?
Il s’agit d’un travail en constante évolution. L’équipe a commencé à fonctionner avec des personnes déficientes sensorielles qui n’étaient pas professionnelles en muséologie. Cela a permis de proposer des visites et des expositions qui répondaient aux besoins des visiteurs déficients. Par exemple, il a fallu créer des néologismes en langue des signes. Cela ne pouvait être réalisé que par une personne sourde qui connaissait les référents des personnes sourdes. Le guide sourd a également recruté les visiteurs. C’est en allant à la rencontre de personnes sourdes que ce public a commencé à visiter la Cité. La personne sourde engagée a été formée à la muséologie et la scénographie sur place. Une autre étape doit maintenant être franchie à la Cité. Les guides déficients sensoriels doivent se professionnaliser encore plus. C’est important que la personne ne défende pas son point de vue de personne handicapée. Elle doit pouvoir parler des autres types de handicap et des autres besoins. Il faut que la Cité tendent à l’accessibilité universelle.

- L’accès des lieux culturels aux personnes déficients visuelles ou auditives est amélioré grâce aux nouvelles technologies. Est-ce cependant suffisant de se limiter à ces nouvelles technologies ?
Non, le travail doit être réalisé en amont. Il ne faut pas se cantonner au niveau technique. Les nouvelles technologies, très utiles dans certains cas, ne résolvent pas tout. Il faut faire évoluer la muséologie. Différents niveaux de lecture doivent être proposés afin que tout le monde s’y retrouve.

- Les dispositifs prévus pour les personnes déficientes sont-ils également profitables et utilisés par les personnes valides ?
C’est même comme cela que ça marche le mieux ! Il s’avère que la plupart des améliorations conçues pour les visiteurs handicapés augmentent le confort de tous les visiteurs. Un bon exemple peut être tiré de l’exposition « Zizi sexuel ». L’équipe Accessibilité s’est battue pour avoir une traduction des saynètes pour le public sourd. Finalement, des sous-titres, une voix off, une traduction en langue des signes et un discours audio (casque) sont proposés. Cet élément est plébiscité tant par les enfants déficients auditifs que les enfants déficients visuels et les enfants valides ! Chacun choisit le canal qu’il préfère : lecture, audio, images.

- Le personnel de la Cité est-il sensibilisé à la problématique de l’accueil des personnes à mobilité réduite ? Comment ?
Des formations sont proposées régulièrement à tous les membres du personnel : apprentissage de la langue des signes, mises en situation, etc. Quant aux nouveaux salariés, ils participent tous à une journée d’intégration. Au cours de celle-ci, une heure est consacrée à la problématique du handicap. Une personne handicapée présente l’équipe Accessibilité et ce qu’elle fait.
Le fait d’avoir des personnes handicapées parmi le personnel est très bénéfique. Des retombées positives sont ressenties. Ainsi, la direction des ressources humaines a décidé d’engager plus de personnes handicapées.

- En France, une loi impose de rendre tous les établissements recevant du public (ERP) accessibles à tous. Les musées sont donc concernés. Cette loi a-t-elle un impact sur le travail effectué à la Cité ?
La loi est une aide, un outil pour l’équipe Accessibilité. Elle apporte des arguments envers la direction. Elle facilite aussi la prise de décisions. Certaines choses déjà réalisées auparavant doivent également être refaites. L’audit, par exemple, est imposé pour tous les ERP. Cela va permettre à la Cité de faire le point sur la situation actuelle et de se poser de nouveaux objectifs pour le futur. Malheureusement, cette loi prend essentiellement en compte l’accessibilité physique des établissements. L’accès au contenu ne fait l’objet que d’une phrase, perdue parmi les nombreux articles !
La loi n’est donc pas suffisante.

- Pensez-vous qu’il soit possible de rendre tous les musées accessibles à tous ?
Il faut y tendre, en tous cas au niveau des contenus ! Une réflexion mérite d’être menée sur les thèmes présentés dans les expositions. Dès qu’un sujet fait partie de la vie quotidienne, il vaut la peine d’être abordé même s’il est abstrait pour certains visiteurs. Le défi est de l’aborder convenablement.

