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Aires Libres n°12 – Décembre 2012

Par pbar Dernière modification 13/05/2013 14:04

Version texte en continu, sans mise en page

Page 3 – Edito
Pages 4 à 6 – Reportage en images : Le vote accessible à Namur
Pages 7 à 14 – Dossier : Vieillir, comme gouverner, c’est prévoir
Page 15 – Entretien : Bertrand Ippersiel (ICEDD) : L’avenir des villes est multigénérationnel
Page 16 et 17 – Entretien : Pierre-Marie Chapon (ICADE) : Pour une vision prospective du « comment vieillir »
Pages 18 à 21 – La pétanque et la boccia
Pages 22 et 23 – Tout s’explique : La zone de préhension

Éditeur responsable :
Gamah asbl – Vincent Snoeck
Rue de la Pépinière, 23 à 5000 Namur
Tél. : 081 24 19 37 – Fax : 081 24 19 50
www.gamah.be – contact@gamah.be
Paraît tous les 6 mois
Bureau de dépôt : 6099 Charleroi X
Coordinateurs : Anne-Sophie Marchal et Patrick Bartholomé
Mise en page : Knok Design – www.knok.be
Illustrations : Michaël Walravens
http://macravens.skynetblogs.be 0476 30 32 69
Ont collaboré à la conception et la rédaction de ce numéro : Marie-Ange Vandecandelaere, Patrick Bartholomé, Chantal Moëns, Anne-Sophie Marchal, Sarah Logan, Thomas Deremince, Vincent Snoeck.

Page 3 Edito

 

 « Quand je serai vieux, je serai insupportable… » 


Je serai insupportable car, d’abord, je ne serai jamais vieux. Je n’accepterai pas que les jeunes qui restent me cataloguent de la sorte. Jamais je ne voudrai être écarté de ma vie, ni perdre mon autonomie. Qu’il soit le 3e, le 4e ou même le 5e, mon âge ne sera pas un problème.
La vie restera toujours devant moi.
D’ailleurs, regardez ceux dont le métier est de prévoir, ont-ils l’air de se tracasser ? Alors, que se passe-t-il ? D’où vient l’urgence ? Le vieillissement de la population vous est présenté dans ce numéro comme un fabuleux enjeu de société. Environnement, mobilité, accessibilité sont mis en perspective avec la cause des aînés. Ces derniers sont en train de transformer la réalité et par là même le concept du vieillissement.
Le babyboom est devenu le papyboom, c’est la fête quoi !

Vincent Snoeck
Directeur

Pages 4 à 6 – Reportage en images : Le vote accessible à Namur


Le vote accessible à Namur

Rendre les élections accessibles à tous ne consiste pas seulement à mettre en place des rampes d’accès aux bureaux de vote. La ville de Namur l’a bien compris et propose un accueil exemplaire des personnes à mobilité réduite (PMR). Ces multiples bonnes pratiques sont le fruit d’une collaboration entre différents services de la Ville (élections, voirie, bâtiment et mobilité) et le Collectif Accessibilité de Namur.
Pour ces dernières élections, la grande majorité des bureaux de vote était accessible aux PMR. Ne reste plus qu’à transmettre l’envie à d’autres communes d’agir de la sorte…

Marie-Ange Vandecandelaere et Thomas Deremince

Renseignements : Ville de Namur | Service Mobilité (coordination accessibilité Elections) | Hôtel de Ville | 5000 Namur
Pascale Derhet | 081/24 60 87 | pascale.derhet@ville.namur.be
Collectif Accessibilité Namur | Rue des Tanneries, 55 | 5000 Namur
Samuel Vandenbrande | 081/24 48 16 | collectifaccessibilitenamur@gmail.com

Légendes des photos :

1.
Les agents électoraux communaux arborent un gilet fluo qui les rend facilement identifiables. Ils sont disponibles pour le public afin d’apporter une aide éventuelle. Ils ont bénéficié, au préalable, d’une sensibilisation à l’accueil des personnes handicapées.

2 et 3.
Dès l’entrée, un document renseigne sur les facilités mises en place sur le site en faveur de l’accueil des PMR.

4 et 5.
Des panneaux indiquant les emplacements réservés aux PMR sont présents depuis la voirie.

6.
Les emplacements de stationnement réservés sont placés à proximité immédiate des bureaux de vote.

7.
Si l’entrée n’est pas de plain-pied, des plans inclinés amovibles permettent l’accès aux bureaux de vote. Cependant, leur pente nécessite parfois un coup de main.

8.
Des sièges sont répartis dans les zones d’attente afin de pouvoir s’y reposer, tout en conservant sa place dans la  file.

9.
Un isoloir adapté est présent dans chaque bureau de vote. Sa taille, plus large et plus profonde, et sa tablette abaissée permettent son utilisation par les personnes en chaise roulante.

10.
Une loupe est disponible dans chaque bureau de vote afin d’aider les personnes malvoyantes ou bien encore les personnes distraites ayant oublié leurs lunettes de lecture.

Pages 7 à 14 – Dossier : Vieillir, comme gouverner, c’est prévoir


Le vieillissement de la population – notre vieillissement – est-il une réalité ou un cliché colporté par les médias ? Dans une société qui comptera toujours plus de seniors, sommes-nous vraiment sous la menace de cette « bombe financière et sociale » que représentent la dépendance, le coût des soins de santé et les questions économiques liées à l’accueil des aînés et à leurs retraites ? Nombreux sont les chercheurs qui étudient et débattent de ces questions. Nous en abordons quelques-unes dans ce dossier. Il en ressort surtout que « bien vieillir » est quelque chose qui s’anticipe, en tant qu’individu ou au niveau de la société, afin de préparer le meilleur avenir possible pour tous.

« L’Europe ridée » : cette formule provocatrice est née de l’imaginaire de Gérard-François Dumont, géographe, économiste et démographe français, spécialiste des questions de vieillissement. Au-delà de la formule, l’image recouvre une réalité mesurable : la population vieillit effectivement. Depuis le début des années 70, la fécondité est en recul et n'assure plus le remplacement des générations précédentes.
La part de la population jeune dans la population totale se réduit : de 23,48% en 1960, elle a dégringolé à 18,10% en 1990 pour poursuivre sa descente jusque 16,85% en 2008. Elle semble maintenant se stabiliser autour de ce niveau (source : http ://perspective.usherbrooke.ca). D’autre part, la durée de vie s'est allongée : si l'espérance de vie avoisinait 45 ans en 1900, elle atteignait 66 ans en 1950 et 78 ans en 1998. En 2010, elle a quasiment atteint 80 ans et pourrait se hisser à 85 ans en 2050. La pyramide des âges se présente donc comme rétrécie à la base en s'élargissant en son sommet.
Voilà pour les faits. Mais qu’en est-il de notre perception de la vieillesse ? Il semble qu’elle n’évolue plus : une approche fataliste et maussade, aujourd'hui figée, a été adoptée dès le début du XXe siècle. La vieillesse a été associée aux idées de dépendance, de perte d'autonomie, de maladie et de handicap. Des chercheurs comme Robert Butler parlent « d’âgisme envers les aînés » pour décrire un processus social par lequel des personnes sont stéréotypées et discriminées en raison de leur âge, attitude proche du racisme et du sexisme. Nos sociétés occidentales adoptent en effet des comportements dévalorisant les personnes du fait de leur âge alors que la jeunesse, son apparence, ses valeurs, sa culture, sont portés aux nues.

« Vieux » : une notion relative

Le vieillissement démographique est une certitude mais la vieillesse reste toute relative. Le « vieux » des années 50 ne ressemble en rien à celui de 2010. Dans notre société, les progrès sociaux, techniques et médicaux permettent d'accumuler des années supplémentaires dans de bonnes conditions. L'âge d'entrée dans la vieillesse recule donc tandis que le vieillissement démographique poursuit son ascension. Un nom a été donné à ce phénomène présent dans de nombreux pays : la « révolution grise ». Ce changement fondamental reste pourtant silencieux et peu pris en compte. Car la population vieillit en douceur. Le fait est admis tacitement et jusqu’à présent, il n’interpelle souvent que pour la question du paiement des pensions. Discrets dans l’arène politique en tant que groupe social, les aînés ne constituent pas (ou pas encore…) des partis, n’organisent pas de manifestations pour exiger qu’on prenne en compte leurs attentes. Pourtant, « le défi majeur pour notre avenir est moins celui de la dépendance que celui du vieillissement de la population », concluait un groupe de travail intitulé « Société et vieillissement », constitué en France dans le cadre d'un débat national sur la dépendance (voir références complètes en fin d’article).

Vieillissement n’est pas synonyme de dépendance

Une population qui vieillit est actuellement perçue au niveau politique comme source de trois problèmes : la dépendance, la santé et les questions économiques (manque de places dans les maisons de repos et dans les hôpitaux, coûts élevés des pensions et des soins de santé…). Les actions mises sur pied cherchent donc à pallier les déficiences liées à l’âge. Or le vieillissement n’entraîne pas systématiquement des pertes : les chercheurs s’accordent pour constater que le déclin de l’autonomie ne concerne qu’une minorité de personnes très âgées. Et souvent il ne résulte que de l'inadéquation entre les capacités de l'individu âgé et son environnement. Une large fraction des citoyens à cheveux blancs reste donc autonome.

Bien vieillir se prépare

Ces constats amènent à une conclusion évidente : il est plus intéressant d’axer les mesures d’accompagnement autour du « bien vieillir », c’est-à-dire préparer, pour tous, le meilleur avenir possible. Par exemple en permettant aux aînés de rester aussi longtemps que possible en bonne santé, actifs et autonomes. La perte d’autonomie est plus souvent évolutive que brutale et elle peut être freinée, voire évitée, moyennant des actions médicales, techniques, humaines mais aussi environnementales. Dans cette optique, vieillir n’est plus appréhendé comme porter un fardeau de plus mais poursuivre le cours de sa vie. Cette attitude se perçoit dans la volonté de nombreux seniors : la plupart rechignent à changer leurs habitudes, à être à la charge de quelqu’un et à suivre un rythme qu’ils n’ont pas choisi. Qui n’a pas entendu un aïeul assurer sans ciller que « les maisons de repos, c’est pour les vieux ! ». Et bien souvent, ils ont raison : leur niveau d’autonomie n’exige pas d’encadrement particulier.

Hors texte
« Attendre que la personne soit dépendante pour lui donner une aide, c'est plus chercher à compenser des pertes que tenter de conserver les capacités de la personne » Serge Clément 
Fin du hors texte

Reprise du texte principal :

Cohérence insuffisante des politiques d’accompagnement

Maintenir la personne vieillissante dans son habitat, son quartier, ses habitudes et son réseau social n'implique pas seulement d’organiser des soins mais également de prendre en compte le logement et l'environnement. Il s'agit d'accompagner la personne qui avance en âge dans ses évolutions probables et de les planifier dans son cadre de vie. Il faut pour cela travailler conjointement dans divers domaines : le logement, l'environnement, l'accès aux biens et services, les transports, la culture, les aides humaines… En Belgique, ces secteurs relèvent de la compétence de différents niveaux de pouvoir (fédéraux, communautaires et régionaux) dont les politiques ne sont pas assez coordonnées pour apporter une réponse globale. Croiser les regards et les compétences est indispensable. « Penser les personnes âgées comme intégrées dans leurs milieux (et notamment le milieu local) exige une conception de l'aménagement du territoire qui n'isole pas les problématiques qui les concernent, mais qui au contraire intègre dans toutes les politiques leur présence, leurs spécificités et leurs besoins », note Philippe Tizon, chercheur à l’Université de Pau.