En France, un sacré bond a déjà été réalisé au niveau de la culture.
D’autres vont suivre…

Cité des sciences et de l’industrie
Avenue Corentin-Cariou, 30
75019 Paris (France)
Tél (standard) : 00 33 1 40 05 70 00
www.cite-sciences.fr
Une page du site Internet est consacrée à l’accueil des visiteurs handicapés. Des coordonnées précises (mail, téléphone) sont fournies et des brochures explicatives sont disponibles.

Pages 18-21 - Loisirs : Euro 2008 : résultat en demi-teinte

Du 7 au 29 juin, la Suisse et l’Autriche accueilleront le Championnat d’Europe de football de l’UEFA*. Les 16 meilleures équipes nationales européennes s’affronteront pendant 22 jours. Au bout de 31 matchs, une équipe sera finalement sacrée championne d’Europe. Cette manifestation populaire importante, le troisième évènement sportif au monde après les Jeux Olympiques et la Coupe du monde de football, est attendue avec impatience par des millions de personnes.

Ce genre d’évènement, on le sait, rencontre toujours beaucoup de succès. Les amateurs apprécient non seulement le sport en lui-même, que ce soit pour le pratiquer ou le regarder, mais aussi l’ambiance dans les stades. La coupe de l’UEFA, c’est plus d’un million de spectateurs dans les huit stades du tournoi, près de 6 millions de visiteurs étrangers et une audience cumulée de 8 milliards de téléspectateurs dans 170 pays.
Face à cet engouement tant populaire que médiatique, nous nous sommes demandés si les personnes handicapées auraient la possibilité d’assister aux matchs du tour final du Championnat d’Europe. Des aménagements ont-ils été prévus dans les stades ?

Les règles du jeu
Que dit l’UEFA ?
La mission principale de l’UEFA est de « veiller au développement du football européen à tout niveau et de promouvoir le principe d’unité et de solidarité.» ainsi que « d’accroître l’accès et la participation sans discriminations de genre, religion ou race, et soutenir la croissance de la popularité du jeu. »
Afin de donner à tous, valides ou non, la chance de participer aux matchs, l’UEFA prévoit ceci :
> « le stade doit disposer d’un accès et de places adaptées aux spectateurs handicapés et à leurs accompagnateurs »;
> « des installations sanitaires ainsi que des points de vente de rafraîchissements et de petite restauration doivent en outre être réservés aux spectateurs handicapés à proximité des secteurs où ils sont installés.»

Nous rangeons nos cartons rouges…

La Suisse et l’Autriche vont plus loin
En effet, ces deux pays ont signé, le 25 juin 2007, une Charte de développement durable de l’UEFA EURO 2008.
Un des 12 points de cette Charte concerne les personnes à mobilité réduite :
> « L’accessibilité pour tous doit être la norme : tous les évènements de l’EURO 2008 devront être accessibles aux personnes en situation de handicap. »
La Suisse insiste sur ce point dans un arrêté fédéral concernant le Championnat d’Europe de football 2008. Elle stipule que l’accent principal des mesures concernant la durabilité doit entre autres être mis sur l’intégration des personnes handicapées.

Et une ola pour les pays hôtes !

En pratique
De l’achat du billet à l’arrivée au stade
Nous avons lu que des volontaires seraient présents pour accueillir les spectateurs, les informer, les encadrer, et les assister dans et aux abords des stades. Ces mêmes bénévoles recevront des consignes spécifiques pour l’accueil et l’aide au déplacement des personnes en chaise.
Les personnes handicapées bénéficient du tarif le moins cher. Quant à leur accompagnateur, ils ont droit à une place assise gratuite.
La proportion des places pour les personnes en chaise roulante dans les stades de l’UEFA EURO 2008 est de 1/500.
Pour les autres types de handicap, 20 places supplémentaires leurs sont réservées par stade.
Ces deux catégories de places se situent (théoriquement) à l’endroit ou l’accès du parking à la tribune est le plus direct et le plus plat. Les accès aux kiosques et aux sanitaires sont également pris en considération. Des places de parking sont prévues aux abords des stades.