Des quartiers « amis des aînés »

Vieillir dans des conditions qui favorisent l’autonomie, le bien-être et la participation implique de prendre en compte l’environnement et les infrastructures où les aînés évoluent : logement, espaces extérieurs et transport. Et il faut assurer l’articulation entre ces trois espaces indiscutablement liés. Pour résumer de façon simpliste, il s’agit d’éliminer les obstacles, réels ou ressentis, en créant des milieux favorables. Dans leur rapport, Annick Morel & Olivier Veber affirment : « Comme le handicap, la perte d’autonomie des personnes âgées, dont l’origine est imputable à une déficience ou à une polypathologie, s’inscrit dans une dynamique entre la personne et son environnement humain et matériel qui peut accroître ou au contraire réduire/compenser les incapacités. La prévention de la perte d’autonomie est donc médicale et/ou sociale voire "environnementale". Dans tous les cas, elle nécessite que soit envisagée l’interaction entre ces différentes dimensions ».

Vieillir à l’endroit de son choix

Outre le placement en maison de repos, deux choix s’offrent généralement aux aînés : rester dans leur logement en l’adaptant ou emménager dans une habitation plus appropriée. L’enjeu pour la collectivité est de leur garantir ce choix. Or l’offre actuelle de logements suffisamment adaptés ne permet pas de répondre, en nombre et en qualité, à ces besoins. Pourtant l’aménagement des habitations existantes retarde ou limite la perte d’autonomie des personnes âgées. C’est donc un des facteurs déterminants dans la prévention des risques et un levier décisif pour permettre le « bien vieillir ». Dans les prochaines années, la production de logements neufs ne permettra pas de faire face à l’ensemble des demandes liées à l’évolution démographique. Il faudra donc également mettre l’accent sur la réhabilitation. Dès à présent, la conception ou la rénovation de logements doit permettre aux différents types d’usagers d’y vivre le plus longtemps possible, tout en gardant ces logements attractifs pour tous. Ces habitations doivent être conçues à la base pour satisfaire les besoins du plus grand nombre et pouvoir évoluer selon les exigences spécifiques des personnes vieillissantes. Pour Muriel Boulmier, experte en logement et auteure de plusieurs rapports sur les questions de dépendance, il faut « placer le curseur de telle manière que les adaptations permettent d’accompagner le vieillissement le plus longtemps possible (jusqu’au plus haut degré de dépendance possible), mais tout en convenant à un public qui vieillit longtemps autonome ».
Les logements adaptables rencontrent parfaitement ces attentes. Il s’agit d’habitations dont l’accès est aisé pour tous, depuis les abords jusqu’aux pièces principales de l’habitation (cuisine, séjour, chambre, salle de bains et toilettes). Ses équipements sont aisément utilisables par les personnes âgées et apportent un confort d’usage supplémentaire pour les autres occupants. Enfin, ces logements sont conçus pour pouvoir être transformés aisément, grâce à des travaux simples et peu coûteux, pour répondre aux besoins spécifiques d’un occupant dont la mobilité se réduit.

Note de bas de page : Dans son numéro 4 (disponible sur www.gamah.be/aires-libres), Aires Libres détaillait ce concept de logement adaptable. Les informations techniques sont développées dans le « Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable » téléchargeable à l’adresse www.cawab.be/pdf/guide_aide_conception_logement_adaptable.pdf.

Reprise du texte principal

Vieillir dans un environnement favorable

Un milieu favorable joue un rôle capital dans le maintien à domicile. En effet, les personnes qui avancent en âge souhaitent rester le plus longtemps possible dans leur habitation surtout pour ne pas vivre le vieillissement comme une rupture, un arrachement à leur cadre de vie. Ainsi, adapter l’environnement extérieur est tout aussi essentiel qu’aménager le logement. Un environnement de qualité est donc un élément déterminant pour vieillir en restant actif et conserver sa vie sociale. Des espaces verts de qualité, des trottoirs sécurisés, des bancs, des toilettes publiques… sont autant de facteurs qui favorisent les déplacements quotidiens des seniors. Si bénéficier d’espaces publics accessibles est un prérequis essentiel pour se déplacer, ce n’est pourtant pas suffisant. Certains éléments clés peuvent inciter les personnes vieillissantes à circuler dans le quartier, dans la ville, comme les commerces et services de proximité : épicerie, boulangerie, boucherie, poste, salon de coiffure, librairie, banque, etc. Ainsi que les sites culturels : musée, cinéma, église, salle d’exposition… Combinés à une accessibilité satisfaisante, il ne manque plus à ces points d’attraction qu’une offre correcte de transport en commun pour que les aînés puissent tous investir sans contrainte l’espace public.

Encadré :
Chris Paulis, anthropologue, à propos de la société multigénérationnelle
Docteur en anthropologie à l'Université de Liège, Chris Paulis intervenait en novembre dernier au colloque « Le vieillissement de la personne handicapée » lors du forum Handicom. Selon elle, « les grands-parents représentent aujourd’hui près de 50 % de l’espace de temps-vie : on a des grands-parents qui ont eux-mêmes des enfants en même temps que leurs enfants ont leurs premiers. De plus, quatre générations vivent ensemble désormais. La société multigénérationnelle incite ou invite les personnes vieillissantes à rester actives : voyager, consommer, bouger son corps ou sa tête (créer, apprendre…). Une vieillesse inactive est considérée comme un mal vieillir. Or les PMR n’ont pas accès aussi aisément, une fois la retraite venue, à toutes ces invitations. Donc les PMR sont stigmatisées doublement car à leur handicap de départ s’ajoutent d’autres difficultés liées au vieillissement. Le handicap devient un obstacle au vieillissement actif « normal » selon la norme actuelle. Les personnes plus difficilement mobiles sont perçues comme faibles et fragiles. Et dans les représentations sociales, la faiblesse est aussi associée à une faiblesse de caractère. Avec le risque que l’estime de soi d’une PMR vieillissante diminue plus rapidement surtout dans une société identitaire, c’est-à-dire qui fait grand cas de l’individu, pétrie de jeunisme et d’injonctions au bien-être. »
Fin de l’encadré

Reprise du texte principal

Vieillir en conservant sa mobilité

De nombreuses études démontrent que la mobilité décroît avec l’âge, mais il est intéressant de pointer l’analyse de Serge Clément et de ses co-auteurs selon qui « les personnes de plus de 65 ans sont toutefois aussi mobiles que les autres catégories d’âge si l’on élimine les déplacements liés à l’activité scolaire ou professionnelle ». C’est à partir de 80 ans seulement que la mobilité chute significativement. Et en attendant, comment se déplacent les aînés ? Parmi leurs moyens de déplacements privilégiés l’auto est utilisée de plus en plus longtemps, surtout pour les personnes résidant en banlieue ou dans des villages. Cela dit, une part non négligeable des seniors décide de ne plus conduire. Il faut alors veiller à ce que leur « démotorisation » ne provoque pas un isolement d’autant plus que les aînés de demain, avec leur espérance de vie accrue, vivront plus d’années de mobilité sans voiture ! Pouvoir utiliser les transports en commun de façon autonome est important pour vieillir en restant actif. Mais ces moyens de transport doivent présenter plusieurs caractéristiques pour que les aînés les utilisent aisément : ils doivent avant tout être disponibles à proximité de leur habitation ; l’offre doit être fi able et suffisamment variée tant en termes de fréquence que de destinations ; le matériel roulant et les arrêts doivent être accessibles. Car monter et descendre des marches, rester debout dans un véhicule en mouvement, attendre debout… est peu confortable pour de nombreux aînés (et peu agréable pour n’importe quel usager !). Enfin les personnes âgées, qui connaissent souvent des difficultés pour changer de position et des problèmes d’équilibre, apprécieront que les chauffeurs adoptent un style de conduite fluide et qu’ils soient sensibilisés à leurs difficultés. Les lignes de transport régulières ne pourront certainement pas combler toutes les attentes à ces égards, particulièrement dans des contextes plus ruraux. C’est pourquoi il est important de continuer à développer le transport à la demande pour les personnes plus âgées.

Circuler mieux pour vivre mieux

La mobilité physique des aînés est étroitement liée aux caractéristiques de leur cadre de vie. Ne pas pouvoir circuler de manière autonome a souvent « des conséquences majeures sur la personne âgée : isolement social, détérioration de l’état de santé, perte d’autonomie et éventuellement, d’importantes charges pour la société », constate Paula Negron-Poblette dans la revue VertigO. Les formes urbaines, les territoires où vivront les aînés de demain, ne doivent pas créer de situations d’exclusion envers les populations à mobilité réduite, que cela soit dû à leur âge ou à tout autre facteur. Au contraire, ils doivent leur assurer une pleine participation à la vie sociale et sociétale. En évoluant dans des territoires dans lesquels ces trois grands aspects (logement, espaces extérieurs, transport) auront été pris en compte, les aînés verront à coup sûr leur qualité de vie grandement améliorée. Il ne s’agit pas pour autant d’éliminer les services d’aide (assistance à domicile, soutien des aidants proches…) qui resteront indispensables pour les seniors.

Pour un nouveau socle de politiques publiques

Pour offrir aux personnes vieillissantes de demain des logements adaptables, situés dans des environnements favorables et bien desservis par les transports en commun, c’est dès aujourd’hui que des politiques publiques transversales – tant au niveau fédéral, régional que local – doivent être mises en place. Face à cette évolution démographique, les politiques publiques ne doivent donc pas uniquement se concentrer sur l’hébergement et le paiement des pensions. Dans leur étude, Pierre-Marie Chapon et Florent Renard insistent sur la nécessité de « développer une réflexion sur la notion d’habitat qui suppose l’intégration de l’environnement du logement ». Le vieillissement de la population, même s’il apporte un lot de contraintes inédites, peut être considéré comme une chance. L’assumer, c’est nous obliger à réfléchir à un nouveau socle des politiques publiques en matière de transport, d’urbanisme, de logement et de prévention. Néanmoins, le monde politique n’est pas le seul à pouvoir intervenir afin d’assurer une vieillesse agréable à tous. Il est évident que les concepteurs et planificateurs d’espaces et de bâtiments doivent repenser leurs pratiques en intégrant ce nouveau défi.
De plus, chacun, nous pouvons agir. Tout d’abord, en considérant les aînés comme des individus ayant toujours une place dans la société. Même s’ils ne travaillent plus, ils jouent un rôle prépondérant à différents niveaux sociaux. Ce sont des acteurs tant de la vie économique que sociale, culturelle et politique.
Enfin, nous pouvons tous adopter dès maintenant des comportements préventifs qui nous permettront, à nous aînés de demain, de bien vieillir. Pour cela, tout au long de notre vie, choisissons mieux notre habitat, familiarisons-nous avec les transports en commun, développons notre réseau social, entretenons notre santé, etc.
Changeons donc de point de vue en appréhendant l’allongement de la durée de vie sous une perspective réjouissante. Comme le dit Jacques Salomé : « Vieillir ensemble, ce n’est pas ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années ».