Carton jaune !
Si nous sommes heureux de voir que la problématique des personnes handicapées a été prise en compte dans l’infrastructure des stades, nous sommes plus qu’insatisfaits du nombre de places qui leur sont réservées. 1/500 pour les utilisateurs de fauteuil roulant, cela représente 60 places pour un stade pouvant accueillir 30000 spectateurs et 100 pour un stade de 50000 places, comme pour celui de Vienne où se déroulera la finale. Soit 0,2% des places.
Si on ajoute les 20 sièges supplémentaires prévus par stade, cela augmente à peine de 0,1% le nombre total de places, tout handicap confondu. Dérisoire quand on sait qu’environ 30% de la population est à mobilité réduite.
S’il faut prouver que l’on a réellement besoin d’utiliser un fauteuil roulant pour être accueilli dans le carré très VIP des personnes en chaise, qu’en sera-t-il des personnes marchant difficilement ? Seront-elles laissées sur la touche ? Pourront-elles trouver leur place dans un des 20 sièges prévus pour les autres types de handicap ?
Pour ce qui est des sanitaires adaptés, espérons qu’ils seront bien prévus non loin de la zone qui est réservée aux personnes handicapées. A quoi cela servirait-il d’avoir des sanitaires adaptés dans un endroit inaccessible ?
Nous notons bien que des efforts sont faits quant à l’accueil des personnes à mobilité réduite mais ceux-ci restent insuffisants.

Des minis stades dans la ville
Pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’obtenir une place pour assister à un match du tour final de l’UEFA, tout n’est pas perdu. La Suisse a eu une initiative originale. Seize villes se verront construire un stade miniature. Les matchs du Championnat y seront retransmis en direct, projetés sur écran géant. Ces stades proposeront environ 1200 places assises en tribune et jusqu’à 9000 places, celles-là gratuites, debout. Sur chaque site, des places seront disponibles, gratuitement, pour les personnes en chaise roulante.

Deuxième ola !

Les transports en commun
Plus de 6 millions de touristes venant des pays hôtes et de l’étranger sont attendus pour cet évènement de l’EURO 2008. C’est donc, pour les 8 villes où se dérouleront les matchs, une occasion unique d’accueillir des touristes. Les hôtels sont sûrement complets depuis longtemps et il faudra probablement faire la file au restaurant. Mais qu’en est-il des transports en commun ?
L’Autriche et la Suisse souhaitent inciter leurs visiteurs à emprunter les transports en commun, on comprend aisément pourquoi. Les personnes munies d’un billet pour un des matchs pourront utiliser gratuitement les transports publics suisses et sur une large portion pour l’Autriche, le jour du match et jusqu’à midi le lendemain. Des formules attractives sont prévues pour les touristes sans billet pour un des matchs.
Plusieurs villes suisses et autrichiennes ont d’ailleurs aménagés leur offre de transports en commun. Des trains supplémentaires desserviront les villes hôtes avant et après les matchs. Dans la plupart des villes, des trains et des bus supplémentaires seront ajoutés pour toutes les destinations clés.
En Suisse, de nombreuses entreprises de bus et de tram disposent de véhicules à plancher surbaissé. L’embarquement des personnes en chaise roulante se fait le plus souvent par la deuxième porte avec l’aide d’une rampe montée dans le véhicule et manipulée par le personnel roulant.
A Zurich et à Genève, il est possible d’embarquer dans les trams à plancher surbaissé grâce à un accès dénivelé et avec une lacune de 7 cm maximum. L’aide du personnel n’est donc plus requise.
Le trafic régional des chemins de fer, y compris le RER, emploie sur de nombreuses lignes des véhicules avec entrée surbaissée. Sur ces lignes, les quais sont aménagés, ce qui donne un accès de plain-pied. Les utilisateurs de fauteuil roulant peuvent donc prendre ces trains de manière autonome. C’est le cas, entre autres, sur des parties du RER de Bâle, Berne et Zurich où les voitures à plancher surbaissé disposent d’une entrée accessible et de toilettes aux normes pour les personnes en chaise roulante.

Et un but, un !

Nous espérons cependant que tout ce qui est écrit sera effectivement mis en pratique.
Cependant, nous ne saurons jamais, sans le témoignage d’une personne à mobilité réduite ayant assisté à un des matchs, si ce qui était prévu pour les PMR l’était bel et bien.