Marie-Ange Vandecandelaere & Anne-Sophie Marchal

Encadré 1

À lire aussi sur www.gamah.be

> Le conseil accessible sur les arrêts de bus (disponible sur www.gamah.be, onglet documentation/conseils-accessibles/transport)
> Le concept de logement adaptable, détaillé dans le numéro 4 d’Aires Libres (disponible sur www.gamah.be/ aires-libres)
À télécharger sur www.cawab.be
> Le « Guide d’aide à la conception d’un logement adaptable »
Fin de l’encadré 1

Encadré 2

Références

> L’adaptation de l’habitat à l’évolution démographique : un chantier d’avenir, Muriel Boulmier, p. 31
> Prise en compte du vieillissement dans les documents d’urbanisme et de planification – Une nécessaire classification des territoires, Pierre-Marie Chapon, Laurent Renard, In Etudes foncières n°141, septembre octobre 2009
> Usages, normes, autonomie : analyse critique de la bibliographie concernant le vieillissement de la population, Serge Clément, Christine Rolland, Christine Thoer-Fabre, Université Toulouse Le Mirail & CIRUS-CIEU, Février 2005, pp. 8, 32 et 43
> Société et vieillissement Rapport du groupe n°1 sur la prise en charge de la dépendance, Annick Morel & Olivier Veber, France, Ministère des solidarités et de la cohésion sociale, p. 17
> Arrimer les compétences individuelles des personnes âgées et l’accessibilité des territoires de banlieue pour une mobilité durable, Paula Negron-Poblette, VertigO – la revue électronique des sciences de l’environnement, Hors-série 11, mai 2012
> Si je m’écoutais, je m’entendrais, Jacques Salomé
> Vieillissement : santé et société – Défis et perspectives, Philippe Tizon, Université de Pau et des Pays de l'Adour, 2005, p. 15
Fin de l’encadré 2

Encadré 3

Année Européenne du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle 2012

Depuis quasi 30 ans, l'Union européenne choisit chaque année un thème d'action. L'objectif est d'interpeller les gouvernements sur le sujet et de sensibiliser un public le plus large possible pour faire évoluer leurs représentations et actions. 2012 a été proclamée « année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations ». Le vieillissement actif est dé fi ni par l'OMS comme « un processus qui consiste à optimiser les possibilités de vie en bonne santé, de participation et de sécurité afin d'accroître la qualité de vie pendant la vieillesse. Il permet aux personnes d'atteindre leur potentiel de bien-être tout au long de leur vie et de participer à la société selon leurs besoins, désirs et capacités, tout en leur fournissant la protection, la sécurité et le soutien dont elles ont besoin. » Des initiatives ont ainsi été menées durant toute l'année par les Etats membres, les collectivités régionales et locales, des organisations, des entreprises... afin de favoriser la participation des seniors dans notre société sans qu'ils soient victimes de discrimination. En Belgique, de nombreuses actions ont été développées (par exemple, des conférences, des campagnes de prévention, des rencontres intergénérationnelles...).
Plus d'info : www.beactive2012.be/fr http ://europa.eu/ey2012/ey2012.jsp ?langId=fr
Fin de l’encadré 3

Encadré 4

VILLES-AMIES DES AÎNÉS

Fin juin 2012, l'OMS lançait le « réseau mondial des Villes-amies des aînés ». Consciente que le vieillissement de la population est une réalité dans de nombreux pays, l'OMS a souhaité créer une plate-forme pour « aider les villes à créer des environnements urbains qui permettent aux personnes âgées de rester actives et de continuer à participer, en gardant une bonne santé, à la vie sociale. » L'OMS n'a cependant pas attendu 2010 pour travailler sur le sujet. En effet, dès 2006, les éléments essentiels d'un milieu favorable au vieillissement actif ont été recensés grâce à la mise en place de groupes de discussion à travers le monde. L'idée était de réaliser un tableau complet des mesures bénéfiques pour les seniors dans les villes. Les résultats de ce travail ont été publiés dans le « Guide mondial des villes-amies des aînés ». Huit thèmes y sont déclinés : les espaces extérieurs et les bâtiments, les transports, le logement, la participation au tissu social, le respect et l'inclusion sociale, la participation citoyenne et l'emploi, la communication et l'information, le soutien communautaire et les services de santé extra-hospitaliers. En Belgique, la ville de Bruxelles a obtenu le label « Ville amie des aînés ». En Wallonie, dans le cadre de l'année européenne du vieillissement actif et de la solidarité entre les générations, le concept de « commune/ville/ région amie des aînés » a été lancé. Un appel à projets a d'ailleurs rencontré un vif succès en début d'année.

Plus d'info :
www.who.int/ageing/projects/age_friendly_cities_ network/fr/index.html
http ://gouvernement.wallonie.be/vieillir-en-restant-actif-communeviller-gion-amie-des-n-s-liste-desprojets-retenus
Fin de l’encadré 4

 

Page 15 – Entretien : Bertrand Ippersiel (ICEDD) : L’avenir des villes est multigénérationnel

Rencontre avec Bertrand Ippersiel (ICEDD), spécialiste de l’aménagement urbain, responsable de projets à l’ICEDD, membre de la Chambre des Urbanistes de Belgique. Il évoque les défis que le vieillissement des populations et l’augmentation démographique lancent aux politiques du logement.

Entretien réalisé par Patrick Bartholomé

Existe-t-il une « façon d’habiter » propre à la Wallonie ?

Le Wallon est très peu mobile dans son logement. C’est lié à la fiscalité, au fait que nous sommes très nombreux à être propriétaires, et que nous habitons des logements de grande superficie : 105 m2 habitables par logement, chiffre toutefois en constante diminution depuis 15 ans. Ces logements sont de moins en moins bien adaptés à l’évolution actuelle des familles (population vieillissante, famille monoparentale, recomposée, etc.). Mais ce problème est aussi une opportunité si l’on développe des politiques d’habitat qui favorisent la cohabitation intergénérationnelle, une piste qui peut aider les politiques d’aménagement du territoire à répondre au dé fi démographique à venir.

Pourquoi et comment organiser cette cohabitation intergénérationnelle ?

Ses avantages sociaux sont les réseaux de solidarité entre les gens. Lors des opérations de rénovation urbaine, il faut veiller à ne pas casser ces relations, saisir cette occasion pour développer des projets qui répondent à l'évolution des besoins de la population. Il faut rendre possible l’organisation de la mixité intergénérationnelle.