N’hésitez donc pas à nous écrire !
A vous l’antenne !

Sarah Logan

Pages 22-23 – Témoignages

J’ai eu la chance d’appartenir au monde des entendants jusqu’à l’âge adulte. Je ne me doutais pas qu’un jour je glisserais lentement mais de manière profonde et irréversible dans celui qu’on appelle l’état de handicapé. Je suis devenue sourde, progressivement mais sûrement, après avoir vécu de manière insolente parmi les privilégiés de la culture: ceux qui vont au cinéma plus d’une fois par semaine, qui vont au concert de musique classique ou de variété, qui visitent toutes les «grandes expositions» et qui trouvent normal d’aller au théâtre chaque fois qu’une pièce les intéresse... […]
Tout doucement, depuis ce début du XXIème siècle, avec moult problèmes, notamment de subsides, j’ai vu s’ouvrir la culture habituellement qualifiée d’entendante aux personnes sourdes... Merci à la patience et à l’acharnement des responsables culturels qui ont lutté contre vents et marées. Je guette, ainsi que mes proches, toute occasion de suivre une pièce de théâtre sur-titrée. Pour moi, cela veut dire me retrouver dans une ambiance spécifique: des acteurs qui jonglent en direct pour nous ouvrir au rire, nous distraire, nous faire réfléchir en se mettant dans la peau de personnages... Le public entendant a droit à une introduction où on lui explique le sens de cet écran abaissé au centre de la scène et comprend qu’il y a des sourds qui ont envie de partager la vie culturelle. Le public est gentil et intéressé, voit une interprète qui traduit en langue des signes, en direct devant lui, cette introduction... Je me place à chaque fois bien au milieu des rangées pour avoir la vision la meilleure possible. Mes yeux doivent arriver à tout capter : le texte central avec couleurs différentes selon chaque acteur et puis les acteurs qui évoluent sur scène doivent rester dans mon champ de vision. Et je suis et comprends en temps réel la pièce qui se joue devant moi. Bien sûr, je vis et réagis en temps réel aussi, comme les entendants. Je ne dois plus jouer du coude pour demander à mon mari, absorbé dans le texte oral, de me faire une précision, si... j’ai bien compris. Je ne dois plus l’embêter à l’entracte ou après la pièce pour qu’il m’explique, me fier à un résumé de la pièce qui figure dans le programme où je vais aussi étudier d’avance le nom et le profil des personnages. Non, je profite de la pièce, de son contenu et de son jeu d’acteurs en direct. Comme tous les autres spectateurs et j’en tire beaucoup de plaisir… bien légitime. Et puis le théâtre, c’est une ambiance aussi : le décor, les discussions animées à l’entracte, une atmosphère. J’imagine même un écran tomber du ciel pour me permettre de suivre le texte des humoristes ou de la Revue, spectacles décrétés un peu vite «visuels». Pourquoi pas des interprétations en direct avec un interprète de chaque côté de la scène?
Francine Leblicq, personne devenue sourde

Voici ce que j’ai pu retirer de ma petite expérience de l’audio-description au théâtre en tant que personne aveugle totale. Auparavant, lorsque j’allais voir une pièce de théâtre, j’aimais toujours m’en faire une petite idée à l’avance. Je me faisais lire le programme pour en savoir plus sur la pièce, son auteur, les personnages, les comédiens. J’aimais avoir une explication des décors, des costumes, etc. J’étais toujours un peu anxieuse de savoir si j’allais pouvoir suivre. En effet, quand il y a beaucoup de personnages, il n’est pas toujours aisé de les situer et de les reconnaître d’emblée rien que par la voix. Au cours de la représentation, il y avait des moments où je me demandais ce qui se passait sur scène. Je n’osais pas trop demander à mon voisin, de peur de déranger. Parfois, des gestes ou des regards imperceptibles aux oreilles me faisaient rater quelque chose de signifiant. Une explication de mon voisin risquait de déranger d’autres spectateurs.
Mes quelques expériences récentes de spectacles avec audio-description m’ont véritablement ravies. Plus de souci, plus d’anxiété, plus de stress. A l’aide d’un casque audio très léger, je reçois avant la levée du rideau une présentation de la pièce, des personnages, une description du décor, des costumes, etc. Et pendant la représentation, juste ce qu’il faut d’explication pour ne rien perdre du sens de la pièce.
Pour moi, l’audio-description, si elle est bien faite, n’enlève rien à l’émotion esthétique ni au jeu des acteurs. Et si je dois résumer en quelques mots ce que représente pour moi l’audio-description, je dirais : le plaisir d’une certaine autonomie, le plaisir de ne pas dépendre d’explications aléatoires, le plaisir de pouvoir se laisser prendre par le spectacle.
Jeanne-Françoise Crahay

Témoignage de José Gerday, personne sourde
Musée : J’aimerais avoir accès aux visites guidées des musées mais cela nécessiterait la mise en place d’une interprétation en langue des signes qui soit de qualité. J’entends par là que des interprètes se spécialisent dans le domaine, qu’elles aient du temps de préparation… ce n’est actuellement pas le cas.
Cinéma : J’ai accès aux films lorsqu’ils sont en version originale sous-titrés en français, et j’en suis ravi ! Je vais beaucoup au cinéma. Dans la salle, je perçois également les sons par les vibrations que je ressens par le corps. Malheureusement, les films français ne sont sous-titrés que en néerlandais, les sourds francophones n’y ont donc pas accès, c’est regrettable. Il faut aussi soulever le problème des alarmes qui sont uniquement sonores, la sécurité des personnes sourdes n’est pas assurée en cas d’incendie ou d’accident.

D’autres témoignages sur l’accessibilité à la culture sont disponibles sur notre site Internet (www.gamah.be). Vous trouverez entre autres une vidéo en langue des signes.
Vous aussi, faites-nous part de vos témoignages. Que l’expérience soit positive ou non, une seule adresse : contact@gamah.be

Page 24 – Nos brèves

Prix des Musées
Depuis 3 ans, le Prix des Musées récompense des musées pour les initiatives accomplies tant au niveau des activités proposées, que de la diversité des collections et des moyens mis en oeuvre pour rendre le musée accessible à tous.
Cette année, c’est le Musée Félicien Rops qui remporte le prix du jury en Wallonie et les Musées Royaux des Beaux-Arts pour Bruxelles.
Le prix du public a été attribué au Musée du Malgré-Tout à Treignes et au Musée des instruments de musique à Bruxelles.
Félicitations à eux !
Plus d’info : www.prixdesmusees.be

En fauteuil roulant dans le trafic
L’IBSR vient de ré-éditer la brochure compilant les principales règles du code de la route applicables aux utilisateurs de fauteuil roulant. A lire et relire !
www.ibsr.be – tél. 02 244 15 11

Le Fonds Elia lance 2 appels à projets.
> Découverte et émerveillement. Vers de nouveaux loisirs pour tous.
Le Fonds soutiendra des projets proposant aux PMR de découvrir des loisirs touristiques, culturels ou sportifs originaux.
> Réalisation d’une banque de données
Le Fonds souhaite favoriser la création d’une banque de données Internet globale sur les loisirs adaptés.
Date limite d’introduction des dossiers : 20/06/2008
Infos : www.kbs-frb.be – tél. : 070 23 30 65 – proj@kbs-frb.be

Semaine de la Mobilité 2008
Comme tous les ans, la Semaine de la Mobilité aura lieu du 16 au 22 septembre.
Les activités se dérouleront autour du thème « De l’air pur pour nos villes ». Dans ce cadre, plusieurs villes proposeront une journée sans voiture le dimanche 22 septembre.

Editeur responsable :
Gamah asbl - Christian Baeke
Rue Piret Pauchet, 10 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 · Fax : 081 24 19 50 · www.gamah.be contact@gamah.be · TVA BE0420.947.831
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinatrice : Anne-Sophie Marchal
Mise en page : Nicolas Huc – www.nlsh.be
Illustrations : Michaël Walravens – http://macravens.skynetblogs.be – 0476 30 32 69
Ont collaboré à la conception et rédaction de ce numéro : Sarah Logan, Vincent Snoeck, Nathalie Sparenberg.

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