Quels sont les défis du vieillissement dans le domaine qui vous occupe ?

Il existe un défi quantitatif : il faut un logement pour tout le monde dans un contexte d’augmentation démographique due au vieillissement et à la migration intra-européenne. Ensuite un aspect qualitatif : comment faire pour accéder à des services qui ne sont pas de proximité immédiate, comme la Poste, l’hôpital… On peut l’envisager de façon centralisée (construction de maisons de repos) ou décentralisée (services aux personnes). Pour l’instant la logique est centralisatrice. Cela devient d’ailleurs un marché : de gros opérateurs montent des projets dans une logique économique, pour laquelle il faut une masse critique. Mais pourtant cela a-t-il du sens d’implanter une maison de repos en plein champ ? On ne fait jamais le décompte des externalités positives que génère une maison de repos implantée en milieu urbain. Ce qui nous amène au dernier aspect : la mobilité. Elle est liée au concept de « territoires centraux » qui est actuellement en débat : ce sont les centres-villes, les quartiers, les villages où les personnes, quelles que soient leurs limites en mobilité, peuvent accéder à pied à des services de base et de consommation courante. Cela implique une organisation de l’espace public où le piéton devient prioritaire. Pour les territoires plus éloignés se pose la question de la mobilité et de la façon de repenser les transports publics. Faut-il développer un principe d’égalité, où tout le monde a droit aux mêmes services, ou un principe d’équité : chaque territoire doit pouvoir être mis en œuvre selon son plus haut potentiel. Cela signifie notamment de s’orienter vers un système plus hiérarchisé, avec de grandes lignes de bus de haute fréquence et par ailleurs des services complémentaires pour les zones plus diffuses, avec des logiques de rabattement (taxi social). C’est une question évidemment politique…

Page 16 et 17 – Entretien : Pierre-Marie Chapon (ICADE) : Pour une vision prospective du « comment vieillir »

Pierre-Marie Chapon, directeur de la recherche de l’ICADE, une société française de promotion de bureaux, habitations, centres commerciaux et aménagements urbains, perçoit un réel changement de perspective, plutôt encourageant, dans les politiques d’aménagement urbain en faveur des aînés. Mais l’urgence du changement reste de mise.

Entretien réalisé par Patrick Bartholomé

L’ICADE est une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui elle-même est active dans le financement des équipements collectifs. Vous travaillez spécifiquement sur les questions de vieillissement. Comment expliquer l’intérêt de votre entreprise pour ce thème ?

Nous sommes impliqués parce que nous travaillons beaucoup avec les pouvoirs publics. En tant qu’entreprise à actionnariat public, nous nous devons non seulement de respecter les normes (la « loi handicap » de 2005 par exemple), mais aussi d’être un modèle d’inspiration en différentes matières telles que le développement durable ou le vieillissement. Comme chercheur à l'Université Lyon 3, je contribue aussi régulièrement à des rapports sur la question, pour le compte du gouvernement.

Votre article « Prise en compte du vieillissement dans les documents d’urbanisme et de planification » décrit une sorte d’idéal théorique. Comment cet idéal se confronte-t-il aux lois du marché, à l’explosion des prix du foncier, à la crise du logement ? Peut-il les influencer ?

Oui ! On assiste véritablement à un changement de paradigme. À Rennes par exemple, on met en action l’ensemble des pratiques recommandées dans l’article en question. Les responsables ont considéré que tenir compte du vieillissement relevait également du développement durable et ils ont travaillé sur les plans locaux d’urbanisme en reprenant notamment le concept « d’environnement géographique favorable » (EGF). Ils ont réalisé des sondages pour définir ces EGF à 200 m de rayon autour du logement et les ont cartographiés à l’échelle de l’agglomération. À partir de là, ils ont exigé des promoteurs qu’ils réalisent dans ces zones au minimum 20 % de logements adaptés aux besoins des personnes âgées.
Autre exemple concret : le Département du Rhône a mis en place une charte : « Rhône + vivre chez soi » (à lire sur http://bit.ly/SvpNvE). Elle engage les promoteurs et bailleurs sociaux à réaliser 20 % de logements adaptés dans les programmes neufs, sous réserve qu’ils soient effectivement implantés dans des EGF. Il n’y a pas d’obligation légale mais c’est très incitatif. Ça permet de faire bouger les choses. Concrètement, avant 2010, on n’avait quasiment pas de logements adaptés dans le Rhône, aujourd’hui 400 sont en construction.

Qu’est-ce qui peut aider à mettre ces questions à l’agenda politique ?

Au début vous parlez dans le désert, les gens ne comprennent même pas de quoi il s’agit (« logement adapté ? ») et puis il arrive un moment, à force de faire des rapports qui finissent sur des étagères, où un déclic a lieu. Notre nouvelle ministre a compris l’importance d’avoir du logement adapté, ou mieux du logement universel, ce qui est notre objectif. Il y a urgence car en France seulement 6 % du parc de logements est adapté aux besoins des personnes âgées… 

Cette nécessité de concevoir des environnements adaptés, est-ce une mauvaise nouvelle, c’est-à-dire des surcoûts, ou une occasion de développements économiques supplémentaires ?

Le vieillissement a toujours fait peur aux démographes, on a toujours parlé du « péril vieux », on se heurte à un certain âgisme (un « racisme anti-vieux »), alors que les aînés sont de grands consommateurs. La construction de logements adaptés va mettre en place tout un cycle industriel, créer de la richesse, faire vivre les entreprises qui vont équiper tous ces logements.
Quelles sont les étapes à venir d’une planification urbaine et du logement qui tienne compte du vieillissement ?
Travailler sur l’urbain nécessite énormément de temps : 10, 20, 30 ans au minimum. Il faut des démarches en phase avec le développement durable, des logiques de centralité des quartiers et aussi du péri-urbain. Car tous les gens qui ont acheté leur pavillon en périphérie dans les années 60 ne voudront pas revenir en centre-ville. Le gros défi sera de susciter de la centralité dans le péri-urbain, de recréer du logement adapté/adaptable dans les petits centres qui existent déjà. II faudra les renforcer par exemple en créant des maisons médicales. Or on a déjà un gros problème de démographie médicale en France, en milieu rural et en banlieues…
On assiste, surtout dans le Midi, à l’éclosion de villages pour séniors, des lotissements fermés accueillant des jeunes retraités actifs, en périphérie des villes, loin des transports. Le problème se posera, d’ici 15 ans, quand cette population va nécessiter des soins et des services alors que l’offre publique n’est pas disponible dans ces endroits. Ce sont des risques pour les collectivités qui laissent s’implanter de tels projets, ce n’est pas assez réglementé. Je préconise une vision prospective qui tienne compte de la façon dont vont vieillir ces habitants. A minima il faut qu’on effectue une étude pour s’assurer qu’on pourra offrir aux personnes une qualité de vie correcte. Également informer les gens, agir en prévention – les gens ont du mal à anticiper : personne n’a envie de se voir vieillir… Mais on est face à une politique à court terme, de marketing électoral, de coupage de ruban… C’est beaucoup plus difficile d’organiser une politique socio-économique sur le long terme que de donner un terrain à un promoteur en lui demandant d’y faire quelque chose en un an…

Encadré :

À lire : le rapport « Vivre chez soi » La problématique du vieillissement abordé notamment sous l'angle de la mobilité, du logement adaptable, des aménagements urbains...
Ce rapport, auquel Pierre-Marie Chapon a contribué, a été présenté en 2010 à Nora Berra, Secrétaire d'État française en charge des Aînés. http://bit.ly/TrdLBT.

Pierre-Marie Chapon est docteur en géographie, directeur de la recherche au sein de l’ICADE. C’est un spécialiste de la question des enjeux territoriaux face au vieillissement. Il a été nommé en 2012 référent pour la France par l'Organisation mondiale de la santé pour le programme « Villes et communautés amies des aînés ». Son blog : www.inventerdemain.fr
Fin de l’encadré

 

Pages 18 à 21 – La pétanque et la boccia

Tout le monde connaît le jeu de pétanque. Mais saviez-vous qu'il s'agit de l'adaptation du jeu de boules ? En effet, à l'origine, le jeu se pratiquait sur un terrain de 10 à 15 mètres de long. Le joueur, avant de lancer sa boule, devait prendre son élan et réaliser 3 sauts. Autant dire qu'il fallait être en bonne santé pour pratiquer ce sport.

En 1907, Jules Hugues, champion de la discipline, se voit contraint d'abandonner son loisir favori en raison des rhumatismes qui l'empêchent de rester debout et de se mouvoir aisément. Il se retrouve à contre-cœur spectateur. Ses équipiers modifient alors les règles en opérant trois changements. Le joueur lance sa boule sans élan. Il place ses pieds joints dans un cercle. Il joue sur un terrain plus petit. Ces trois modifications vont rapidement être adoptées par de nombreux joueurs. Et voilà que la pétanque actuelle – le jeu de « pés tanqués » (les pieds joints en provençal) – est née.

Hors texte :
« La pétanque, ce n’est pas spécialement un sport de vieux comme beaucoup le pensent. Il y a beaucoup de jeunes qui y jouent. » Olivier (éducateur et entraîneur de boccia)
Fin du hors texte

Reprise du texte principal

Que se serait-il passé si Jules Hugues avait eu, non pas des rhumatismes, mais des problèmes de vue ? Ses amis auraient sans doute trouvé une autre parade pour intégrer leur grand joueur dans les compétitions...

Aujourd'hui, des personnes déficientes visuelles jouent des parties de pétanque adaptée. Le terrain ressemble à une grille de combat naval : il est quadrillé en 7 lignes et 7 colonnes. Le joueur cale ses pieds sur un pas de tir en forme de T afin d'être toujours bien placé au centre. L'objectif reste le même : lancer ses boules (les mêmes que celles utilisées pour la pétanque traditionnelle) le plus près possible du cochonnet. Les points sont calculés en fonction de la proximité avec ce dernier (25 points si elle le touche, 15 points si la boule est dans la même case que le cochonnet, 5 si elle se trouve dans une case adjacente...).
Pour avoir une représentation plus précise de la partie, les joueurs disposent d'un gabarit, c'est-à-dire un modèle réduit du terrain sur lequel sont piquées des punaises correspondant à chaque boule. Pour qu'aucun participant ne soit avantagé, chacun porte des lunettes occultantes. Les points sont comptabilisés par un arbitre voyant, qui met aussi à jour le gabarit.

Et si Jules Hugues avait eu des problèmes de motricité aux membres supérieurs ? Quelles astuces ses amis auraient-ils pu déployer ?

Ils auraient certainement joué à la boccia ! Ce sport est devenu une discipline paralympique et lors des derniers Jeux à Londres, une équipe belge a d’ailleurs remporté la médaille de bronze dans une des épreuves (paires BC 3).

Hors texte
« Ce que j’aime dans la boccia, c’est que je peux participer et jouer. C’est moi qui dirige, qui décide. » Sophie (jeune femme IMC, joue avec une rampe et un aidant)
« Dans la boccia, c’est le sport en lui-même que j’aime. Ça fait travailler mes membres supérieurs et ma concentration, tout en jouant. » Pascal (homme traumatisé crânien, joue de manière autonome)
« Il n'y a point de rhumatismes et d'autres maux semblables que l'on ne puisse prévenir par ce jeu : il est propre à tous âges, depuis la plus tendre enfance jusque la vieillesse. » Rabelais
Fin du hors texte

Reprise du texte principal

La boccia est une épreuve de précision et de contrôle musculaire pour ces athlètes handicapés. Les différences avec le jeu traditionnel de pétanque sont plus nombreuses. Elle se joue avec des boules en cuir remplies de petites billes, plus petites et plus légères afin d’être plus préhensibles.
Deux équipes (de un, deux ou trois joueurs) s'affrontent au cours d'un match. Conventionnellement, les rouges s'opposent aux bleus. Les douze boules sont ainsi aisément reconnaissables. Le cochonnet, aussi appelé jack, est blanc.
La zone de lancer est séparée en 6 couloirs dans lesquels se positionnent alternativement les joueurs de chaque équipe. Afin de ne favoriser personne, les compétiteurs changent d'aire à chaque manche. Dans les compétitions, le terrain (de 12,5 mètres sur 6) est d'office situé en intérieur.
Le joueur effectue le lancer selon sa dextérité.
Lors des compétitions officielles, en fonction de leur degré de motricité, les athlètes sont répartis en 4 catégories :
> la classe BC 1 est réservée aux personnes qui n'ont que très peu, voire pas, de motricité des membres supérieurs. Les joueurs peuvent être aidés d'un assistant. Ce dernier est présent pour stabiliser ou ajuster le fauteuil roulant du sportif. Il peut également passer la boule au joueur.
> le groupe BC 2 n'accepte pas les assistants. Les athlètes ont un handicap modéré des membres supérieurs et jouent de manière autonome.
> la catégorie BC 3 regroupe des sportifs avec de grosses difficultés motrices. Ils utilisent tous au moins un accessoire : une rampe pour faire glisser la boule dans la bonne direction, un dispositif d'assistance fixé sur leur tête/leur bras/leur bouche pour donner l'impulsion à la boule... Un assistant peut aider le joueur. Dans ce cas, il se positionne dos au terrain et ne peut pas parler avec son athlète qui reste le seul maître de ses tirs.
> la classe BC 4 est destinée aux joueurs ayant des problèmes moteurs qui ne sont pas liés à une déficience cérébrale. Ils ont toutefois des grosses difficultés de mobilité au niveau des bras. Ces sportifs n'ont pas le droit d'être aidés par une tierce personne.

En conclusion, nous constatons que la pétanque est un jeu s'adaptant particulièrement bien à tous : jeunes, aînés, personnes valides ou moins valides.
Le matériel et les équipements nécessaires sont peu nombreux et relativement bon marché. Tout le monde peut assez facilement y jouer. De plus, elle se pratique sur quasi tous les terrains. Au besoin, les règles peuvent être simplifiées afin de permettre aux personnes handicapées mentales de profi ter de ce sport. Certaines préfèreront jouer à la boccia pour des questions de concentration, de manipulation des balles et de sécurité.
En définitive, s'il existe différentes manières de jouer, le jeu permet à tous de se faire plaisir ! Que demander de plus ?

Sarah Logan & Anne-Sophie Marchal

Hors texte
Les règles officielles sont très strictes donc ce n’est pas évident. La boccia c’est avant tout un plaisir donc on s’adapte en fonction des joueurs. » Olivier (éducateur et entraîneur de boccia) 
Fin du hors texte

Pages 22 et 23 – Tout s’explique : La zone de préhension

On entend par zone de préhension, l’espace dans lequel une personne peut atteindre et manipuler un équipement ou un dispositif de commande (robinet, clavier, interrupteur, vanne, poignée de porte et de fenêtre, système d’occultation…).

Nous partons du principe que la zone de préhension d’une personne en chaise roulante correspond à celle d’une personne valide assise de taille moyenne.
La zone de préhension d’une personne en chaise roulante est limitée tant en hauteur qu’à l’horizontale. Que la manipulation du dispositif se fasse de profil ou de face, trois éléments doivent être pris en compte :
> la hauteur de l’équipement ;
> l’aire de rotation face à celui-ci ;
> la distance horizontale d’approche.

La hauteur

Afin de se situer dans la zone de préhension d’une personne en chaise roulante, les équipements doivent respecter une certaine hauteur par rapport au sol.
On constate que, le coude appuyé sur l’accoudoir, la personne conserve toujours force et précision pour manipuler un dispositif.
La hauteur de préhension la plus confortable est la hauteur d’appui. Elle correspond à la hauteur de l’avant-bras posé à plat sur l’accoudoir de la chaise roulante. On s’accorde dès lors à placer les dispositifs entre la hauteur d’appui et la hauteur limite de l’avant-bras relevé vers le haut, le coude toujours posé sur l’accoudoir.

L’aire de rotation devant l’équipement

Pour pouvoir manipuler un dispositif en étant positionnée de manière adéquate, la personne en chaise a besoin d’espace pour se mouvoir. Une aire de rotation minimale, libre de tout obstacle, doit alors être présente face à l’équipement.

La distance horizontale d’approche

Les types de chaise roulante (manuelle ou électrique) et de repose-pieds influencent les limites de préhension à l’horizontale. Plus leur encombrement est important, plus la personne aura des difficultés à s’approcher de l’équipement qu’elle souhaite manipuler, tant de profil que de face.

Légendes des schémas

Pour une préhension de profil…

Une zone d’approche libre de tout obstacle doit être prévue de part et d’autre de l’équipement. Les commandes seront donc placées à une certaine distance des murs ou de tout angle rentrant (par exemple : une vanne thermostatique).

Pour une préhension de face…

On constate que l’emprise des jambes de la personne assise et des repose-pieds limite directement l’approche. C’est le cas par exemple pour actionner un robinet placé sur un lavabo. Deux mesures doivent alors absolument être prises :
1. prévoir un dégagement sous la tablette, suffisamment profond et large, afin que les personnes en chaise roulante puissent glisser leurs jambes ;
2. positionner le dispositif à portée de main.

Fin de l’article

Fin du magazine


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